Dans cet immense édifice qui fait dans la vente de la
culture, il y a les cadres. Un statut à vouvoyer, les élus de l'ère, élus de la
chance d'appartenir à une famille qui tient les rênes. Ils s'y croient. Se
prennent au sérieux, ne font rien de sérieux, mais ils se la jouent. C'est fou
comme ils se la jouent. Ils ne cessent de changer de cravates. De parler à voix
grave dans un registre aigu. Toute la journée ça ne fait que commander,
commander, ils n'arrêtent pas de commander des boissons fraîches, des cafés, à
leurs secrétaires.
Celles-là, elles font semblant de travailler dans ce bureau
aquarium où nagent d'autres secrétaires. Elles tapotent sur leurs claviers au
rythme de la «machitude» du chewing-gum sous leurs dents. Si leur matériel est
plus sophistiqué, leur métier n'a pas évolué depuis des ans. Idirou ce qu'on
leur dit de faire, tout en se plaignant pendant les pauses, qui durent des
heures, d'un travail sacrément harassant. Leur comportement est le même,
qu'elles soient d'ici ou d'ailleurs. Voilà une classe qui peut être à l'origine
de «l'internationale secrétarienne».
Elles fabriquent des documents, collent leurs langues bien
chargées sur des timbres qui n'ont rien demandé et bien sûr répondent au
téléphone: «oui, vous êtes bien chez la katiba du moudir, c'est de la part de
qui «silteplé»? Je vais voir siléla!... Désolé khouya, il n'est pas encore
rentré... A quelle heure? Je ne sais pas!». L'autre appareil se met à sonner,
elle se saisit du combiné né de la dernière technologie: «Allo Zoubida? Ne
coupe pas yal Kbida». Elle reprend le premier. «Ah non, l'après-midi il est en
réunion et demain il sera en déplacement... Quoi son numéro direct... Ça va pas
non?»
Elle pense détenir de sacrés secrets, ceux du patron et
fait des mystères de tout et de rien. Elle coupe pour reprendre la Zoubida la
Kbida. Elle passera en revue tous les feuilletons de toutes les chaînes zarabes
et zarbi jusqu'à ce que «Otitophone» s'en suive.
Elles sont comme chaque Algérien, elles ont un avis sur
tout, mais on s'en passerait bien. Certaines ont échoué là par un mauvais
hasard, mais d'autres sont fières de faire ou d'avoir fait carrière. Elles ne
regrettent qu'une chose, leurs fesses qu'elles ont écrasées à force d'être trop
assises.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El-Guellil
Source : www.lequotidien-oran.com