Un minaret de 270 mètres avec 25 étages, une salle de prière pouvant contenir jusqu'à 120 000 fidèles, une bibliothèque de 2000 places et d'un million d'ouvrages, une grande salle de conférences, un musée d'art et d'histoire islamiques et un centre de recherche sur l'histoire d'Algérie.
Le projet de la Grande Mosquée d'Alger, v'u quasi obsessionnel du président Bouteflika, est à ce point grandiose. Sauf que pour permettre au chef de l'Etat d'assouvir son désir de grandeur, la collectivité nationale doit consentir un effort d'au moins un milliard d'euros. Soit le gros des recettes que tire le pays de ses maigres exportations hors hydrocarbures. Encore, il ne s'agit là que d'une évaluation officielle des coûts de ce futur édifice, dont on n'est même pas sûrs qu'il puisse résister à d'éventuels séismes ou autres phénomènes d'érosion. Alors que les travaux de réalisation de cet immense projet, confié à la société chinoise China State Construction Engineering Corporation (CSCEC), viennent à peine d'être entamés, l'on commence déjà à redouter d'éventuels surcoûts, le gouvernement promettant, comme à l'accoutumée, d'astreindre vaille que vaille l'entreprise de réalisation au respect strict du cahier des charges auquel elle est soumise.
Or, dans un pays où le marché domestique est souvent sujet à diverses perturbations d'approvisionnement en différents matériaux, les grands projets d'infrastructures sont souvent affectés de surcoûts, de retards d'exécution ou encore de malfaçons et de malversations, comme ce fut le cas notamment avec le projet d'autoroute Est-Ouest. Au demeurant, la Grande Mosquée d'Alger, une fois édifiée, consommera assurément d'importantes et régulières enveloppes budgétaires pour couvrir les besoins de son fonctionnement et de son entretien. Aussi, quand bien même la future Grande Mosquée d'Alger n'aurait jamais sa pareille dans le monde, comme aime à le ressasser le ministre des Affaires religieuses, l'effort financier colossal que sa réalisation fait supporter au budget de l'Etat dénote surtout de la propension des dirigeants en place à se complaire dans une logique d'allocation inconsidérée des ressources publiques.
Dans un pays où l'on est réduit à se projeter sur une échéance de cinq ans pour espérer disposer régulièrement de courant électrique, force est en effet de rappeler que la population est en droit d'aspirer à des réalisations bien plus prioritaires que l'édification d'un minaret plus haut que celui du pays voisin. Injecter un montant d'un milliard et demi de dollars dans un bel édifice religieux ne peut que susciter de sérieux doutes sur la cohérence de la politique budgétaire du gouvernement, quand on sait qu'en matière d'infrastructures de base, un immense effort de rattrapage reste encore à consentir. Tant pour le réseau routier, que ceux des transports, de l'électricité et de l'eau que dans le domaine du logement, de l'éducation et de bien d'autres commodités de base, énormément reste encore à faire pour atténuer la précarité dont souffrent une majorité d'Algériens. Encore faut-il espérer que la bénédiction de l'or noir puisse perdurer pour prétendre à couvrir le financement de tant de besoins sociaux. L'Algérie, dont l'économie domestique connaît une très grave crise d'investissement productif, doit forcément avoir des priorités nationales bien plus urgentes à concrétiser que de se parer d'un bel édifice au coût démesuré.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Akli Rezouali
Source : www.elwatan.com