Algérie

La chronique financière : Faut-il douter des chiffres ?


La chronique financière : Faut-il douter des chiffres ?

Le cadrage de l’économie de marché a rendu les choses plus complexes en s’exprimant plus par les chiffres que par les discours alors que notre société a été entraînée depuis 1962 à percevoir la réalité à travers des slogans du genre « Pour une vie meilleure » recomposé en « Pour une vie ailleurs » ou encore « Le travail et la rigueur… » que les mauvaises langues ont traduit par « le travail à la rigueur… ». On sait maintenant ce qu’il est advenu de ces slogans à partir d’octobre 1988.

Les slogans n’étant plus productifs en économie de marché, il fallait promouvoir la culture des chiffres et cela a bien commencé avec la publication des comptes des entreprises publiques passées à l’autonomie. La vérité des comptes des entreprises s’est enclenchée au moment où le pays connaissait une grave crise économique ; du coup, la nécessité de communiquer sur les indicateurs macroéconomiques de manière récurrente s’est imposée. La statistique est ainsi devenue par la force des choses la forme privilégiée pour communiquer avec la société dans toute sa composante : chômeurs, opérateurs, affairistes, pauvres, jeunes, retraités, ménagères…. Aujourd’hui, il ne passe plus un jour sans que la presse ne fasse état pour le public des chiffres sur les grandes tendances du pays. Cela rassure certains et inquiète d’autres parce que la lecture qui en est faite diffère d’un cercle à un autre. Entre le couffin et le conteneur, il y a un monde. Lorsque l’Etat annonce 80 milliards de dollars d’investissement, la réaction du citoyen-chômeur se mesure en termes d’emplois. Il se comptabilise tout de suite dans le million d’emplois qui seront créés. La satisfaction affichée par les pouvoirs publics sur les résultats chiffrés obtenus dans la conduite du développement n’a pas empêché les analystes, les observateurs avertis et même le commun des mortels d’être suspicieux sur la fiabilité de cette arithmétique. Du reste, le CNES tout en enregistrant dans une de ses sessions un progrès dans la collecte et le traitement de l’information économique n’a-t-il pas recommandé d’améliorer l’appareil statistique. La défiance a même gagné l’hémicycle. En effet, quelques représentants du peuple n’ont pas manqué d’interpeller le grand argentier du pays sur les chiffres relatifs au recul de la pauvreté en Algérie lors de la présentation de la loi de finances 2007. Les chiffres officiels sur le chômage laissent aussi beaucoup de sceptiques. Cependant, il faut convenir que les chiffres relatifs aux niveaux atteints par les réserves de change ou le budget annuel consacré aux investissements de l’Etat ne font l’objet d’aucune contestation. Ces indicateurs lointains et souvent abstraits pour le citoyen le laissent plutôt perplexe au vu de ce qu’il observe et de ce qu’il entend. Mais là où sa réaction devient vive, c’est lorsqu’on lui annonce que le pouvoir d’achat s’est beaucoup amélioré et que le chômage recule, alors que d’un autre côté la privatisation avance à grands pas et des usines sont versées à la casse ou sont à l’arrêt. Le problème, c’est qu’une partie raisonne en termes globaux alors que l’autre ramène les grandeurs à son ego. C’est connu, le pouvoir d’achat par tête progresse moins vite que le pouvoir d’achat global pour une raison simple, c’est que le nombre de têtes augmente et cela crée un effet d’éviction. Sur un autre plan, l’emploi est mal mesuré parce que là où il progresse rapidement, c’est sans doute dans l’informel. Des chômeurs sont peut-être comptabilisés comme tels alors qu’en réalité, ils occupent un emploi. La précarité est tout aussi valable dans le circuit officiel que dans le circuit informel à partir du moment où le contrat a durée déterminée est généralisé dans tous les secteurs. Des études ont montré que beaucoup d’employeurs privés immatriculés ne déclarent pas tous leurs employés, ce qui ne les différencie pas beaucoup de l’informel et échappent ainsi aux statistiques officielles. Les indices de prix sont faits pour mesurer les prix, et non le coût de la vie, ce qui laisse une grande marge de dissertation sur l’interprétation qu’il convient de donner à la notion de stabilité des prix et sa relation avec le coût de la vie. Le discours a donc changé de forme même si au fond la finalité est la même. Aujourd’hui, on fait parler les chiffres puisqu’ils « accrochent » mieux. Mais il est tout de même curieux qu’un chiffre n’a pratiquement jamais subi de variations depuis 1971, c’est celui de la part des hydrocarbures dans les rentrées du pays, 98% des exportations ont toujours été, sont et seront constitués par la vente du pétrole et du gaz. Le reste est une affaire de méthode et de technique statistiques.



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