Le secteur des hydrocarbures algérien a
un nouveau boss en la personne de Youcef Yousfi. Portrait d'un scientifique qui
a déjà eu à gérer le secteur…
Des profanes du secteur des hydrocarbures
ont la perception subjective d'un Chakib Khellil «cow-boy» conquérant de
l'empire pétrolier algérien, et grisé par l'envolée constante des cours du
baril. Pourtant, il est issu de la Sonatrach, celle du temps de Belaïd
Abdesselam ou l'on ne faisait pas de vagues. Peut être a-t-il été marqué par
son long séjour américain ? En tout cas, loin des derricks texans, Youcef
Yousfi, lui, a été en poste à la Sonatrach et au ministère de tutelle au temps
des vaches maigres.
Il revient au ministère de l'Energie et des Mines dans une
conjoncture relativement meilleure. Pur produit de l'Algérie postindépendance,
Youcef Yousfi prend les commandes alors que le secteur engrange d'importantes
recettes mais subit les contrecoups du scandale de la Sonatrach. Inévitable,
disent aujourd'hui de nombreuses voix off du secteur, cela devait arriver, tôt
ou tard. Dans divers lieux publics, la gestion du ministre sortant Chakib
Khelil est qualifiée de «top niveau» par les uns, «d'autoritaire» par les
autres, et dans tous les cas de figure, de «pyramidale». Ces jugements n'ont
jamais circulé durant la période Yousfi au ministère de l'Energie. On était
plutôt discret, se souvient-on. Il faut dire que Chakib Khelil a eu «l'audace»
de remettre en cause les nationalisations de 1971 en portant à bout de bras un
projet de loi sur les hydrocarbures - attendu avec impatience par les
Américains - que le président Bouteflika a fini par renier.
S'il appartient à un courant économique, Youcef Yousfi n'est pas
connu pour être un néolibéral. Cet homme natif de Batna, père de trois enfants,
est à la base un scientifique et un administrateur. Diplômé de l'École
nationale supérieure des industries chimiques en France, M. Yousfi est
également titulaire d'un doctorat en physique de l'Université de Nancy, en
France. Il a entamé sa vie active comme maître de conférences puis comme
professeur d'ingénierie chimique à l'École nationale polytechnique d'Alger. Il
dirige ensuite l'Institut de chimie de l'Université Houari Boumediene de Bab
Ezzouar. Parallèlement à ses activités d'enseignement, il était en charge des
affaires pétrolières au ministère de l'Industrie et de l'Energie.
Avec Liamine Zeroual…
En 1985, M. Yousfi est nommé
administrateur de la Sonatrach, compagnie pétrolière nationale, où il avait
auparavant occupé la fonction de vice-président en charge du marketing. Il est
considéré comme un des artisans de la loi pétrolière de 1986 qui a notamment
débouché sur les contrats de partage de production, que voudra ensuite remettre
en cause Chakib Khelil. Il connaît donc cette grande compagnie qui procure à
l'Algérie plus de 90% de ses ressources financières. En 1988, lorsque débute le
processus des réformes, il devient Président du Conseil d'administration du
Fonds de participation des mines, du pétrole et des hydrauliques. Mais,
rapidement, il se détache du bateau des réformes. L'Algérie bouillonne. En
1990, Youcef Yousfi la quitte pour un pays du Golfe où il exerce la fonction de
conseiller dans le domaine du gaz. Durant cet exil professionnel volontaire, il
aurait croisé Abdelaziz Bouteflika, avant que ne se profile son destin
présidentiel.
Le parcours discret d'un commis de l'Etat
Il regagne en 1996 l'Algérie pour de
hautes fonctions administratives auprès du président Lamine Zeroual, dont il
devient le chef de Cabinet. En même temps, Youcef Yousfi s'engage en politique
en adhérant au Rassemblement National Démocratique. Député de ce parti à Batna,
en juin1997, il entre le même mois au gouvernement d'Ahmed Ouyahia, en tant que
ministre de l'Energie et des Mines. Il garde ce portefeuille en décembre 1998
dans le gouvernement de Smaïl Hamdani. Il passe aux Affaires étrangères en
décembre 1999 au sein du gouvernement d'Ahmed Benbitour. Puis, en août 2000,
avec le gouvernement Benflis, il obtient le poste de «ministre délégué» sans
portefeuille. Ce parcours discret de grand commis de l'Etat ne s'arrête pas
pour autant. A partir de 2001, il représente l'Algérie, en tant qu'ambassadeur
au Canada, puis auprès des Nations Unies et enfin à Tunis. A 69 ans, il est
aujourd'hui rappelé à la barre de l'Energie et des Mines où les experts
s'attendent à ce qu'il impulse une réflexion de fond sur la stratégie du
secteur. Avant cela, il devrait Å“uvrer au rétablissement de la confiance au
sein de l'entreprise pivot, la Sonatrach, par une gestion en interne des effets
du scandale qui l'éclabousse alors que le traitement judiciaire en cours
pourrait à présent s'accélérer. Les charges du ministre Youcef Yousfi sont
multiples, à commencer par une revue de tous les compartiments du secteur pour
se faire une idée précise de l'état des lieux dont il était éloigné depuis plus
de dix ans.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Bouazid
Source : www.lequotidien-oran.com