L'Algérie s'ennuie. La République est-elle déjà à bout de souffle' Cinquante ans ont passé depuis cette mémorable journée du 5 juillet 1962 qui fut, pour dix millions d'Algériens, la journée de la Rédemption.
Aujourd'hui, nous célébrons nos cinquante ans d'indépendance. Pas la fin de la guerre de Libération. Pourquoi cet amalgame de nos dirigeants, de nos médias' Si, en 1962, nous n'avions dansé qu'un seul été, nous espérions que les fêtes du cinquantenaire du recouvrement de notre souveraineté seraient étalées tout le long de l'année 2012. Avec le faste qui sied à un tel événement. L'Algérie est debout! Pourquoi priver dès lors tout un peuple, au sortir de maintes épreuves, de fêter ses retrouvailles avec l'Histoire'
Pour les seniors que nous sommes devenus en cinquante ans, une question nous taraude l'esprit: qu'allons-nous répondre aux jeunes Algériens sur toutes ces années passées où les hommes qui avaient libéré le pays avaient fini par sombrer dans la folie du pouvoir personnel'
L'Algérie a eu ses beaux et ses mauvais jours. Existe-t-il un Etat sur la planète qui puisse faire exception à cette règle d'airain'
C'est un événement atypique. Fêté presque à la sauvette. Nous nous attendions à vivre une vraie fête. Une fantasia de joie, de gloire et de panache dans nos têtes avec ses norias de chars fleuris, de cris de gamins sous le regard ébahi de leurs parents découvrant d'imposants défilés militaires exposant des armes ultrasophistiquées accompagnées des vrombissements de moteurs de machines blindées de dernière génération sous la parade d'avions de chasse de l'armée de l'air lâchant leur gaz de fumée tricolore vert, blanc, rouge.
Au large du port d'Alger, nos frégates et nos bâtiments de guerre lâcheraient une salve de cent et un coups de canon pour faire entendre aux Algériens et à la planète entière, sous les caméras d'Al Jazeera, d'El Arabia, de TF1 et de CNN, ce que valent, ce que signifient ces cinquante ans d'indépendance sur la terre d'Algérie.
Notre Révolution a été un modèle. Elle est unique jusqu'à présent, en son genre, dans le Monde arabe.
Pour tout dire, c'était huit ans de guerre avec un million et demi de martyrs contre la quatrième puissance du monde qui a mobilisé 500.000 hommes de troupes, appuyés par la machine infernale de l'OTAN.
Longtemps encore, les Arabes traîneront le complexe d'infériorité qui les mine depuis toutes les batailles perdues au cours de ces cinquante dernières années. L'explication est simple: ils meurent parce qu'ils ne savent pas se battre.
A cette époque, lorsque Krim Belkacem, Benboulaïd et Ben M'Hidi combattaient les paras de Bigeard et de Massu, les pétromonarchies du Golfe et l'émir du Qatar n'existaient pas pour venir nous prêter main-forte...
Nos cinquante ans, nous les fêtons comme un anniversaire de famille. A l'algérienne. Tant pis si nos dirigeants ont refusé de faire dans le clinquant et le m'as-tu-vu.
Oui, nous avons l'une des meilleures armées d'Afrique. Sur terre, sur mer et dans les airs. Le démontrer à la face du monde relèverait peut-être de l'arrogance, en ces temps où les chats de gouttière s'imaginent s'être métamorphosés en tigres de Bengale. Pour nous, les droits de l'homme, c'est la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes.
La Révolution a duré, malgré ses faiblesses et ses contradictions. Elle a libéré l'Homme africain. Rappelons-nous l'Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau. Il y a eu notre soutien sans faille à la Révolution vietnamienne, au Cambodge.
Il a fallu que Bouteflika arrive à la présidence de l'Assemblée générale de l'ONU en septembre 1974 pour que les délégués de l'Apartheid soient chassés de cette session, en souvenir de Nelson Mandela qui avait fait ses premières armes avec nos combattants dans la Wilaya V. Il a fallu que Bouteflika soit encore au perchoir en ce moment-là pour que Yasser Arafat soit autorisé à adresser au monde son message de paix, le rameau d'olivier à la main. Il a fallu que ce soit Bouteflika qui entraîne les délégués des pays du Mouvement des non-alignés pour que la Chine populaire de Mao prenne sa place de droit au Conseil de sécurité et que Taïwan en soit chassé.
Oui, nous avons été les précurseurs en ces temps-là de la défense des droits des peuples à leur indépendance et à leur liberté.
Notre Révolution ne s'est pas faite sur une place publique ni sous les lampions dorés et sur l'air des chansonnettes de cabarets. Notre Révolution n'a pas duré une semaine, quinze jours ou six mois. Notre Révolution a compté ses martyrs par centaines de milliers.
La Révolution algérienne est comme ce miroir qui vous renvoie votre propre image quand vous vous rasez le matin. Et les Arabes ont la frousse de se regarder dans ce miroir. Ils n'aiment pas leur laideur. Mais qui l'aime'
En pleine bourrasque de ce que certains appellent les «révolutions arabes», fuyant médias, télévisions et manifestations publiques, rois, émirs et présidents de tous ces Etats se calfeutrent sous les lambris dorés de leurs palais dans l'angoisse et dans la terreur que leurs sujets ne leur fassent la peau, comme aiment à le dire les poissonniers. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, lui, se permet le luxe de faire une virée à Sétif, à l'occasion de la commémoration du 8 Mai 45 où plus de cinq cent mille personnes, venues des bourgs, des villes et des hameaux environnants lui réservent, dans une exaltation sans pareille, un accueil extraordinaire. Mieux: le Président, sous le regard inquiet de sa garde rapprochée et suivi par les caméras des télévisions arabes, se paie le luxe de prendre en toute décontraction, tous les vingt mètres, un bain de foule où gamins, mères de famille, travailleurs et fellahs le congratulent et le tirent par la main. Spectacle hallucinant quand on songe à tout ce que les «révolutions arabes» ont provoqué comme traumatisme dans la tête de leurs autocrates.
Bouteflika dit aux Algériens de voter. Il prend pour ce fait la planète entière à témoin. Le 10 mai, la réponse ne s'était pas fait attendre.
Puis au stade du 5-Juillet, à l'occasion de la finale de la Coupe d'Algérie opposant le CRB à Sétif, devant 100.000 spectateurs, c'est une standing ovation qui l'accueille quand il fait son entrée officielle à la tribune. A ce moment-là, devant cette frénésie, les ambassadeurs d'Arabie Saoudite, du Qatar et des pays issus de ce que l'on désigne sous le vocable de «révolutions arabes», ont baissé la tête.
Il est vrai que ce jour-là aussi, personne n'a entendu crier ni DEGAGE ni IRHAL. Bouteflika est le coeur du pouvoir. Qui le conteste' Excepté une certaine élite habituée à fréquenter les cénacles d'Alger, le peuple, celui des petites gens, lui est reconnaissant d'avoir ramené la paix et la concorde entre tous les Algériens. Chez nous, il y a l'Algérie d'en haut et l'Algérie d'en bas. Et les clameurs qui sont parvenues jusqu'à nos oreilles sont celles de l'Algérie d'en bas.
Lorsqu'il est arrivé en 1999, la République était à terre. En treize ans de pouvoir, il a su épargner à ce pays de nouvelles tragédies.
Son tour de force: il a redonné toute sa splendeur à un pays que l'on disait fini.
En termes d'infrastructures, d'éducation, de santé, de niveau de vie, de logements et de justice sociale, l'Algérie a rattrapé un retard de trente ans, sans compter que nos réserves de change ont atteint un niveau jamais égalé.
Dans le continent africain, nous nous retrouvons presque au même niveau que celui de l'Afrique du Sud.
Mes lecteurs trouveront peut-être cet article dithyrambique. Je n'ai pas pour habitude de mêler flagornerie et journalisme. J'ai eu même à croiser le fer avec Bouteflika et son entourage en 2003. Jusqu'à présent, personne, à ma connaissance, excepté moi, n'a été condamné à six mois de prison avec sursis pour «offense au président de la République» pour avoir publié dans mon journal un article jugé pour le moins diffamatoire. Mais là, c'est une affaire de juge de service, ce jour-là. L'Algérie n'a pas sombré, comme les Arabes le souhaitaient, dans la tragédie. La REVOLUTION chez nous, ce n'est pas un mot creux, c'est une valeur qui se conjugue à tous les temps. La prétendue loi des séries n'existe pas. Les Arabes doivent s'en souvenir. L'Algérie, c'est l'exception. Vous ne nous enterrerez pas!
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahmed FATTANI
Source : www.lexpressiondz.com