Algérie

Après deux mois de procès de la caisse principale d?El Khalifa Bank


Raghed Echamâa, l?homme par qui le scandale arriva Même s?il a réussi à lever le voile sur une des plus grandes banqueroutes que l?Algérie ait connues, le procès Khalifa a néanmoins laissé une grande interrogation concernant le Franco-Libanais Raghed Echamâa, le plus proche conseiller et homme de confiance de Abdelmoumen Rafik Khalifa. Son nom apparaît dans toutes les transactions et tous les accusés qui ont eu le privilège de le connaître l?ont présenté comme le principal stratège du groupe Khalifa. Il entre par effraction dans le procès, à travers une lettre adressée à un avocat, Me Fetnassi, dont les coordonnées lui ont été transmises par un directeur d?un quotidien francophone à petit tirage. Les révélations sur ses affaires avec Abdelmoumen Khalifa et les commissions excessives dont il bénéficiait lui ont visiblement porté préjudice et ont certainement poussé les polices financières de beaucoup de pays, notamment les USA, à s?intéresser à lui. Qui est ce personnage énigmatique ? Est-il vraiment sincère quand il se dit prêt à aider le liquidateur d?El Khalifa Bank ? Pour de nombreux observateurs, ces propos entrent dans un jeu de diversion. Mais qui est Raghed Echamâa ? Il est né en 1958 à Wastani, un quartier de Saïda, au Sud-Liban, fils de Issam et de Layla Zantout. Cet homme d?affaires est connu en France pour être proche de la droite. Sa réputation tient également à ses intenses activités de lobbyiste dans le milieu des affaires. Effort récompensé d?ailleurs en 2000, lorsqu?il a été nommé conseiller au commerce extérieur du gouvernement français. Un nom lié à plusieurs scandales Ancien président de Radio-Orient, créée au début des années 1980, il dirige également le groupe Euro-Med, spécialisé dans les relations publiques et dans le conseil en communication et dont le siège est à Paris, avec une représentation à Beyrouth. Si dans les pays européens son nom reste « politiquement propre », dans d?autres, notamment les pays arabes, il reste lié à chaque fois à des scandales. En Jordanie, il était conseiller d?Ahmed Chalabi, le patron de Petra Bank, un établissement financier privé classé troisième dans le royaume, qui a connu en 1989 le même sort qu?El Khalifa Bank. Ahmed Chalabi avait été reconnu coupable de détournement de fonds et de fraude par une cour militaire de Jordanie et fut condamné par contumace à 22 ans de prison pour 31 chefs d?accusation dont détournement, vol, abus et usage de fonds déposés et spéculation sur la monnaie. Il s?est enfui avant le déclenchement la machine judiciaire. L?Etat jordanien était contraint de rembourser une somme de 200 millions de dollars aux épargnants qui avaient perdu toutes leurs économies. L?enquête avait révélé que Chalabi avait gonflé de quelque 200 millions de dollars les actifs de Petra Bank. Les crédits accordés par cette dernière ont bénéficié surtout à des sociétés domiciliées en Suisse et au Liban et dont Chalabi avait le plus grand nombre d?actions. Celui-ci est présenté comme le responsable des dépôts et des entrées fictives afin de faire paraître les recettes plus importantes. Bien sûr, Ahmed Chalabi, à partir de son exil, se défend en affirmant que l?affaire est politique. Même scénario que celui d?El Khalifa Bank. Presque dix ans plus tard, Raghed Echamâa vend Radio-Orient à Rafic El Hariri et ce dernier s?est rendu compte qu?il venait d?être arnaqué. Il a juré de lui faire payer ce coup, mais des hommes armés mettent fin à sa vie avant. Raghed Echamâa met son expérience de facilitateur et dénicheur d?affaires au service de Abdelmoumen Khalifa, comme il l?a fait pour le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et le Comorien Saïd Djohar. Il s?illustre par un site web faisant l?éloge de « la démocratie » tunisienne. Son carnet d?adresses dans le monde des médias lui permet d?assurer le montage de l?opération médiatique lancée en France, en 2001, pour faire connaître Abdelmoumen Khalifa et son groupe. Le golden boy occupe de nombreux médias. Des interviews sur des chaînes de télévision, un dossier le magazine économique du groupe Dassault, Valeurs Actuelles, des articles people et un livre hagiographique, Histoire d?un envol, aux éditions Servedit/Maisonneuve et Larose. Mais les montants colossaux versés pour ces opérations pousse la presse écrite à se poser des questions sur l?origine « douteuse » des fonds de ce nouveau riche qui débarque en France. Raghed Echamâa et Abdelmoumen deviennent de plus en plus proches et presque inséparables. Le Franco-Libanais l?aide à lancer une chaîne de télévision au Luxembourg, financée totalement par la banque, via des transferts de fonds d?Alger. Avec ses nombreux contacts au Moyen-Orient, dans les pays du Golfe, dans des domaines aussi variés que la finance, les transports, l?aviation ou la construction, il réussit à brancher Abdelmoumen sur le rachat de la branche internationale d?une entreprise allemande de bâtiment, Philippe Holzmann. Transaction pour laquelle il prend une commission conséquente. Il déniche également la société Huta Sete d?Arabie Saoudite pour permettre à Abdelmoumen de commander deux stations de dessalement d?eau de mer. Pour cette opération, quatre transferts de devises ont été exécutés à partir d?El Khalifa Bank Alger vers le compte de Raghed Echamâa à Beyrouth, alors qu?il était domicilié et actif pour le compte de Abdelmoumen en France. Le montant global est de 7,6 millions de dollars. Dans le même cadre, il sert d?intermédiaire dans l?achat de trois autres unités de dessalement auprès de la société Sete Technical Services. Le contrat d?acquisition de ces deux stations, datant l?une de 1976 et l?autre de 1978, porte sur un montant de 45 millions d?euros. Les enquêtes ont montré que pour les deux stations réceptionnées, le contrat a été conclu au mois de mars 2002 entre Khalifa Group, représenté par Bouabdellah Salim, agissant pour le compte de Abdelmoumen, et la société Huta Sete Marine Works, représentée par Wuebbens Michael. Le mystère non encore élucidé Le montant s?élève à 3,5 millions de dollars. Elles ont été réceptionnées Alger, sans aucun contrôle douanier, ni paiement des droits et taxes douanières, puis transférées à Zemmouri. Pour ce qui est des trois autres stations non livrées, il s?agit d?un contrat conclu au début du mois de mars 2002 entre la société Sete Technical Service, représentée par Dondos Dimitris, et Khalifa Group, représenté par Abdelmoumen, et porte sur leur livraison pour un montant de 51,8 millions de dollars, versés en deux tranches 26,5 millions de dollars et 45 millions d?euros. Le fournisseur a révélé avoir reçu uniquement 26,5 millions de dollars, repartis comme suit : 3,5 millions de dollars US pour les deux stations usagées et 23 millions de dollars US représentant (une partie) du contrat des trois autres stations neuves. Pour lui, le montant de celles-ci est de 51,8 millions de dollars et non pas 81,8 millions de dollars US comme reporté sur les factures présentées par Abdelmoumen. Il dément avoir reçu la somme de 26,5 millions de dollars US et celle de 45 millions d?euros, transférées par El Khalifa Bank dans le cadre de cette opération. En fait, les 45 millions d?euros ont été transférés par Abdelmoumen pour acheter la luxueuse résidence de Cannes, que lui a dénichée Raghed Echamâa, mais aussi payer la commission à un intermédiaire et l?achat de bijoux et de cadeaux de luxe. Raghed Echamâa met Abdelmoumen sur une autre affaire, plus juteuse, celle liée à l?achat de la chaîne de télévision arabe ANN, en 2001. Néanmoins, l?opération ne réussit pas. Il en réussit une autre : l?ouverture d?une liaison aérienne au départ de Marseille sur les îles Comores, via Alger et Johannesburg (Afrique du Sud). C?est toujours Raghed Echamâa qui intervient pour l?achat de quatre véhicules blindés de la société Carat Duchatelet, en Allemagne, dont trois ont été ramenés en Algérie et le quatrième y est resté. Il décroche à Abdelmoumen l?agrément pour les cartes de paiement en devises, Mastercard et autres, remis par une société basée à Beyrouth, dans laquelle son père est actionnaire. C?est lui qui délivre ces cartes et, à ce titre, il doit être le seul à détenir la liste comportant les noms de nos plus hauts responsables et dirigeants qui se sont servis de Abdelmoumen. La cerise sur le gâteau, c?est cette société que Raghed Echamâa a créée le 11 juin 2002 à Beyrouth, dénommée Société Airways, détenue par Khalifa Group Holding, avec 2910 actions, Issam Echamâa 30 actions, Raghed Echamâa, 30 actions et Mahmoud Matar (un officier de l?aviation à la retraite) 30 actions et dont le conseil d?administration est constitué de Raghed Echamâa et Issam Echamâa et Mahmoud Matar. Pourtant, au registre du commerce, Khalifa Group Holding a été créé au mois d?août 2001 par Issam Echamâa (98%), Roula Echamâa (1%) et Maha Kacem (1%), avec un capital social de 20 000 dollars. Le 26 avril 2004, la société a été mise en liquidation, suivie de celle de la Société Airways, au mois de juin 2004. Ces deux sociétés auraient été destinataires d?une partie des fonds que Abdelmoumen avait transférés d?Algérie. Ils auraient servi à la création, par Raghed Echamâa, d?une mystérieuse compagnie aérienne, Cedar Wings. Cet homme d?affaires s?est illustré par cette opération d?accaparement des 13 avions-taxis de Abdelmoumen Khalifa, qui étaient à l?aéroport de Toulouse. Douze d?entre eux ont été vendus en pièces détachées à un Américain et ce sont les enquêteurs du FBI qui ont découvert le pot aux roses. Le treizième appareil a été mis au nom d?un membre de sa famille (son épouse ou sa fille) et serait actuellement au Liban. Toutes ces informations ne représentent qu?une petite partie de la vie active de Raghed Echamâa, qui a une responsabilité dans la banqueroute d?El Khalifa Bank. En plus de son salaire de 50 000 euros qu?il percevait chaque mois sans aucun contrat de travail, il bénéficiait de commissions importantes sur toutes les affaires qu?il rapportait à Abdelmoumen et tous les services qu?il lui rendait. Il a donc participé à la dilapidation des fonds des déposants, tout autant que Abdelmoumen Khalifa. Son mystère n?a pas encore été totalement élucidé.
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