Algérie

Le fil à couper le beurre Repères

Les députés «approuvent» la publication du rapport de la commission d'enquête parlementaire sur la pénurie, totale ou partielle, de certains produits alimentaires de large consommation sur le marché national. C'est comme s'ils découvraient le fil à couper le beurre! Qu'est-ce qui n'a pas été dit ou su sur cette affaire, du moins dans la version que les tenants du pouvoir ont voulu lui donner ' Tout est connu sur cette histoire depuis un bon moment. Seulement, comme cela semble être décidé, la publication du rapport en question est surtout une opération marketing. Le souci des parlementaires n'est pas de jouer la transparence, mais de faire semblant pour meubler une fin de règne peu glorieuse. Réduire les émeutes de janvier dernier à un simple exercice de monopole sur des produits de large consommation est une expression totalement pervertie de la réalité.
Parce que cette dernière est tout autre. Pourquoi n'ont-ils pas par contre soutenu la demande faite par plusieurs députés de l'Assemblée populaire nationale qui consistait à enquêter sur le véritable mal qui ronge le pays : la corruption ' Le projet a été déposé, en juillet 2010, sur le bureau de l'APN par le député Ali Brahimi, avant que le président de la Chambre basse du Parlement, Abdelaziz Ziari, ne lui oppose, deux mois après, un niet. Avant, c'était le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui avait demandé un débat général sur ce phénomène. Il a eu la même réponse. Il n'y a eu donc ni enquête ni débat sur la corruption.
Le refus n'a pas fait de vague au sein de l'auguste Assemblée, peu soucieuse visiblement de s'attaquer à un mal profond qui ruine le pays. Deux années auparavant, le RCD avait demandé une commission d'enquête sur de graves événements qui ont eu pour théâtre la localité de Berriane, dans la wilaya de Ghardaïa, où il y a eu des affrontements entre populations faisant plusieurs morts. Aucune réponse. Les députés n'avaient aussi pas cru utile de tirer au clair les dessous d'un conflit qui a failli mettre le feu à toute la région. La liste des ratés des parlementaires qui ont voté hier la publication du rapport d'enquête sur les causes des émeutes de janvier dernier est longue. En plus du fait qu'aucune proposition de projet de loi n'a émané d'eux, les députés de la majorité ont démontré que cela leur importe peu de sortir par la petite porte en votant aussi des projets de loi, ceux présentés dans le cadre de ce qui est appelé «réformes politiques», aux antipodes des aspirations démocratiques des Algériens.
Ils ont approuvé des lois suicidaires pour le mouvement associatif, un code de l'information qui menace l'exercice du métier de journaliste et une loi sur les partis décriée par toute la classe politique. La publication en soi d'un rapport d'enquête est une bonne chose, mais spécialement celui lié aux émeutes de janvier, et en ce moment précis, amène à poser certaines interrogations. Comme c'est une première dans les annales de l'APN, c'est à se demander quel est l'objectif de cette initiative, et quel usage politique en feront ceux qui l'ont décidé '
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