Née esclave en 1858. Titulaire d’un doctorat de la Sorbonne à 67 ans. Morte à 105 ans.
Ses mots voyagent aujourd’hui sur chaque passeport américain.
Voici Anna Julia Cooper — une femme que l’histoire a tenté d’effacer.
Une petite fille naît en Caroline du Nord, son corps légalement possédé par un autre.
Sa mère, Hannah Stanley Haywood, est réduite en esclavage.
Son père est presque certainement son maître, George Washington Haywood, ou peut-être son frère.
La loi décrète qu’elle n’a aucun droit, aucune voix, aucun avenir.
Mais Anna Julia Haywood avait d’autres projets.
Lorsque la libération arrive, Anna a sept ans.
Soudainement, incroyablement, elle est libre.
Et sa première impulsion est d’apprendre — tout ce qu’elle peut.
En 1868, elle s’inscrit à la St. Augustine’s Normal School à Raleigh, avide de savoir.
Mais l’école impose des limites :
les cours avancés sont réservés aux garçons ;
les filles doivent se contenter d’apprendre à enseigner ou à soutenir un mari.
Anna conteste.
Elle exige l’accès aux cours supérieurs.
On lui refuse.
Elle insiste.
On finit par céder.
Et elle surpasse tous les garçons.
À 23 ans, elle entre à l’Oberlin College dans l’Ohio, où elle obtient une licence de mathématiques en 1884, puis une maîtrise en 1887.
Une femme noire, diplômée en mathématiques dans les années 1880 — un exploit extraordinaire.
Mais Anna ne s’arrête pas là.
Elle part à Washington, D.C., enseigne au lycée M Street High School et, en 1902, en devient la directrice — la première femme noire à occuper ce poste.
Sous sa direction, l’école devient un phare d’excellence : latin, grec, mathématiques avancées, littérature classique.
Elle prépare ses élèves aux meilleures universités alors qu’une grande partie de l’Amérique doute encore de l’intelligence des Noirs.
Ses élèves prouvent le contraire : Harvard, Yale, Oberlin — la future élite.
Mais la réussite d’Anna attire la haine.
Des membres racistes du conseil scolaire la forcent à démissionner en 1906, sous de faux prétextes.
Elle continue pourtant d’enseigner, d’écrire, de lutter.
En 1892, elle publie A Voice from the South, déclarant :
« La cause de la liberté n’est pas celle d’une race, d’une secte, d’un parti ou d’une classe — c’est la cause de l’humanité tout entière. »
Des décennies plus tard, à un âge où la plupart se retirent, elle entreprend un doctorat à Paris.
Elle étudie l’histoire française et l’esclavage, tout en enseignant, voyageant et élevant des enfants adoptés.
En 1925, à 67 ans, elle obtient son doctorat à la Sorbonne, devenant l’une des premières femmes afro-américaines à accomplir cet exploit.
Elle ne s’arrête pas.
Elle enseigne jusqu’à plus de 80 ans, fonde l’Université Frelinghuysen pour les adultes noirs travailleurs, et consacre sa vie à l’éducation, à l’égalité et à la dignité.
Anna Julia Cooper a vécu l’esclavage, la Reconstruction, les lois Jim Crow, deux guerres mondiales et les débuts du mouvement des droits civiques.
Elle meurt en 1964 à l’âge de 105 ans — un an après le discours “I Have a Dream” de Martin Luther King Jr.
Ses mots, gravés aujourd’hui dans les passeports américains, continuent de voyager à travers le monde :
« La cause de la liberté n’est pas celle d’une race, d’une secte, d’un parti ou d’une classe — c’est la cause de l’humanité tout entière. »
Née propriété. Morte libre, instruite, et impossible à ignorer.
Une révolution contenue dans une seule vie.
Une élève. Un diplôme. Une femme qui refusa d’être réduite au silence.
Anna Julia Cooper (1858–1964) — l’histoire a tenté de l’effacer,
mais elle reste, à jamais, inoubliable.
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Posté par : imekhlef
Ecrit par : rachid imekhlef
Source : NET