L'évolution de la filière de la céramique laisse augurer une année prospère en termes de production, selon l'un des représentants du ministère de l'Industrie et le président de l'Association des céramistes qui intervenaient hier, en marge de la deuxième journée du Salon Alger Ceramica Expo au Palais des expositions (Safex). Ils estiment, par conséquent, qu'il est nécessaire de réfléchir à écarter les entraves qui empêchent la visibilité des produits locaux à l'étranger.Massiva Zehraoui- Alger (Le Soir) ? Evoquant l'avenir de cette branche sur le moyen terme, le président de l'Association des céramistes algériens, Mohamed Meftahi, s'est montré très optimiste quant à l'évolution de la filière, tant au niveau local qu'international. Selon lui, la relance des activités du bâtiment va contribuer grandement et positivement à revigorer ce secteur, qui fait face, ces dernières années, à des insuffisances de taille. Il rappelle que la capacité de production est estimée cette année à 200 millions de m2 par an, tout en valorisant la qualité des produits nationaux. La décision d'interdire l'importation de certaines matières qui peuvent êtres produites localement est une très bonne chose pour les producteurs qui relèvent du domaine, précise-t-il. Il y voit de grandes opportunités pour les opérateurs de cette filière, de marquer une forte présence sur les marchés national et international. « L'Algérie possède des potentialités importantes pour placer ses produits à l'étranger », a-t-il souligné. Pour le représentant du ministère de l'Industrie, l'objectif est de donner à toutes les parties prenantes à cette filière d'augmenter la production annuelle. D'abord en perspective de satisfaire à 100% le marché local, ensuite, de penser aux meilleurs moyens de rendre nos produits exportables. « Ce secteur est en expansion, et nos entreprises sont en train de se diriger vers les grands investissements et les grands transferts de technologie », a-t-il fait savoir. Il a également rappelé que cette filière est une source d'entrée de devise dans le pays, et qu'il faut à tout prix l'exploiter. Le porte-parole du ministère de l'Industrie a précisé que son département met en ce moment, en place, les règles techniques en vue d'organiser et de mieux structurer le marché. «Nous voulons à ce titre, encourager la concurrence loyale et, par conséquent, aboutir à une meilleur compétitivité des produits locaux», a-t-il insisté.
Pour rappel, le Salon Alger Ceramica Expo a été organisé par l'entreprise Batimatec expo, en collaboration avec l'Association des céramistes algériens (ACA). Ce rendez- vous, première initiative du genre en Algérie, constitue, selon les organisateurs, «une véritable opportunité pour la relance de l'activité au sein de la filière».
Il s'étalera jusqu'au 9 juillet 2021 au Palais des expositions.
M. Z.
Le docteur Smati Fayçal, expert en étude de marché :
«Plusieurs obstacles minent la filière céramique»
Entretien réalisé par Massiva Zehraoui
Le Soir d'Algérie : Caractérisée par des hauts et des bas, la filière de la céramique en Algérie est en pleine évolution, comment se porte-t-elle actuellement '
Le docteur Smati Fayçal : Si je devais évaluer la situation, je ne peux que relever que la branche de la céramique commence petit à petit à se redresser. Toujours est-il qu'elle est en ce moment même, marquée par certaines contraintes qui font office d'obstacles à son épanouissement total. Je dois rappeler qu'en termes de production, nous ne sommes qu'à 50 % des capacités nationales. En sachant qu'en la matière, les besoins du marché algérien se situent entre 5 à 10 millions m2 par trimestre. J'estime par ailleurs, qu'on ne peut à ce stade, donner des prévisions chiffrées bien précises qui permettraient de calculer le volume de production à atteindre sur une durée de six mois. Encore moins sur une année. Car il faut savoir qu'en termes de prix, le marché local demeure instable, du fait que ses données et ses paramètres changent quasi quotidiennement. Nous n'avons pas de vannes d'approvisionnement directes. Cet état de fait est induit à son tour par plusieurs facteurs. Je citerai, entre autres, la dévaluation du dinar, le manque de transport direct, l'absence de coordination entre les opérateurs de la filière. Cela nuit fortement au développement de la filière céramique dans la mesure où ces défaillances ont engendré une cacophonie sans pareil dans le secteur. Actuellement, certaines parties tablent sur la production annuelle de 180 millions m2, mais je considère qu'il est important de distinguer la capacité de production de la production elle-même. Si, théoriquement, la capacité de production est de 180 millions, en réalité, il est peu probable qu'elle dépasse la moitié de l'objectif. Le coût d'un mètre carré de n'importe quel produit local varie entre 240 et 360 DA, mais on le trouve sur le marché à 600 DA, ce qui est désastreux. D'autant plus que cela oblige les producteurs à revoir à la baisse leurs capacités de production.
De quelle façon la décision du gouvernement d'interdire l'importation de certaines matières premières affecte la filière céramique selon vous '
À mon avis, la logique voudrait que puisque certaines matières existent en Algérie et qu'il est possible de les produire, pourquoi recourir à l'importation. Si je dois débourser de l'argent, autant que ce soit le marché algérien qui en tire profit, surtout dans un contexte économique qui exige de ses acteurs qu'ils pensent à réduire la facture d'importation. A plus d'un titre, la décision portant sur l'interdiction de certains produits à l'importation impacte très peu comme on le constate, le volume de production. Après, c'est sûr que pour certaines parties, cette interdiction peut se révéler plus contraignante, et ce, pour plusieurs raisons.
À quel niveau se situent, d'après vous, les obstacles qui minent le développement de la filière céramique en Algérie et qui mettent à mal le positionnement du produit algérien dans les marchés internationaux '
En premier lieu, il est absolument nécessaire, aujourd'hui, d'assainir en quelque sorte cette filière. Je veux dire qu'il y a beaucoup d'opérateurs et très peu d'organisation. Il suffit d'avoir de l'argent pour qu'une personne puisse créer sa propre entreprise de céramique et ça ce n'est pas normal. Il est important de fixer des règles et des normes d'accès à cette branche, sans quoi, on court vers la catastrophe. Pour ce qui est du mal qu'éprouve l'Algérie à exporter ses produits pourtant reconnus de qualité, beaucoup de paramètres rentrent en jeu. Par exemple, quand le produit céramique provient de l'Espagne par exemple, son coût est relativement correct. En revanche, les coûts d'acheminement de la céramique algérienne vers l'Europe ou vers d'autres pays d'Afrique, sont connus pour être extrêmement élevés. Autre raison de cette stagnation : les céramistes algériens se limitent à reproduire les mêmes modèles, c'est soit le style mauresque ou le style musulman. Or, il faut savoir que pour exporter, le produit doit s'adapter au reste du monde. Celui-ci devra être conçu en se basant sur des critères spécifiques de chaque société. C'est-à-dire en fonction de la religion ou de la culture de chacun. Ce sera une manière de rendre notre produit encore plus visible à l'étranger.
Qu'en est-il de son évolution sur le marché national '
Si on parle des courbes d'évolution de la filière céramique en Algérie, on a noté que la production a connu une certaine effervescence au début des années 2000. A partir de 2015, la courbe qui se maintenait à un niveau appréciable a connu une légère baisse avant de rester dans un état stationnaire. Cela a été entraîné par un changement radical des données du marché. Mais c'est en 2017 que la production a connu ses pires moments, du fait de l'interdiction d'importer des produits finis, ce qui n'est pas la même chose que d'interdire certaines matières premières nécessaires à la production de produits en céramique. Par ailleurs, cette année s'annonce plus propice à l'épanouissement de la filière, si l'on se réfère à certains indicateurs. On voit aujourd'hui que plusieurs entreprises nationales arrivent à placer leurs produits à l'étranger. Aussi, je ferai remarquer que la concurrence dans ce domaine a changé d'aspect. Alors qu'elle reposait essentiellement sur une rivalité des prix, elle favorise aujourd'hui beaucoup plus, la qualité du produit. Autre signe encourageant, la relance du secteur du bâtiment, secteur auquel la filière de la céramique est étroitement liée dois-je le rappeler. Je suis convaincu qu'avec davantage d'efforts, nous parviendrons à rendre cette filière plus rentable pour l'économie nationale.
M. Z.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Massiva Zehraoui
Source : www.lesoirdalgerie.com