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Ultime évasion en attendant la rentrée Béjaïa renoue avec les sensations de l'été



Béjaïa reprend goût aux sensations estivales après un Ramadhan particulièrement pénible. La ville a renoué avec ses clameurs et son
indescriptible anarchie urbaine, où le soir venu, les restaurants de grillades ne désemplissent pas.
Béjaïa.
De notre envoyé spécial
Après la trêve du mois de carême, l'été a replanté son décor de vacances. Les plages sont de nouveau fréquentées. Passés les deux jours de l'Aïd, on y va en famille, entre amis ou proches. On y vient de partout, car Béjaïa est une ville très prisée par les Algériens. Un rapide coup d''il sur les immatriculations des voitures nous renseigne sur la provenance des visiteurs. Les Algérois viennent en tête, mais il y a aussi les Sétifiens et même des Annabis. «Béjaïa attire d'abord par sa sécurité et la mentalité de ses habitants qui sont accueillants et hospitaliers.
Les étrangers s'intègrent facilement», témoigne Fayçal, originaire de la cité. Ils se confondent avec les citoyens de cette ville sans problème. Béjaïa est aussi une région bien desservie par les transports : un aéroport, des taxis collectifs interwilayas et des bus qui font des allers-retours entre Alger et la capitale des Hammadites. Le train siffle de nouveau : l'autorail est très utilisé. Les binationaux choisissent cette période pour venir se ressourcer, car certains, gagnés par la nostalgie, ressentent le besoin de revenir chez eux. L'Algérie, c'est une partie de leur mémoire, de leur vécu, bref, de leur existence. Un pèlerinage à leur terre natale où y sont incrustées des perles de souvenirs s'impose. A la rue des Vieillards, l'ancienne ville résiste au temps et à l'oubli des autorités locales. La place Gueydon est un des lieux favoris de détente des Bougiotes et des vacanciers : sous les platanes et face une vue panoramique sur la Méditerranée, ils viennent siroter un café ou un jus de fruit en discutant pendant des heures. D'autres prennent des photos-souvenirs. Des enfants ajoutent une note de gaieté.
Des personnes âgées, le visage creusé par des rides, lisent les journaux. «Il n'y a rien de nouveau sous notre soleil !», se lamente l'un d'eux : cherté de la vie, un gouvernement qui tarde à être remanié, les hausses des produits de première nécessité' Autre endroit très prisé, la Brise de mer où on peut aussi siroter une boisson non loin du port pétrolier. Elle est compensée par le petit port de pêche artisanal où accostent quelques rares bateaux. Des jeunes viennent y conter leurs chagrins ou leurs joies. Le regard se porte vers l'horizon et les yeux plongent dans la grande bleue. Pour ceux qui recherchent l'ivresse des hauteurs, le Pic des singes est idéal pour eux. Béjaïa ne manque pas d'atouts touristiques.
Elle a même une vocation toute faite, mais force est de reconnaître que les potentialités sont sous-exploitées. La wilaya de Béjaïa ne fait pas grand-chose pour améliorer l'attractivité de son territoire. Les routes sont en mauvais état, le patrimoine complètement abandonné et les plages squattées par des personnes qui s'autoproclament «maîtres des lieux». Le passé mouvementé et compliqué de Béjaïa a laissé quelques vestiges, vieux de plusieurs siècles, malheureusement pas en très bon état : Bab El Bounoud (Porte des étendards), la Porte Sarrazine et la Casbah. Le manque d'infrastructures d'accueil est si flagrant que c'est complet partout même en cette période de pré-rentrée. Résultat : les hôteliers font peu d'efforts pour améliorer le confort, et même Les Hammadites peut afficher des prix exorbitants, alors qu'il doit être rénové en urgence, c'est «à prendre ou à laisser». On est loin du plan qualité tourisme qui était, il n'y a pas si longtemps, le cheval de bataille du ministère de tutelle. Des séminaires et des colloques ont été organisés autour de ce thème. Apparemment pour rien'
En plus, un citoyen s'étonne de voir que les chaînes internationales se sont installées un peu partout, mais pas à Béjaïa ! Certains en font même une lecture politique. Et même l'argument du manque de foncier, défendu par les autorités locales, ne tient pas la route selon eux. «Un manque de foncier dans la ville oui, mais il y a des terres à la périphérie. La côte ouest est quasiment vierge», précise Mohamed, un cadre dans l'administration. Béjaïa attend toujours son heure touristique. Nos voisins, le Maroc et la Tunisie, ont élevé le tourisme au rang de l'une de leurs principales sources de devises. A l'opposé, l'Algérie ignore son potentiel touristique et artisanal pour lier son destin aux hydrocarbures.
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