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Un vainqueur



Un vainqueur
Quel que soit le Président désigné ce vendredi, l'unique et grand vainqueur de cette campagne demeure la communication politique.Samedi 5 avril, sur l'autoroute reliant Lille à Paris. Une drôle de caravane s'arrête sur l'aire d'Assevillers, à 120 km de la capitale. Trois wagons de journalistes algériens, embarqués sur les traces de Amar Ghoul et Amara Benyounès. Un confrère de télévision s'énerve : «Je n'arrive pas à envoyer mes images. Internet ne marche pas !» A ses côtés, Mohamed Amine Zmit, le chargé de communication de Amar Ghoul. Brun aux cheveux gominés, le jeune homme ne se sépare pas de son ordinateur, sur lequel il a installé des logiciels de retouche photo et vidéo. Discussion avec le journaliste : «File tes images, on va essayer de mon PC.» «Tu penses que ça va marcher '» «On va essayer de compresser le fichier.»La tentative sera vaine, mais l'essentiel est ailleurs : le communicant a gagné ? un peu facilement ? la sympathie de la presse. La veille, c'est Besma Bendris, conseillère de Amara Benyounès, qui remportait l'adhésion en prêtant à ceux qui devaient envoyer leurs articles sa tablette dernier cri. Car c'est là l'une des nouveautés de la présidentielle 2014 : la professionnalisation de la communication politique. Autour des candidats et de leurs représentants, les mêmes profils se retrouvent : des jeunes entre 25 et 35 ans, scotchés à leur smartphone, accros de facebook, dopés à Youtube. «Nous avons joué à fond la carte des réseaux sociaux et d'Internet», reconnaît Lotfi Boumghar, directeur de la communication de Ali Benflis.Une cinquantaine de jeunes présents autour de lui l'ont convaincu de l'importance de ses nouveaux canaux. Parmi eux : Mohamed Moussaoui. Formé à Ben Aknoun, il a été repéré sur les bancs de la faculté par Lotfi Boumghar. Durant la campagne, il dirige le centre de presse, envoie les communiqués et s'assure que les journalistes ne manquent de rien. Illustration en janvier, au rez-de-chaussée du QG. Ali Benflis vient de tenir sa première conférence de presse de candidat. A la sortie du chapiteau, une copie du discours est distribuée. «Je peux vous donner le code wifi pour transmettre vos rapports à votre rédaction», suggère Mohamed Moussaoui. Ali Benflis a compris très tôt que la communication aurait une importance capitale. Dans la villa louée le temps de la campagne, la cellule dédiée aux médias occupe un étage entier.TweetUne cellule de veille est installée. Des rédacteurs sont embauchés. A chaque expression du candidat, le compte Twitter diffuse les messages essentiels. Des vidéos sont ensuite proposées sur la chaîne Youtube. «Nous avons été producteurs de contenus, résume Lotfi Boumghar. Mais la communication a été bonne parce que le message du candidat était bien construit.» Du côté de Abdelaziz Bouteflika, la riposte a été longue à venir. Fin février, le FLN prend conscience que la bataille se jouera aussi sur le web. Ordre est donné aux mouhafadhate de s'y investir davantage.Le 18 mars signe la naissance de @Bouteflikacom. Chaque jour, y sont publiées les informations sur les déplacements des représentants du président-candidat. Le community manager ?la personne chargée d'animer le compte ?interpelle aussi les journalistes. Dément des rumeurs. Apporte des précisions. Le 16 avril au soir, 433 tweets avaient été postés par @ Bouteflikacom. Moins bavard, Abdelmalek Sellal se sera contenté de 26 messages depuis la création de son compte le 28 mars. Une démarche réfléchie, explique un membre du staff présidentiel : «La parole des représentants devait être dosée pour ne pas éclipser le candidat, alors même que ce dernier ne se montrait pas.»L'équation aura été au c?ur de la campagne. Comment transformer en vote pour Abdelaziz Bouteflika la sympathie pour ses sept représentants ' Une stratégie en deux points est mise en place. D'abord, créer un «bouclier réfléchissant pour protéger le candidat». C'est Abdelmalek Sellal qui s'y colle. «Ses discours étaient conçus pour avoir une durée de vie de 48 heures, confie son entourage. Il fallait créer un fait nouveau tous les deux jours.» Objectif atteint : outre les polémiques, les discours de l'ancien Premier ministre n'auront pas marqué les esprits. Deuxième étage de la fusée : raréfier la parole des ambassadeurs de Abdelaziz Bouteflika. Consigne est donnée de ne pas prendre la parole plus de 20 minutes.tempoLes exposés fleuves sont proscrits. La sobriété est conseillée. Amara Benyounès fait grincer des dents quand il s'écarte de la consigne. Au QG, certains lui reprochent de jouer le coup d'après. De faire la démonstration de son ambition de manière trop éclatante. En somme : d'être davantage à son service qu'à celui du président sortant. Discours trop long ou trop court, la stabilité a été la clé de voûte de la campagne pro-Bouteflika. Le thème s'est imposé très vite. A été imposé, plutôt. «Une autre de nos réussites», se félicite un proche de Abdelmalek Sellal. C'est là l'une des constantes en temps d'élection : maîtriser le tempo et contraindre les autres candidats à se positionner par rapport à soi. A ce jeu, Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis font en réalité match nul. Si les équipes du premier accaparent le débat politique autour de la notion de «stabilité», Ali Benflis rend coup sur coup en lançant sur la place publique la thématique de la «fraude» dans les dernières longueurs.Ce qui fait dire à Lotfi Boumghar que «cette campagne marque une étape importante de la professionnalisation de la communication politique». Tsouria Benchehida, elle, se tient à l'écart des candidats. Directrice de la communication et des relations publiques au Centre international de presse (CIP), elle a pour mission d'améliorer la relation entre l'Algérie et les médias. Cela avait très mal commencé. Le retard dans l'attribution des visas a fait les beaux jours du «Petit Journal», l'émission satirique de Canal+, qui égrenait chaque jour la liste des titres privés d'autorisation de travail. Aujourd'hui, Tsouria Benchehida accueille les journalistes nationaux ou étrangers au sous-sol de l'hôtel El Aurassi, à Alger. Là où s'est installé le temps de l'élection un gigantesque centre de presse de 500 m2.Deux studios de télévision ont été installés à l'intérieur, un autre surplombe la baie d'Alger depuis la terrasse. Cinq stations de montage et des cabines radio ont aussi été prévues pour les médias audiovisuels. A l'extérieur, quatre positions ont été définies pour permettre aux journalistes de faire des duplex à la télévision. Le matériel et la technique sont assurés par le CIP. La diffusion aussi. Des satellites permettent de faire jusqu'à dix envois simultanés de sujets. Des plasmas tapissent les murs du centre. C'est là que les journalistes auront suivi jeudi la remontée des résultats, wilaya par wilaya, en direct du ministère de l'Intérieur. Mais à la veille du scrutin, c'est soirée football. La télévision diffuse le clasico espagnol, Barcelone-Real Madrid. «C'est un peu Bouteflika contre Benflis '», tente-t-on. Sourires amusés. Pas de réponse.


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