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«Une matière pure pour les historiens»



«Une matière pure pour les historiens»
Hamid Tahri, journaliste à El Watan, vient de publier à compte d'auteur un beau livre : Portraits, itinéraires peu communs. L'ouvrage, préfacé par Zahir Ihaddaden, est disponible au 22e Salon international du livre d'Alger (SILA), qui se déroule au Palais des expositions des Pins Maritimes jusqu'au 5 novembre.Dresser des portraits et élaborer des biographies est un style d'écriture assez rare dans le champ éditorial algérien. Parlez-nous de ce projet enfin abouti '
En fait, l'idée est née il y a plus de vingt ans, quand le directeur de la publication d'El Watan, Omar Belhouchet, m'a proposé d'animer une rubrique portraits. J'ai sauté sur l'occasion parce que j'en avais déjà fait lorsque j'étais au quotidien El Moudjahid dans les années 1970. J'ai aujourd'hui à mon actif près de 600 portraits au niveau d'El Watan.
J'en ai choisi une centaine pour ce livre. Choix très douloureux. Il y a des mécontents qui m'ont appelé pour protester. Je les comprends, mais je leur ai donné rendez-vous pour un autre tome, et s'il le faut un troisième tome, pour essayer d'apaiser leur colère.
Justement, comment avez- vous fait le choix '
C'est purement subjectif, mais j'ai axé sur les doyens, les plus âgés. La plupart sont des moudjahidine. Donc, j'ai fait le choix par respect à leur action, à leur engagement, à leur dévouement et à leur position pendant la guerre.
La particularité de vos portraits est que vous êtes allé rencontrer les personnes concernées. Vous avez récolté l'information auprès d'elles, vous ne vous êtes pas contenté de la recherche documentaire...
C'est vrai. Il s'agit de témoignages vivants. J'ai eu des difficultés à rencontrer certaines de ces personnes, qui ont montré des réticences. Elles n'ont pas voulu qu'on parle d'elles pour des raisons personnelles. Mais j'ai pu surmonter la difficulté, surtout que la plupart ont accepté de jouer le jeu. Elles m'ont dévoilé des facettes de leur vie que le public ne connaît pas.
Certaines m'ont confié des faits inconnus de la guerre de Libération nationale, par exemple. C'est donc une matière pure pour les historiens. A mon avis, les historiens doivent se saisir de ces témoignages pour continuer à écrire l'histoire. Le pouvoir politique tente d'empêcher l'écriture de l'histoire. Une Histoire, qui est, soit, falsifiée, soit omise, soit sélective. Autrement dit, ils prennent ce qu'ils veulent, écrivent l'histoire à leur manière. C'est dangereux.
Vous avez fait le choix du format beau livre. Pourquoi '
Par respect aux gens que j'ai rencontrés. C'est une dette envers eux. Ils m'ont ouvert leurs portes et leur mémoire. J'ai publié ce livre avec mes propres moyens sans l'aide des ministères des Moudjahidine et de la Culture.
Pour moi, c'est un cadeau à mes aînés, aux doyens, à l'image de Hadj Tahar Gaïd, qui est assis à côté de moi (au stand Casbah Editions, au pavillon central du Palais des expositions). Il est co-fondateur de l'UGTA (Union générale des travailleurs algériens) et historien et islamologue. Tahar Gaïd a été aussi ambassadeur. Aujourd'hui, il est jeté aux oubliettes. Ce n'est pas normal. Je veux que sa mémoire soit sauvegardée.
N'avez-vous pas trouvé d'éditeur pour publier le livre '
J'ai trouvé des éditeurs, mais je n'ai pas trouvé le soutien qui va avec. Les éditeurs exigent un certain nombre de choses. Cela dit, c'est un livre particulièrement personnel. Je ne voulais être tributaire de personne. Je l'ai fait à mon propre compte et j'en suis fier. Personne n'est venu me dire, il faut enlever ceci ou ajouter cela. J'ai tout publié. Il y a du brut. Il y a des choses qui vont déranger, mais c'est comme ça. C'est cela l'histoire. On ne l'écrit pas à sa façon...
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