Une nouvelle organisation regroupant des «géants» pétroliers. C'est
l'idée lancée par le président vénézuélien Hugo Chavez lors d'une rencontre
avec le vice-Premier ministre russe, Igor Sechin, et le ministre russe de
l'Energie, Sergueï Chmatko. L'idée qualifiée de «modeste» pourrait se
transformer, en cas d'improbable mise en œuvre, en une gigantesque erreur.
Cette «modeste idée», qui selon Hugo Chavez vaut la peine d'être lancée,
est donc la «création d'une nouvelle organisation dans ce nouveau monde
émergent des géants pétroliers. Nous ne sommes plus que quatre ou cinq
(superpuissances pétrolières) dont la Russie. C'est une question qui mérite
d'être commentée et discutée». Cette nouvelle organisation, le dirigeant
bolivarien ne veut pas la concevoir comme étant une alternative à l'Opep. Il
n'en reste pas moins que le Venezuela est politiquement en délicatesse voire en
opposition avec des pays importants au sein de l'Opep. «Cela ne signifie pas du
tout que l'Opep sera affectée. L'Opep est une organisation historique, un
profil et une feuille de route. Elle a joué et jouera un rôle très important
pour parvenir à un équilibre interne dans des moments historiques tels que nous
les vivons comme l'invasion de l'Irak, l'invasion de la Libye et les conflits
entre les Etats membres». Qui seront les «géants» dans la nouvelle organisation
? A l'évidence, dans l'esprit de Chavez, le militant, on peut envisager l'Iran
comme partie prenante mais pas l'Arabie Saoudite, le plus grand producteur au
monde, et les autres pays du Golfe. Le ministre vénézuélien de l'Energie et du
Pétrole, Rafael Ramirez, a d'ailleurs donné, juste après la proposition de
Chavez, une idée de l'animosité vénézuélienne à l'égard des pays du Golfe qui
ont augmenté leur production pour satisfaire les Occidentaux. «Les pays qui ont
dépassé leur quota doivent baisser leur production avant de discuter de toute
autre question. Certains ne respectent pas les décisions de l'Opep. Ils
devraient s'en tenir à leur quota de production avec discipline».
L'hypothétique «Opep des géants»
sera nécessairement amputée du géant saoudien. Quid alors de la Russie à qui
apparemment le message est envoyé ? Moscou a constamment veillé à ne pas faire
partie de l'Opep, de profiter de ses actions tout en gardant sa liberté de
manÅ“uvre. On l'a d'ailleurs constaté avec l'idée de l'Opep du gaz. La Russie a
montré qu'elle n'était pas prête à se lier à des engagements contraignants. Pas
plus qu'elle n'a rejoint l'Opep malgré les appels qui lui ont été lancés, elle
n'a pas vraiment souhaité une «Opeg» ou une «Opep du gaz». Il est donc
improbable de voir Moscou s'engager dans une problématique «Opep des géants»
alors qu'elle a constamment rejeté l'Opep «normale». L'idée de Chavez peut
s'avérer dangereuse car elle risque, si elle connaît un début de
concrétisation, de ruiner l'Opep ; celle-ci a réussi avec des hauts et des bas
à gérer des crises graves et à préserver, malgré des divergences politiques qui
confinent parfois à la haine, un minimum commun entre les pays producteurs qui
en sont membres. Il est clair que la mise en place d'une «Opep des géants»,
sans quelques géants et politiquement «militante», ne sera pas accueillie sans
réaction.
La guerre des prix
Que M. Chavez le veuille ou non, une telle démarche entraînera
l'affaiblissement de l'Opep sans que «l'Opep des géants» qui regrouperait
quelques producteurs importants ne soit en mesure de jouer son rôle. Les pays
du Golfe agacent Caracas et Téhéran – mais également Alger et d'autres - en
faisant fonctionner la pompe au-delà des quotas fixés. Mais la réponse par une
seconde organisation n'a rien d'évident, elle est surtout dangereuse. L'Opep
est un acteur important du marché pétrolier, elle n'est plus le seul. Les
«Nopep» comme on appelle les pays producteurs non membres pèsent également. Une
dislocation de l'Opep à la suite d'une entreprise risquée de création d'une
autre organisation n'est pas une simple hypothèse. Les pays du Golfe pourraient
même saisir l'occasion de se «libérer» totalement de toute discipline en
matière de production. On se souvient des effets dévastateurs de la guerre des
prix déclenchée en 1986 par Zaki Yamani. L'Opep des géants pourrait s'avérer
une erreur géante. C'est pour cela qu'il est improbable que l'idée puisse
intéresser au-delà du Venezuela et de l'Iran…
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Salem Ferdi
Source : www.lequotidien-oran.com