Yamina Bouyedjra, une jeune romancière de la solitude
Les mots ont le génie d’inventer un monde parallèle pour nous signifier que nous sommes contenus par un désir de montrer un ailleurs plus lointain. Et que chaque histoire racontée n’est en fait qu’une autre façon de vivre et quand c’est la prose qui échafaude, l’on est transporté par des personnages étrangers à notre volonté.
Ainsi la jeune Yamina Bachir Bouyedjra a déjà fait le pas et voyage dans son roman comme un poisson dans l’eau. «L’appel du destin» est une première œuvre encore sous impression et à la première lecture, l’on découvre une main sensible, un œil vif qui sait saisir une émotion ou un rire ou bien les larmes de protagonistes proches de son vécu. Yamina est native de Sidi Bel-Abbès, du haut de ses 23 ans et semble être dévorée par cette puissante force qu’est l’écriture, allant jusqu’à se confesser un jour de novembre 2003: «Je suis assise au bord de la mer, les yeux larmoyants, je n’arrivais toujours pas à croire que je n’avais pas eu mon bac. Je n’arrivais surtout pas à accepter mon premier échec auquel je ne m’attendais guère. J’avais une peine indescriptible. Soudain je fus saisie par une envie qui ne m’était pourtant pas étrangère, ma meilleure amie m’appelait à me confier, cette amie n’était autre que l’écriture...». Et son journal intime était son grand rendez-vous pour mettre à nu les tourments de son cœur. Sorte de monologue solitaire d’autant qu’en elle une femme émergeait de son adolescence. Elle le dit ouvertement: «C’est ma thérapie!» Elle nous racontera comment dans son enfance, elle communiquait en écrivant des lettres à son entourage même pour des soucis futiles de «gosse». Dans sa nouvelle «Arol et moi», son style apparaît nettement autour de l’histoire d’un amour impossible entre deux êtres perdus dans la réalité et qui ne trouvent pas d’ancrage pour le réaliser confrontés à l’habitude des tabous, voici un passage dialogué qui illustre ce regard -»Va jusqu’au bout de ta quête, lui recommandai-je -Ma quête? Pour un amour qui n’arrive pas? -Souffre, alors! -Peut-être, mais c’est doux. Sais-tu que je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à franchir le seuil de la solitude avec un autre, aujourd’hui, je le sais. -Ta vie sans lui? Elle se tut subitement et me regarda: -Elle est belle sans lui! -Et avec lui? -Magique. -La plus belle chose qu’elle t’a faite? -M’offrir des fleurs qui ne se fanent guère! -Tu lui en veux pour...
-M’éloigner de lui et s’éloigner de moi!... Et elle pleure. Elle pleure».
Pour dire que la trajectoire de ce roman, prochainement à paraître, vient d’un long processus douloureux, solitaire et parfois même dans un tourbillon d’euphorie. On peut dire que Yamina Bachir Bouyedjra, pour sa première sortie, laisse une bonne odeur d’auteur naissant capable de nous émerveiller. Elle commente ainsi en avant-propos son ouvrage: «La mort domine dans le roman, je l’évoque trop parce que je sais combien sa douleur est atroce et comment la souffrance de perdre un être cher peut nous détruire ou nous forger pour la vie. Une certaine manière de vivre s’estompe pour qu’une autre refasse surface, elle enchante ou désenchante, dans les deux cas on doit se plier au destin...»
Disons-le tout de suite, c’est une bonne graine pour la nouvelle littérature algérienne.
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Ahmed Mehaoudi
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com