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Une mémoire à l'épreuve du temps



Une mémoire à l'épreuve du temps
L'écrivaine a présenté ses ouvrages lors d'une rencontre-débat à la librairie Chiheb internationale.Si dans Dans une éducation algérienne Wassyla Tamzali lève le voile sur l'assassinat de son père en 1957 par une jeune recrue de 17 ans du FLN, dans son second ouvrage intitulé Histoires minuscules des Révolutions arabes, elle propose un voyage au c?ur des révolutions arabes. Les deux livres ont été réédités dernièrement par les éditions Chiheb. Ecrivaine et ancienne avocate à la Cour d'Alger, Wassyla Tamzali est une militante féministe algérienne qui compte à son actif plusieurs publications. Elle a animé, mardi après-midi, une rencontre-débat au niveau de la librairie Chihab internationale autour de ses ouvrages intitulés Une éducation algérienne et Histoires minuscules des révolutions arabes.Wassyla Tamzali étrennera cette rencontre avec Une éducation algérienne. L'histoire narrée remonte loin dans le temps, plus exactement en 1957 quand le père de Wassyla Tamzali fut assassiné par une jeune recrue du FLN. Un livre écrit à la première personne, replaçant une histoire individuelle dans un contexte historique. L'auteure tient à préciser qu'au départ elle voulait écrire un livre sur l'utopie des années 70, mais au fur et à mesure s'est imposée à elle l'écriture de l'histoire de son père. Elle a compris que c'est l'histoire de son père qui a conduit sa vie. L'ouvrage en question, explique-t-elle, est une mémoire à l'épreuve du temps mais également à l'épreuve du présent. Selon elle, ce livre n'est pas un hommage mais une sépulture. «Avec ce livre, j'enterre mon père.Au départ, il n'était pas question que j'écrive un livre sur mon père. Ce livre s'est imposé à moi. C'est mon défunt père qui m'explique ma vie à son insu. Il aurait voulu être grand-père. Il est devenu le départ d'une histoire. J'ai essayé de montrer comment la grande Histoire façonne une vie et comment les individus entrent dans la grande Histoire et peuvent la changer». C'est un livre sur l'histoire de l'Algérie. Elle soutient qu'en écrivant ce livre, elle s'est libérée de la fascination qu'exerce sur elle le mythe de la révolution algérienne et des héros. «La guerre de libération, le sacrifice et l'héroisme ont été des éléments constants dans notre éducation.Pour ma part, j'ai mis longtemps avant de renverser la méduse dont l'arme est l'hypnose. Nous avons été hypnotisés par la guerre de libération. A un moment donné, l'hypnose n'a pas marché. C'est cette fascination qui m'a tenue dans le silence après la mort de mon père.»Elle estime que la force de l'écriture réside dans le fait que «quand vous racontez l'infinement petit avec un maximum de sincérité, vous aboutissez à la reconstruction de la vérité. Le travail de la mémoire est lent. Il faut du temps. Vous regardez alors le passé avec la lumière du passé. L'écriture est une thérapie», dit-elle.L'oratrice ne cache son souhait de vouloir rencontrer le meurtrier de son père, qui aujourd'hui est très âgé. «Il ne veut pas me recevoir, mais j'aurais aimé l'écouter. Disons que je n'ai pas de haine. Cela ne peut rien changer. Il a foutu en l'air notre vie. En tuant mon père, il a tué toute une famille.» Concernant son deuxième ouvrage, Histoires minuscules des révolutions arabes édité en 2007 par les éditions Chèvre Feuille Etoilée, ce dernier se décline sous forme d'un genre de panorama représentatif comportant 43 auteurs algériens et étrangers. Le choix de ces auteurs s'est fait d'une façon tout à fait arbitraire et partielle à la fois.Les sujets étaient simples. Les termes de référence étaient de raconter une fiction de ce qu'a inspiré la révolution à ces auteurs. Elle est convaincue que plus c'est minuscule, et plus cela renvoie à l'universel. «Les révolutions arabes m'intéressent, car cette fois elles ne libèrent pas un pays mais libèrent des femmes et des hommes.Le moteur, ce sont ces femmes et hommes jeunes. C'est fini le nationalisme ; aujourd'hui cela n'intéresse plus personne. Ce qui intéresse les gens aujourd'hui, c'est construire des pays capables d'assurer et de respecter la liberté de chacun», étaye t-elle. Concernant la situation actuelle de l'Algérie, elle estime que notre pays est plongé dans la réalisation immédiate. «Nous sommes en train de payer la destruction du politique. C'est une société du spectacle. Il y a des élections, mais il n' y a pas de débat politique. Nous sommes tombés dans le ridicule. En 1988, nous avons construit des réseaux de démocratie. Il y a un ridicule qui tue», marte-t-elle.


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