Algérie

Le sentiment amoureux. Noyau des arts : Dites-le avec votre culture !



La Saint Valentin a connu, dans les sociétés dites occidentales, une expansion extraordinaire, avant de se mondialiser vers d’autres aires culturelles. Derrière, un besoin affectif immense mais aussi une machine commerciale.

Non, rassurez-vous (ou lamentez-vous), il n’y a là nulle envie de transformer les pages Arts & Lettres en une rubrique dite de cœur, encore que la culture soit fortement liée aux sentiments amoureux. Justement, si nous prenons prétexte de la coïncidence de cette date — et seulement prétexte —, c’est pour dire que notre patrimoine est assez riche en légendes d’amour pour ne pas avoir à puiser dans la Saint Valentin qui, d’ailleurs, avant d’être reprise par une immense machinerie commerciale et médiatique, était presque inconnue dans les sociétés occidentales elles-mêmes. Si nous avons besoin de donner à notre existence le souffle passionnel de l’amour, allons plutôt chercher du côté de Hizya dont le long poème allégorique, tiré d’une histoire vraie, est une des pièces maîtresses de la poésie populaire algérienne (voir article page suivante) et un chef-d’œuvre universel si nous nous donnons la peine de lui accorder la considération qu’il mérite. Allons du côté de Nedjma de Kateb Yacine, femme inaccessible, à la fois fatale et merveilleuse, image mythique de notre littérature (lire article page 25). Rendons visite à Si Mohand Ou M’hand, poète errant torturé par des amours impossibles. Remontons à çafonba’al, (Sophonisbe pour les Européens), princesse de Carthage, épouse de Syphax aimée par son rival Massinissa, à tel point que certains sont allés jusqu’à imaginer que là était la cause de leur guerre. Croisons Mouloud Feraoun dans La terre et le sang où l’élan amoureux prend une dimension extraordinaire, ou Abdelhamid Benhadougga montre dans Le vent du Sud la révolte d’une jeune fille contre les unions arrangées. Naviguons sur les qacidate de l’andalou et les textes de toutes les musiques algériennes pour découvrir les passions absolues qui animaient nos poètes, le raffinement de leur amour, la force de leur désir et la grandeur de leurs sentiments. Il y a là vraiment de quoi s’enrichir, s’émouvoir et confirmer qu’en dépit de toutes les vicissitudes et hypocrisies, l’Algérie a de tout temps été une terre d’amour. Ce n’est donc pas un saint, au demeurant honorable, car en la matière l’universalité est de mise, qui pourrait concurrencer une longue, riche et vivante tradition !
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