Alger - Revue de Presse

Yasmina Khadra à La voix de l’Oranie



«Tant qu’il y a du bricolage, on ne sortira pas du ridicule»MohamedMoulesshoul, alias Yasmina Khadra né à Kénadsa, il y a 52 ans. Fils adoptif d’Oran depuis 1957, il vit aujourd’hui entre Oran et la France pour son nouveau métier la littérature. Romancier connu à l’échelle mondiale, pour être traduit dans 32 langues, Yasmina Khadra est aujourd’hui à son 22ème roman. Dans un entretien express, à l’occasion du Festival International du film arabe, le temps d’une tasse de thé au Sheraton Hôtel d’Oran, Yasmina Khadra, qui a vu son roman «Morituri» adapté au cinéma par Oukacha Touita, nous livre ses impressions.   La Voix de l’Oranie: Quelle lecture faites-vous de cette première édition du festival International du film arabe qui se tient dans la capitale de l’ouest? Yasmina Khadra: Ce festival à Oran me semble être une excellente initiative pour peu qu’il ait de la suite dans les idées et puisse permettre aux gens d’Oran de saisir cette opportunité pour lifter Oran qui offre une image désespérante. C’est le seul festival auquel j’ai décidé de participer parce que j’ai aimé cette ville et même si cela paraît relever de l’utopie, j’ose espérer qu’Oran redeviendra le pôle culturel qu’elle a toujours été.  - Malheureusement, hormis les manifestations épisodiques, la ville d’Oran vit dans une morosité ambiante...   -C’est un constat que je partage parfaitement avec vous. Oran semble curieusement se complaire dans une décomposition culturelle. Il est vrai que le mécénat préfère investir dans le sport plutôt que dans la relance culturelle de cette ville. Néanmoins, les chargés de la Culture font du bricolage avec les moyens dérisoires et des perspectives rudimentaires des rares manifestations souvent oubliées à peine le discours inaugural prononcé.   - Explicitez, s’il vous plait   Je trouve dommage qu’il n’y a pas d’amour, de cette jalousie ou d’ambitions pour changer les choses. Pour le commun des mortels, Oran est la cité du pêché qui vacille entre le Raï, l’oisiveté et le rêve des «Harragas».  - Parlons, si vous le permettez du cinéma algérien... - Le cinéma algérien n’existe pas et n’a jamais existé. Les uns excellent, les autres, sont d’une autre médiocrité. Et on essaie de parler de ces producteurs, de donner l’illusion d’une renaissance cinématographique alors que le cinéma algérien reste à réinventer. Nous avons des potentialités probantes. L’Algérien est par définition un comédien né, un acteur naturel qui a un imaginaire époustouflant. Il a un sens inné de la répartie. La fertilité de son imaginaire est stupéfiante. Toute cette richesse est livrée à elle-même. Elle s’exprime dans l’auto démission et l’apprentissage mortel du renoncement. Il faudrait avoir confiance en ces talents et leur donner les moyens de leur ambition. Il faut arrêter de croire que la culture en Algérie vit de la charité et du bon vouloir des responsables qui n’ont aucun rapport avec la chose culturelle. Si on veut donner vie à la culture, au théâtre et au cinéma, il faut assainir cet univers qui vit par la prédation, l’opportunisme et le renvoi de l’ascenseur. Il est temps que la compétence et le talent, critères fondamentaux et ingrédients vitaux de toutes les institutions, tout autant que le prêt à faire, soient valorisés. Tant qu’il y a le bricolage et le rafistolage, on ne sortira pas du ridicule.
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