Algérie

L’OAS à Oran



L’OAS à Oran   25 juin 1962. Il y a 44 ans, les réservoirs de stockage de carburant dans le port d’Oran, l’un après l’autre, prennent feu. C’est à partir d’un immeuble du Front de mer, surplombant la rade, qu’un commando de l’Organisation armée secrète (OAS) les a visés à la mitrailleuse. L’incendie durera trois jours malgré les renforts des pompiers soutenus par des unités de la Marine coloniale. Durant trois jours, la fumée noire va obscurcir tout le quartier Miramar et ses environs. Des hauteurs du quartier des Planteurs, l’image est apocalyptique. La fumée monte jusqu’à deux cents mètres. Il fera nuit en plein jour. Mais la nuit, Oran ne la devait pas uniquement aux 50 à 100 millions de litres de mazout (selon les sources) qui partaient en fumée. Elle durait en fait depuis 1831, quand Oran est tombée sous le joug de la colonisation française. Nulle part ailleurs dans le pays, une ville n’a été aussi massivement investie par des colons expédiés depuis Paris par convois entiers. L’Histoire a retenu que, sitôt la «colonisation militaire» fut jugée terminée et que fut lancée la «colonisation de peuplement», le tout premier convoi de colons envoyés en Algérie fut destiné à la «province d’Oran». Il était alors constitué de 816 Français, embarqués à partir de Marseille, le 8 octobre 1848 à bord de cinq bateaux et un sixième pour les bagages et les outils. La première «colonie» fut pour la région de Gdyel ( ‘petit pâturage’ en arabe dialectal). Le deuxième convoi, toujours destiné à la «province d’Oran», arrivera quatre jours plus tard. D’autres convois suivront. En ce début d’été 1962, les descendants de ces « convois «, plus que tout autre colon de toutes les autres régions du pays, ne voulaient pas lâcher prise. Ils s’acharnaient à ne pas accepter que la «colonisation» soit terminée. Ils refusaient de l’admettre. Ils voulaient Oran, à eux et uniquement à eux. Et certains envisageaient même son détachement de l’Algérie avec toute une partie de l’Ouest pour en faire leur «république». Et au moment où le port flambait dans le cadre de leur stratégie de terre brûlée qu’ils avaient entamée l’année précédente, ils ne comprenaient toujours pas que c’était terminé. Du moins ceux qui, parmi eux, ont rejoint l’Organisation armée secrète (OAS). Création de l’OAS à Oran Certaines sources affirment qu’aussitôt l’OAS créée à Madrid (Espagne) par Jean-Jacques Susini et Pierre Lagaillarde, en février 1961, ce dernier a pris contact à partir de la capitale espagnole avec un ancien journaliste de l’Echo d’Oran devenu, entre temps, un notable aux yeux des colons: Athanase Georgopoulos, plus connu sous le sobriquet de Tassou, pour créer la section oranaise de l’organisation. Il était alors le propriétaire du «Café Riche», place Villebois Mareuil (actuellement Place Frantz Fanon). C’est autour de lui, parmi les plus radicaux des fanatiques de l’ «Algérie française» qu’il va recruter le premier noyau de dirigeants locaux de l’organisation fasciste. Aussi, l’OAS à Oran aura cette particularité d’avoir été créée, dirigée et encadrée par des civils, contrairement à Alger et d’autres villes (Constantine, par exemple) où elle le fut par des militaires entrés en rébellion contre les autorités de Paris. Quand le général Jouhaud est arrivé, en août 1961, venant d’Alger, pour prendre le commandement de l’OAS à Oran, celle-ci existait déjà avec un « état-major « qui ne comprenait encore aucun militaire. Le premier « état-major « pour Oran était alors constitué par Charles Micheletti, alias Léonard, et Claude, alias Baba, (son fils), Robert Tabarot, ancien boxeur et neveu du créateur d’ « Oran Républicain «, Athanase Georgopoulos alias Tassou, Daniel Brun et Georges Gonzalès dit Pancho, ancien footballeur, propriétaire d’un garage. C’est avec eux que L’OAS d’Oran dite « zone III «, selon l’organigramme mis en place, calqué sur celui d’Alger, sera structurée en trois sections : Organisation de masses (OM), Action politique et psychologique (APP) et Organisation - renseignements - opérations (ORO). La première était dirigée par Daniel Brun qui avait comme adjoint le dénommé Roméo (un médecin). La deuxième a échu à Charles Micheletti alors que son fils, Claude, s’est occupé de la troisième, secondé par Gonzalès. Le général d’aviation, Edmond Jouhaud (né le 2 avril 1905 à Bou-Sfer) en prend la tête, en août 1961. Il avait rejoint l’OAS en devenant son numéro deux, secondant son principal dirigeant le général Raoul Salan, en entrant dans la clandestinité alors qu’il bénéficiait d’une mise en disponibilité. Il avait auparavant participé au putsch raté des généraux contre le général De Gaulle (21-25 avril 1961). D’un commun accord avec Salan, il prend la direction de l’organisation fasciste à Oran et se fait seconder par le commandant Pierre Guillaume et le Chef de bataillon, Julien Camelin. Activant dans la clandestinité, il se donne comme pseudonyme Louis Gerber. Et quand il sera arrêté (25 mars 1962), son remplacement se fera par le colonel Henri Dufour que rejoindra le général Gardy pour encadrer un directoire composé du capitaine Pierre Sergent, Christian Léger, Jean Marie Curutchet, Denis Baille et Jean-René Souètre. Opérations terroristes de l’OAS à Oran L’une des premières tâches à laquelle ils vont s’atteler est la mise en place d’un vaste réseau d’écoutes téléphoniques ciblant les autorités coloniales civiles et militaires. Mais le chantier le plus important fut pour eux l’encadrement des quartiers à majorité coloniale. Le basculement, y compris par la contrainte et sous la menace, de la population dans le terrorisme ne se fit pas attendre. Tous les mots d’ordre de l’OAS étaient suivis à la lettre. Des «casserolades» aux journées de grève, en passant par le pavoisement aux couleurs de l’organisation terroriste (l’emblème français frappé de deux pieds noirs dans la partie blanche), cotisations, collectes de l’information, etc. De l’avis des principaux dirigeants OAS, eux-mêmes, la « zone III « a connu une organisation remarquable par rapport à Alger. Organisées en «collines» (secteurs) qui ont englobé l’ensemble des quartiers «européens», y compris le quartier israélite où était basée la «colline 7» constituée exclusivement de juifs, les activistes continueront, sans relâche, jusqu’au jour de la fête de l’indépendance, à sévir à travers des actions terroristes qui ne connaîtront aucune limite. Une voiture piégée (la première du genre) sur l’Esplanade de M’dina Jdida, à moins de quelques heures de la rupture du jeûne, un jour de Ramadhan (28 février 1962) : Un carnage qui est resté le plus grand de sa triste histoire. L’OAS a commis un grand nombre de hold-up dans différents organismes (banques, sécurité sociale, postes), mais le plus important fut celui de la Banque de France d’Oran, en plein jour. Plus de deux milliards ont été pris et le reste abandonné, faute de sacs pour l’y mettre. La chasse à l’Algérien a été au quotidien, comme elle l’était en direction des étrangers qui étaient favorables à l’indépendance du pays et les officiers de l’armée coloniale qui s’opposaient à leur terrorisme. Les blessés étaient achevés dans leurs lits d’hôpital. Les magasins plastiqués. Les femmes de ménage abattues dans la rue. Jouissant de complicités à tous les niveaux dans les différentes institutions, ayant partout des yeux et des oreilles, les ultras ne reculaient devant rien pour commettre des horreurs inimaginables. Des édifices publics (mairie, bibliothèques, écoles) sont incendiés, plastiqués. Cette escalade a connu un bond en avant à partir de l’automne 1961, à la suite de la prise en main de la situation par le général Jouhaud et ses adjoints militaires qui l’ont rejoint. Le maillage de la ville devenait absolu. «Car, disait ce dernier, le but était d’arriver à ce que l’O.A.S. contrôle la ville, immeuble par immeuble, puis quartier par quartier (...) la prise en main d’une population hostile au pouvoir doit toucher tout le monde, bénéficier du crédit moral pour être écouté, et pouvoir en outre faire authentifier sa voix ou sa plume (...)».Dans les bâtiments importants - et c’était le cas de celui où j’habitais - il était désigné un délégué de l’O.A.S. par étage. Lorsque le responsable de mon immeuble prit en main ses fonctions, il commença par dresser une liste des locataires, avec un coefficient correspondant aux services que l’on pouvait attendre de chacun». L’OAS qui s’est créée en réaction à la politique officielle de l’Etat français en fédérant plus ou moins toutes les organisations ultras des colons qui existaient depuis les débuts des années 1950, dont certaines ont gardé leur autonomie tout en la rejoignant, était d’abord une affaire franco-française. En face de l’inefficacité des responsables désignés par Paris pour « maintenir l’ordre «, un général, Joseph Katz, a été nommé à la tête d’Oran en février 1962. Ayant pris ses fonctions, le jour même de l’attentat à la voiture piégée de M’dina Jdida, il ne put être qu’en mesure d’assurer sa propre protection, échappant à plusieurs attentats, et attendre l’aboutissement des négociations d’Evian qui ont mis fin à la guerre de libération. Riposte des nationalistes algériens Jamais, sans doute, la solidarité entre Oranais n’a été aussi remarquable que durant cette période 1961-62. Interdit de circuler en dehors de leurs quartiers coupés des autres par des barbelés, sous peine d’être assassinés en toute impunité dans une ville livrée au terrorisme, plus personne ne pouvait se rendre à son travail. Les écoles étaient désertées. Les mitraillages aveugles aux arrêts de bus à partir de voitures qui passaient dans la rue devenaient quotidiens. Au printemps 1962, on comptera des dizaines d’attentats chaque jour. Plus personne ne pouvait se rendre à l’hôpital pour des soins. Ni dans une administration. La nourriture commençait à manquer. Les ordures s’amoncelaient dans les rues. Certaines familles ont commencé à rejoindre les villes de l’intérieur où les colons étaient minoritaires ou, à tout le moins, y envoyaient leurs enfants pour les sauver. Et durant ces mois qui n’en finissaient pas, le désir de vengeance était sur toutes les lèvres. C’est à ce moment que les dirigeants locaux de la Révolution, sur instruction de leurs responsables régionaux (Wilaya V), malgré le peu de moyens, ont su être à la hauteur de la situation. Les différents réseaux ALN/FLN qui existaient dans la ville ont connu une réorganisation, à la fois politico-militaire et sociale avec des hommes aguerris, parfois ayant fait leurs preuves dans le maquis, pour constituer des groupes de combattants urbains «fidaïyine». Un découpage de la ville en secteurs a permis de désigner des responsables. Ces derniers, à leur tour, ont été amenés à encadrer des militants qui, selon leur structure d’affectation, agissaient sur le plan politique, militaire ou social. Des salles de consultations médicales et de soins sont mises en place dans différents quartiers. Un nombre important de médecins algériens, généralistes et spécialistes, se portent volontaires pour répondre aux différents besoins. Des denrées alimentaires sont distribuées aux familles nécessiteuses. Les enseignants regroupent où ils peuvent les enfants pour leur dispenser des cours dans différentes disciplines. Des opérations de nettoiement des rues et de ramassage des ordures sont organisées. Aux bombardements nocturnes de certains quartiers, à coups d’obus de mortier, répondaient des youyous comme défi. Au tintamarre des «casserolades» qui enveloppait certaines nuits, répondait ce cri si particulier aux Oranaises. L’action des fidaïyine, de son côté, ne se fit pas attendre. Les restaurants et surtout les bars qui étaient devenus des repaires, quand ils n’étaient pas des postes de commandement de l’OAS, sont visés par des attentats. Dès le début de l’année 1961, des opérations planifiées sont exécutées à travers des attentats ciblés et sélectifs. Le renseignement tourne à plein régime. Des Français favorables à l’indépendance, en véritables Patriotes de la cause algérienne, foncièrement anti-OAS, n’ont pas manqué d’apporter leur aide malgré les risques. Certains l’ont payé cher. La liberté a eu raison de la longue nuit coloniale. Le soleil de l’indépendance a fini par se lever. Mais ce soleil, ce sont des hommes et des femmes qui l’ont hissé. Mohamed Ramim Sources: - Divers sites Internet - Le résumé du livre du général Joseph Katz (L’Honneur d’un général) sous les titres «Les dernières semaines d’Oran» - Différentes encyclopédies en ligne sur Internet - Le livre du moudjahid Mohamed Benaboura «OAS, Oran dans la tourmente 1961-62», Editions Dar El-Gharb


L'O.A.S. aurait dû vaincre, car sa cause était juste et noble, contre les tueurs sauvages du F.L.N. , qui aimaient tellement égorger leurs pauvres victims, et contre aussi la trahison de De Gaulle et ses agents impitoyables qui savaient si bien sévir contre tous les Oranais qui favorisaient l'Algérie française et stigmatiser l'O.A.S qui ne voulait que les représenter et les défendre.
Donovan Walker, Algérie

03/11/2014 - 218977

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