En consultant mes anciennes lectures, du temps où je lisais toutes les publications, ou presque, de ce qui se faisait alors, je suis tombé sur ces articles qui m'ont émus, parus dans l'hebdomadaire "Révolution Africaine" numéro 1309 du 7 avril 1989, dans la rubrique "Signes des temps", en page 4. Je les ai recopié et je les poste ci-dessous.
...........................................................................................................................................................................................
Signe des temps
ARTS PLASTIQUES
Expression des silences
Quelqu'un a dit un jour : «... et puis seul le silence a du talent... », en est-il vraiment ainsi, lorsque, ce même silence est porté comme un fardeau qui n'en finit pas de s'alourdir et de peser sur les épaules ? Ce monde de silence est l'océan dans lequel baigne Aziza Boutrig. Elle est sourde-muette, mais elle est aussi, et surtout, artiste. Son silence à elle a du talent.
Son monde est celui des toiles, des couleurs, et des formes. Nous ne pouvons parler, pour l'instant, en ce qui la concerne, de techniques plastiques ni d'écoles artistiques. Nous pouvons simplement parler de son don et de sa capacité à manier le pinceau qui laisse une trace quelque part dans l'âme. Quelque chose qui est, en fait, l'expression humaine sans pour autant en saisir le pourquoi ni le comment des choses.
Comme la rose qui fleurit, parce qu'elle fleurit, l'être est voué à exprimer les hauts et les bas de son existence. Aziza le fait avec une beauté presque triste. De chaque toile jaillit une paire d'yeux, comme un cri sourd qui se débat pour arriver à nous.
Aziza, 22 ans, ne demande qu'à s'intégrer au monde ; malgré son handicap. Il a fallu que le sien soit apparent pour que l'école nationale des beaux-arts lui ferme ses portes, en lui ouvrant une porte grande ouverte sur la marginalité, et en s'excusant que le règlement n'ait pas prévu l'existence de gens qui comme Aziza, pouvaient aspirer à un avenir meilleur.
Car réalité oblige, on ne peut vivre de l'air du temps. Il faut un diplôme.
« Pourquoi ? S’interroge Mme Popa, son professeur à l'école des sourds-muets située au Boulevard Salah Bouakouir. Pourquoi veut-on lui bloquer son seul moyen d’expression ? Je me rends compte que le don à lui seul ne suffit pas. Il faut aussi le pouvoir ! »
Le vrai pouvoir qui a égayé Aziza est celui qui émanait de la compréhension et du soutien de personnes venues assister au vernissage de son exposition au Centre culturel de la ville d'Alger, sis Boulevard Mohamed V, au courant du mois de mars.
Par NAJET B.
In « Révolution Africaine » N° 1309 du 7 avril 1989 – Page 4
……………………………………………………………..
Cri de douleur
En dépit de sa surdité et à l'orée de son 23ème printemps, Aziza Boutrig a brillé de mille feux lors de sa première exposition au « Centre Culturel Mohamed V ». D'une beauté étonnante, l'œuvre de cette artiste autodidacte a suscité l'admiration d'un public émerveillé. Mais, le talent et la volonté, ne semblent pas suffisants pour emprunter le dur chemin des Beaux-Arts. Règlement oblige !...
Dépourvue de sacro-saint diplôme, Aziza, qui ne demande qu'à s'intégrer au « monde normal », s'est heurtée au refus de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.
Mais en attendant des jours meilleurs, la talentueuse « handicapée » extériorise ses angoisses, sa douleur, la tourmente de sa solitude, son drame...
Dans ses paysages, elle projette ses propres fantasmes toujours empreints de tristesse et de mélancolie. Elle traduit en images « pathétiques » les épisodes de son aventure personnelle.
Parfois, ses tableaux racontent les choses de la vie et donnent à penser au spectateur comme une impression de poésie. L'œuvre de Aziza Boutrig est une silencieuse puissance qui ne parle d'abord qu'aux yeux et qui gagne et s'empare de toutes les facultés de l'âme.
Sa peinture est, certes, un cri de douleur mais pas une révolte sociale. C'est une affirmation de soi et une volonté d'insertion au sein d'une société marginalisante.
Par T.A.
Révolution Africaine » N° 1309 du 7 avril 1989 – Page 4 (encadré)
deffous abdellah - retraité - grarem gouga
21/12/2025 - 673101