Tous les secteurs devraient s'inspirer de la méthode peu orthodoxe et peu cavalière du ministère de la Culture. Geler les activités et évacuer les lieux c'est la meilleure façon de se débarrasser d'un problème quand le problème en question dépasse les compétences du responsable du secteur. Les étudiants de l'Ismas dérangent la culture, perturbent le calme qui y règne et bouscule une bulle tranquille.
L'Algérie dispose d'assez d'artistes pour que le ministère de la Culture s'embarrasse d'un Ismas troublion et dont les étudiants demandent la lune. Pourquoi n'a-t-on pas pensé à cette solution efficace, inédite et géniale lorsque les médecins et les paramédicaux paralysaient des hôpitaux déjà malades ' Pourquoi n'a-t-on pas fait appel aux stratèges du ministère de la Culture pour fermer les écoles et les lycées lorsque les enseignants et autres corps de l'éducation prenaient en otage les élèves '
Ces dernières années, la protestation sociale a atteint des degrés et des amplitudes tels qu'il aurait été plus judicieux de geler toutes les activités, évacuer tout le monde et mettre les clés sous le paillasson. Malheureusement le ministère de la Culture n'a pas tous les pouvoirs et c'est là le tort de l'Algérie. Il n'est pas encore trop tard. Fermer tous les secteurs et il n'y aura plus de grèves, plus de protestation, plus de revendications.
Pinochet n'aurait pas fait mieux. On achève bien la culture. On tue les artistes dans l''uf. On étouffe l'art en réduisant au silence un Institut. L'heure est à l'acculturation, à la soumission, à l'aliénation. Lorsque la médiocrité est érigée comme valeur dominante et comme référence pour occuper le haut du pavé et le piédestal, il n'y a plus rien à espérer. Lorsque les gesticulations simiesques et le mimétisme de bas niveau sont imposés comme critères artistiques, autant fermer tous les organismes culturels et évacuer tous les artistes.
Et si on fermait le ministère de la Culture et on gelait sa force d'inertie, ne rendrait-on pas service à la culture qui repose en paix depuis longtemps ' Ne ressusciterait-on pas ce génie enseveli sous les décombres d'une apparence de culture dominée par le copinage, le clanisme, le clientélisme et l'allégeance.
L'art, c'est cette prédisposition humaine de transcender le vécu intériorisé pour le restituer de la façon la plus esthétique possible, en puisant dans le génie et l'imaginaire collectifs, le moule qui sied, l'expression porteuse et la forme la plus adaptée. L'artiste est le produit de son environnement, les formes peuvent être empruntées à des traditions culturelles autres. Le génie réside dans la capacité de l'artiste, quelle qu'en soit la discipline, de trouver le prétexte artistique qui lui permet de s'exprimer avec un langage que seul lui peut articuler mais que tout le monde comprend, en saisit les nuances et la beauté. Pour y parvenir, il a besoin de prédispositions innées mais aussi d'instruments et de méthodes cognitifs que seul l'apprentissage fournit. La culture algérienne est riche mais ne s'exprime pas faute de socialisation de moyens, d'espaces et de considération. Au lieu d'ouvrir quarante huit Ismas et au moins trois universités des arts, on ferme le seul sanctuaire dédié aux arts du spectacle. Au lieu que le ministère de la Culture fasse de la promotion des arts son cheval de bataille pour qu'ils soient enseignés dans les écoles, afin de démocratiser la pratique et la consommation des arts, on opprime ceux qui revendiquent à tort ou à raison, la prise en charge de leurs problèmes pédagogiques. N'est ce pas là le drame des arts dramatiques !
A. G.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdelkrim Ghezali
Source : www.latribune-online.com