Dans cet entretien, l'économiste appelle à la nécessité de réindustrialiser le pays et de rendre l'acte productif un meilleur risque pour les banquiers.
Liberté : Malgré la disponibilité des ressources, qu'est-ce qui entrave l'accès au crédit d'investissement '
Youcef Benabdellah : C'est l'environnement global, comme on essaye de le montrer. On est en train de faire des progrès dans le débat parce qu'il y a quelque temps on pensait que c'était juste le problème des banques. Aujourd'hui, dans le débat, il est admis par les entreprises privées et même par les banquiers privés que c'est un problème plus complexe, puisqu'il est de plus en plus difficile de trouver des investisseurs. Les investisseurs, c'est une fabrication sociale.
Elle est politique et sociologique. Elle relève de l'histoire d'abord, mais elle relève de l'Etat. C'est de la responsabilité de l'Etat.
Donc il s'agit d'un problème de régulation. Il est admis que tout homme normal recherchant à faire du profit, l'homme étant individualiste par définition, aura naturellement à chercher les voies les plus faciles.
Il faut donc rendre l'acte productif un acte à meilleur risque.
C'est-à-dire qu'il faudrait le discriminer positivement. Aujourd'hui, on ne peut plus accorder, si on veut se réindustrialiser, les mêmes avantages à un businessman, au sens le plus vulgaire, au sens algérien du terme, qu'à un industriel.
On évince les industriels de fait. Il est grand temps de faire un appel du pied aux industriels en leur accordant des avantages nettement plus importants qu'aux autres. C'est la seule manière de décourager les autres. Et cela ne suffit pas, car il faudrait que les règles soient appliquées et que l'environnement soit assaini.
Pourtant, cela fait près d'une décennie que la réforme bancaire et financière a été mise en 'uvre...
La banque, c'est un agent économique comme un autre. Les banques sont réputées commerçantes. Elles-mêmes recherchent leurs profits. Il ne faudrait pas déroger à leur logique. Elles sont faites pour faire du profit. Ce sont des entreprises commerciales. Mais il faudrait tout simplement produire des informations, des avantages avec discrimination, comme je l'ai dit tout à l'heure, de telle manière qu'elles vont trouver plus profitable de financer un industriel que de financer un commerçant. Si avec un industriel, elles peuvent gagner 10, bien sûr c'est l'Etat qui va produire cet environnement pour qu'elles gagnent 10, et 1 avec un commerçant, alors toutes les banques se mettront à courir derrière les industriels.
Mais pour le moment, elles n'en ont pas besoin parce que c'est des hommes à problèmes, le risque est très grand et personne ne connaît l'industrie dans ce pays. Pour le commerce, on a vendu des bateaux avant qu'ils n'arrivent à Alger et tout le monde a payé tout le monde. Tout le monde est content.
Quelle démarche préconisez-vous pour assainir tout cela '
La démarche consiste d'abord à réunir tout le monde autour d'une table et de choisir une stratégie qui soit commune, négociée et qu'elle protège les intérêts de toutes les parties.
Avec un cap qui est défini par l'Etat et qui est la réindustrialisation du pays. Je ne comprends pas comment on peut autoriser une entreprise étrangère qui est dans le commerce à détenir 70% du capital, et quand elle est dans la production elle ne peut pas dépasser 49%. Alors que des pays auxquels on fait référence avaient interdit, il n'y a pas quinze ou vingt ans, les entreprises étrangères dans le commerce. Il est facile de faire du commerce. Mais c'est difficile de produire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Said SMATI
Source : www.liberte-algerie.com