Algérie

Hommage à Mohamed Iguerbouchène



Salué mondialement pour son talent, ce compositeur natif de Kabylie demeure méconnu dans son propre pays. Dans les plus célèbres orchestres européens de la musique universelle, on lui déroulait le tapis rouge. Inconnu dans son pays, Mohamed Iguerbouchène a su, grâce à son immense talent, se faire une place dans la cour des grands maestros. Le 13 novembre, sont passés 100 ans depuis que cet éminent artiste a vu le jour, en 1907, à Ath Ouchène (Aghribs). Pour célébrer le centenaire de sa naissance et faire connaître sa vie et son ?uvre, l?association culturelle qui porte son nom en collaboration avec la maison de la culture Mouloud Mammeri ont organisé le week-end dernier une série d?activités à Tizi Ouzou et dans son village natal. Le programme était varié : une exposition de photos et de documents retraçant le parcours artistique de ce virtuose, une conférence, des chorales, des récitals de poésie, un gala et des représentations théâtrales. Vendredi, une stèle commémorative a été inaugurée à Ath Ouchène suivie d?une visite à la maison natale d?Iguerbouchène. Un méritant hommage en somme pour l?un des pionniers de la musique algérienne. Après un bref passage à l?école des Aghribs puis à Sidi M?hamed (Alger), Mohamed Iguerbouchène s?inscrit au solfège à l?âge de 12 ans. En 1922, un riche comte écossais, séduit par les capacités du jeune musicien, lui propose de l?embarquer en Angleterre. Il entre à Norton college à Londres où sans abandonner le solfège, étudie l?anglais, la littérature, le latin et la philosophie. Il prend des cours de piano avec le professeur Livingson de la Royal Academie of Music. A 18 ans, il donne un concert à Bregenz où il exécute ses magnifiques ?uvres parmi lesquelles deux rapsodies mauresques sur des thèmes spécifiquement algériens. Il obtient le 1er prix de Composition d?harmonie ainsi que le 1er prix d?instrumentation et de piano. De 1930 à 1934, il compose la musique d?une vingtaine de courts métrages : Eaux vives, glaciers, le plus bel homme du monde, doigt de lumière, les hommes bleus... Il écrit également de nombreuses chansons pour Salim Halali, Farid Ali. En 1940, Mohamed Iguerbouchène se voit confier la direction musicale de Paris mondiale (actuelle rfi). Cinq années plus tard, il est nommé sociétaire définitif de la société des auteurs et compositeurs de musique. En parallèle, Iguerbouchène composera plusieurs symphonies et crée un concerto pour piano et un grand orchestre symphonique La rapsodie algérienne. Il prépare par ailleurs plusieurs émissions littéraires intitulées « Chants d?amour de l?Islam » et « Cabarets d?Orient » diffusées sur la chaîne Paris-Inter. De 1956 à 1961, Mohamed Iguerbouchène débute comme chef d?orchestre et compose 165 ?uvres modernes qui sont une synthèse entre musiques orientales et occidentales, des mélodies pour la chanteuse Soheila et des ?uvres orchestrales (rapsodie concertante, fantaisie algérienne, concerto pour alto et orchestre...). Durant la même période, ce compositeur réalise des émissions radiophoniques telles que « Musique et chants populaires à travers le monde », « Découverte du Sahara », « Appel du Sud », « Les trésors de la musique », « Mille et un aspects de la musique en Inde ». Sur un autre « front », Iguerbouchène fera parti du comité d?honneur de l?association des journalistes écrivains et artistes de France et d?outre-mer. Ce génie est aussi un talentueux auteur de contes et de sketches. Il a été formé dans le domaine de la littérature par Albert Camus qui fut son ami. Polyglotte (il maîtrisait plus de 7 langues), Iguerbouchène touchait à tout. Il s?éteint le 21 août 1966 à l?âge de 59 ans. Un seul disque, 33 tours, comportant des morceaux de musique improvisés, a été mis en circulation au début des années 1970. Un seul CD comprenant sa célèbre rapsodie concertante (entendue dans plusieurs génériques d?émissions) est disponible à la discothèque de la Chaîne II de la Radio nationale. « On ignore tout de l??uvre de ce génie. On a grand espoir que le ministère de la Culture se charge de faire connaître au public son riche répertoire », disent les membres de l?association Iguerbouchène.


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