Algérie

Edition

Le juriste Saâdi avec «Il n’y a pas d’os dans la langue» Noureddine Saâdi, Nono pour tous, vient de publier «Il n’y a pas d’os dans la langue»(*), un proverbe appris auprès de son père. Il n’y a pas d’os dans la langue, non! Il y a les mots qui roulent, déroulant ainsi des histoires d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et de là-bas, entre les deux souvent. Des mots poétiques -pour dire les maux- dans ce cas, la torture. «Un homme nu», une nouvelle qui claque, sans bruit, comme «des souvenirs qu’un rien rallume». La langue est crue, le vocabulaire lapidaire, le rythme rapide»...mi-écorché, mi-squelette, un tableau de supplicié. Un agonisant qu’à peine le souffle anime. Mortifié, recroquevillé à même le marbre humide dans cette cave moussue, baignée d’une odeur d’urine rance. Ligoté au dos. Corps noué...» Le texte, d’une grande poésie répond à la violence qui inonde le supplicié, torturé par la police politique de son pays. Comme tant de femmes et d’hommes, ici, là-bas, hier, aujourd’hui, demain? Dans ce recueil, Nono Saâdi donne libre cours à son imaginaire, nous livrant des fragments de vie (la demeure du père), de sensations (Tala et Guilef, comme si...) et de rêves (le rêve de Sidi Daoud). Sans oublier Constantine où il fait retour après l’avoir évoquée dans le roman «la nuit des origines», à travers les puces de Saint Ouen. Et Constantine qui «résiste encore, l’indomptable de Kateb Yacine... Au fond, cette ville ne saura jamais retenir qu’un seul de ses enfants, le rocher qui la porte». Elle aura su se faire aimer et raconter par un autre de ses enfants, le romancier qui «déboule sur le chemin pentu sous le pont romain et débouche sur la corniche...», et de là découvre cette «ville aérienne...que tu as tant portée en toi.» «Il n’y a pas d’os dans la langue» est ainsi fait: plusieurs histoires, vraies, et haltes, imaginées, afin que le souvenir ne s’efface pas, ni celui de Constantine, ni celui de l’Algérie, et non plus celui de l’exil. Toute l’œuvre de Nono est traversée ainsi par les lieux, Constantine bien sûr, mais aussi «Miramar», cette «maison de lumière» au bord de la mer, pas très loin d’Alger. Depuis Kateb Yacine et «Nedjma», il est le premier écrivain algérien à changer de symbolique: ce n’est plus la femme-pays, mais la maison-pays, le lieu. L’écrivain interroge les lieux pour livrer les clés d’un pays violenté, meurtri. Il agite les souvenirs, sème les émotions, et fait place à la vie. Avec sensibilité et poésie, il nous entraîne dans un voyage d’»exilé», celui qui est entre-deux. Yahia Belaskri «Il n’y a pas d’os dans la langue», rêves et autres histoires, éditions de l’aube, Paris 2008.
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