Alger - Revue de Presse

Vitres brisées



A en croire le ministre des Postes et Télécommunications,c'est la Banque d'Algérie qui est responsable du manque de liquidités au niveaudes bureaux de poste. Si l'on en croit la Banque d'Algérie, les demandes ontété satisfaites à « 100% » et la responsabilité de la situation actuelleincombe aux gens du secteur qui sont imprévoyants et mauvais gestionnaires. Quidit vrai ? On n'est pas en mesure de le savoir.On peut tout juste constater que des prévisions élémentaires,basiques, n'ont pas été faites. Si la presse ne s'était pas fait l'écho de lagrogne des clients, on n'aurait même pas eu droit à cette édifiante polémique. Loindes ministères, des responsables, dans l'Algérie d'en bas, on a appris à soncorps défendant à connaître l'expression « vous êtes en Algérie ! », celle quisignifie à l'administré, au client et même au malade qu'il ne doit pas êtreexigeant en termes de prestations et que c'est à prendre ou à laisser.Le responsable de l'union des commerçants juge anormalqu'un ministre de la République soit surpris par la baisse de la production oula hausse des prix. « On est ministre ou on ne l'est pas ! » a-t-il déclaré, endonnant des chiffres impressionnants sur le nombre des commerçants au noir. Lebrave représentant des commerçants légaux en est réduit à ressasser, commebeaucoup d'autres, des évidences premières. Mais le fait est là, on peut êtreministre en ce pays sans que cela veuille dire quelque chose, sans que celaimplique de la responsabilité. On peut encore avoir une Constitution disposantque le chef gouvernement est responsable devant le Parlement, sans que cela aitde sens non plus. Dans les faits, le chef de gouvernement n'existe plus, leParlement ne cherche même pas à exister, il se contente de distribuer de grossalaires. On connaît la théorie de la « vitre cassée »: les petitesdégradations de l'espace non traitées font les grands délabrements. C'est unethéorie de la droite autoritaire et sécuritaire qui veut l'efficacité. Elle exigeque la petite vitre brisée soit réparée immédiatement, sans attendre, sinond'autres vitres voleront en éclats.Voilà une théorie absolument intransposable en Algérie: onn'est même pas en mesure de « constater » qu'une vitre est brisée pour éventuellementla réparer vite. On le découvre avec l'effondrement de l'édifice. On découvresoudainement que les postes sont sans liquide, on découvre tardivement que lesseuls bénéficiaires des démantèlements tarifaires sont les commerçantseuropéens et leurs amis importateurs algériens. On ne cherche même pas àcomprendre pourquoi la Cnep, dont la vocation est d'investir dans le logement,le fait si peu et pourquoi finance-t-elle indirectement les constructeursautomobiles étrangers. « Vous êtes en Algérie ! ».Cela aurait dû être beau, on s'efforce de le rendresinistre. On réduit le citoyen à faire la chronique des derniers énervementsdes derniers jours de Ramadhan. Il n'en manque pas de ces choses qui énerventet qui relèvent du « normal » dans un pays où les choses sont très anormales.Même dans le langage courant, on est dans cette perte totale de sens: « sefaire sa chipa » n'a plus aucune connotation immorale, des braves gensl'utilisent dans le même sens qu'aller « gagner son pain quotidien ». Mais lelangage a bien un sens. L'assimilation banalisée de la chipa au labeur estterrible, c'est un échec qui signifie qu'on ne sait même pas que trop de vitresse sont brisées.
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