Algérie

Abdelhamid Djelouah : le poète de la liberté

Trop intelligent et trop sensible pour se réfugier dans un monde irréel, Abdelhamid Djelouah(1) cherchera comme tant de poètes algériens après lui, une équation entre la culture classique dont il est imprégné et le présent qui l’assiège de toutes parts.
Ses premiers vers sont d’un jeune poète qui a beaucoup lu et qui manie adroitement les réminiscences : « Nous nous envolions en rêve Vers le début de notre vie, Le ciel nocturne, sur La Seybouse(2) s’étend limpide et lumineux. » Telle invocation à Hafedh Ibrahim(3), où il exalte la liberté, est bien dans le style enflammé du temps. Poète lyrique, Abdelhamid Djelouah est plus émouvant quand, sous l’empire de la douleur ou dans l’apaisement du souvenir, il évoque l’aimée disparue : « Nous nous sommes en silence grisés De l’haleine d’une nuit étrange Nous étions tous deux fatigués de la vie, De nos deux cœurs, la flamme était éteinte. » La luxuriance des images concrètes a une source profonde dans sa vie intérieure. Quelques très beaux vers d’une facture universelle et les meilleurs passages des poèmes commémoratifs de la maturité peuvent encore émouvoir. Chantre de la liberté, de l’amour fraternel, Abdelhamid Djelouah n’affadit pas par principe l’ardeur d’un tempérament lyrique : « Soyons indulgents à la fièvre de la jeunesse A son ardeur, à ses transports. » Ou encore : « Le langage de ces rêveries virginales Troubla en lui un essaim de pensées, Il revit la gentille Leïla Et son âme s’abandonna A des rêves doux et purs. » Ailleurs, l’aspiration nationaliste sera traduite avec noblesse, avec fermeté. Notre goût est rebuté parfois par le recours trop fréquent aux allusions historiques, par une ornementation un peu rapportée, par des négligences qui font tâche. Mais certains poèmes cependant, simples effusions d’une âme blessée, sont exemptes de toute surcharge. Le caractère intemporel de l’inspiration lyrique ne suffisait pas, on l’a vu, à Abdelhamid Djelouah : il célèbre et commente les grands événements qui jalonnent sa vie ou celle de ses concitoyens algériens : « Nous ne voyons dans la vie actuelle Qu’une suite de tableaux assommants. » Ou encore : « Une inquiétude nous possède : Le désir de changer notre vie par le combat de tous les jours, par le combat libérateur. » Le poème Pour l’Algérie (1945) est un des rares textes algériens de l’époque qui fassent entendre la voix de l’Algérie, son désir de liberté. Dans un genre souvent factice, Abdelhamid Djelouah exprime avec vigueur la passion patriotique. Poète au souffle novateur, Abdelhamid Djelouah ne voulait pas tromper la confiance du peuple algérien. Il le payera de sa vie. Par un matin brumeux d’octobre 1949, on trouva son corps sur les berges de La Seine à Paris. Sa mort restera une énigme pour la police française, mais les nationalistes algériens de l’époque ne manquèrent pas d’accuser cette dernière de l’avoir liquidé à cause de son engagement patriotique(4).

 (1) Né en 1902 à Arris (w. de Batna), mort en 1949, Djelouah est le père de la poésie arabophone libre en Algérie.
 (2) Rivière des plaines d’Annaba
 (3) Poète nationaliste égyptien des années 1920, 1930 et 1940.
 (4) Voir Abdallah Rekibi : Djelouah, le poète rebelle, éditions ENAL 1984.


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