La politique énergétique de l'Algérie
va-t-elle changer après le départ de Chakib Khelil de la tête d'un secteur
qu'il a gouverné sans partage durant dix ans ? Sans doute car ce sont en partie
les contradicteurs de l'ancien ministre qui pourraient constituer l'équipe sur
laquelle va s'appuyer le revenant Youcef Yousfi. Première inflexion :
les investissements dans l'aval gazier.
Chakib Khelil n'a pas voulu, au-delà de
2006-2007, renoncer à une politique hyper-extractive de pétrole et de gaz
naturel devenue très controversée, comme l'a fait observer plus d'une fois le
professeur Amor Khelif – mais pas seulement lui - «l'Algérie transforme de
l'énergie fossile en bons de trésor américains». C'est le premier point sur
lequel une inflexion est attendue avec le retour de Youcef Yousfi. Mais si
Sonatrach doit lever le pied dans son programme d'investissement, cela ne se
déroulera pas uniformément partout. Premier ciblé, l'aval gazier. «Il n'y a
plus de nouvelle demande de gaz sur le marché européen, c'est l'une des raisons
du retard de Medgaz de plus d'une année. Mais il n'y a plus, aussi, assez de
gaz additionnel à envoyer dans les tuyaux au-delà des quantités déjà engagées
contractuellement» explique un ancien cadre du ministère de l'Energie.
Le projet gazoduc Galsi vers l'Italie via la Sicile qui doit
transporter 8 milliards de m3 de gaz naturel à partir de 2014 devrait être
annulé ou au mieux ajourné. Les capacités supplémentaires de liquéfaction lancées
par le ministre sortant – trains de GNL à Arzew et reconstruction de l'unité de
Skikda – pourraient, dans le cas d'Arzew être redimensionnées. «La bulle
mondiale de gaz naturel en maintenant les prix bas ne justifiera pas plus
d'investissement dans les infrastructures d'exportation durant quelques années»
explique le cadre du secteur. Le freinage contrôlé dans les investissements de
l'aval pétrolier devrait également toucher une partie de la pétrochimie :
««Investir dans la pétrochimie, bien sûr. Mais devenir grand spécialiste de production
d'ammoniac en transformant du gaz naturel cédé au prix domestique, aucun
intérêt. Que de la nuisance», prévenait, il y a quelques semaines, un ancien
vice-président de Sonatrach que le nouveau patron du secteur ne dédaigne pas
écouter.
Yousfi rétablira t-il le système de
partage de production ?
L'effort de prospection et de
développement dans l'amont – délai de maturité plus longs - devrait se
poursuivre sous la nouvelle ère de Yousfi Yousfi. Avec cependant une
incertitude : le cadre légal actuel. Il était censé améliorer l'attractivité du
domaine minier algérien et aussi les revenus du trésor public. La suppression
du système de concession dans la loi Khelil en 2006 a laissé une loi
déséquilibrée avec une fiscalité qui n'est pas adaptée, plaident les compagnies
étrangères. Le conseiller juridique d'une grande compagnie pétrolière du nord
de l'Europe pose le doigt sur le problème : «avec le système fiscal actuel,
l'exploitation des petits gisements, et il ne reste que des petits gisements à
développer en Algérie, donne des marges négatives pour l'investisseur. Nous
avons transmis, il y a plusieurs mois, une simulation au ministère, où on a
bien reconnu qu'il y avait problème».
Youcef Yousfi amendera-t-il la loi Khelil ? «Tout le monde sait
qu'il est très attaché à la loi de 1986 de partage de production, qui a donné à
l'Algérie un second âge pétrolier» prévient l'ancien cadre du ministère. Il lui
faudra cependant convaincre le président Bouteflika de ce que l'Algérie gagnera
en rétablissant le système de partage de production. Ce ne sera pas le chantier
d'urgence du nouveau ministre de l'énergie.
Nordine Cherouati précarisé
Sonatrach va être par contre un chantier
de la première heure. Le sort du nouveau Pdg Nordine Cherouati, nommé par
Chakib Khelil, paraît déjà précaire. Youcef Yousfi a son équipe. Elle a subi
l'ostracisme des années Khelil. Il s'appuiera sur elle pour évaluer la
situation et redéfinir la stratégie dans ce secteur clé où la prospective est
absente. L'égarement de Sonatrach dans une infinité de métier (dessalement
d'eau de mer, génération d'électricité, transport aérien, exploitation minière,
etc.) sera stoppé. L'avenir de Sonatrach comme grand acteur énergétique, pose
la question de la place des énergies alternatives. Chakib Khelil a beaucoup
discouru sur le renouvelable, mais l'Algérie accuse déjà un retard dans le
solaire sur ses voisins. Quel sera à ce propos le regard de Youcef Yousfi –
dont le séjour à Ottawa comme ambassadeur – présage d'un engagement «énergie
propre», plus authentique que celui de son prédécesseur ? Il restera la
question très sensible de la place de l'électronucléaire. Khelil y était très
favorable. Son successeur suggérera sans doute d'élargir les consultations.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Elkadi Ihsane
Source : www.lequotidien-oran.com