Alger - Revue de Presse

Zaïm Bensaci, président du Conseil national consultatif pour la promotion de la PME, à La voix de l’Oranie



«La crise n’est pas près de se résorber» La voix de l’Oranie: Que pensez-vous de la dernière «sortie» du président du Forum des Chefs d’entreprises (FCE) qui est monté récemment au créneau en adressant une «lettre ouverte» au chef du gouvernement ?   Zaïm Bensaci: Je me dois, d’emblée, de saluer cette initiative du FCE dont le mérite est d’avoir alerté le gouvernement et l’opinion publique sur la situation économique et sociale qui devient, en effet, extrêmement préoccupante. Cette initiative mérite toute notre considération et notre appui. Nous partageons, ainsi, l’avis que la situation économique et sociale du pays est actuellement très difficile. En outre, l’absence de prise de mesures de la part des pouvoirs publics laisse se profiler à l’horizon quelques incertitudes. Il y a lieu de noter que le FCE est venu pallier, ainsi, le silence, du reste inexplicable, des organisations patronales et syndicales dont le rôle est, précisément, d’alerter les pouvoirs publics, chaque fois, que la situation économique et sociale devient difficile pour les entreprises, les travailleurs et les citoyens en général. Il est, en effet, de la responsabilité de ces organisations, et ce, quelles que soient leurs obédiences, d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur des faits ou des phénomènes dont les effets cumulatifs ou durables peuvent être porteurs de sentiments de mal-vie ou d’abandon chez les citoyens. - Dans sa correspondance au Chef du gouvernement, le FCE a évoqué les leviers susceptibles d’être actionnés par le gouvernement afin d’endiguer la «crise sociale et économique» qui se profile à la rentrée. Que pensez-vous des mesures proposées? - D’après ce qui en a été rapporté par la presse, ces leviers sont au nombre de quatre. Les deux premiers sont de nature fiscale et consistent à agir sur les tarifs douaniers et la fiscalité ordinaire en examinant l’éventualité d’un allègement ou d’une suppression (momentanée ou définitive) des tarifs douaniers et de la TVA applicables aux matières premières (actuellement 30% de DD et 17% de TVA). Le troisième levier est d’ordre monétaire et consiste en la revalorisation du dinar. Enfin, le quatrième est de nature comportementale et vise à réorienter le flux des importations vers les zones dollar, à relancer la campagne «Consommons national» et à appeler les commerçants à adopter un comportement citoyen. Au-delà du caractère opportun de ces mesures, il semblerait qu’il existe en Algérie des tensions inflationnistes qu’on ne peut aujourd’hui occulter. L’initiative du FCE vient, ainsi, susciter un débat sur la conjoncture socio-économique du pays, un débat qui fait ressortir les différents problèmes structurels et autres qui se posent au pays. - Pouvez-vous être plus explicite ? - Sachez que la conjoncture socio-économique difficile que nous traversons a des raisons profondes. La crise est alimentée par une multitude d’ingrédients qui font qu’elle n’est aujourd’hui pas près de se résorber. En effet, les valses-hésitations et les atermoiements du gouvernement dans beaucoup de domaines, comme la privatisation des entreprises publiques, la réforme bancaire, l’absence de stratégies consensuelles dans des secteurs clés de notre économie, le développement industriel et celui du secteur de l’énergie par exemple, le climat général des affaires, le statut de la Fonction publique, la politique de la santé et de la protection sociale, la politique des salaires, le non-exercice des fonctions de régulation et de contrôle notamment, ne sont pas de nature à assurer aujourd’hui les conditions d’un fonctionnement harmonieux et efficace de notre appareil économique national et à même de répondre à une demande sociale qui évolue, se diversifie et prétend à mieux au plan qualitatif, et ce, nonobstant la paupérisation accrue de larges pans de notre société. Ainsi, les dispositifs mis en place ne permettent toujours pas d’assurer les conditions d’une relance de la demande en corrigeant une politique salariale complètement désarticulée de la réalité socio-économique du pays et à drainer les IDE susceptibles de contribuer à la relance de l’économie nationale et à la résorption du chômage. Il s’agit tout simplement d’assurer les conditions d’une paix sociale à laquelle les pouvoirs publics tiennent beaucoup mais cela sans mettre en œuvre les moyens qu’exige une telle situation. L’unanimisme de façade et les consensus fabriqués ou factices auront fait long feu. La réalité de l’Algérie d’aujourd’hui impose d’autres pratiques sans lesquelles la situation risque malheureusement d’empirer.
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