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La mégalomanie contre l'Algérie



La mégalomanie contre l'Algérie
Son ambition démesurée, il l'a puisée dans son parcours personnel et dans sa psychologie propre. Son handicap le plus lourd, sa participation marginale à la guerre de Libération, il tenta de le combler par de l'activisme démesuré en tant que diplomate. Propulsé ministre des Affaires étrangères dès l'âge de 26 ans, il développa une mégalomanie sans limite. Même Boumediène, son mentor, devait subir ce trait de caractère, sans lui tenir rigueur toutefois : l'homme du coup d'Etat de juin 65 avait besoin d'un homme jeune pour bonifier sa politique étrangère, mais il ne jugea pas Bouteflika suffisamment apte à lui succéder.Aussi, durant son agonie, il ne le recommanda pas aux militaires. Ces derniers, qui n'aimaient pas son profil d'ambitieux et de narcissique, le laissèrent en rade, choisissant Chadli Bendjedid pour succéder à Boumediène. Et puis vint le fameux rapport de la Cour des comptes qui l'accusa de malversations financières au moment où il était à la tête du ministère des Affaires étrangères. Deux cinglants revers qui développèrent en lui une hargne sans limite à l'encontre de l'armée qu'il estimait l'avoir trahi et surtout l'égard de cette Algérie qui, à ses yeux, ne vint pas à sa rescousse et à sa rencontre et ne le reconnut pas comme homme providentiel.Bouteflika se voyait le De Gaulle algérien, il finit dans le désert du Moyen-Orient, tout de même un exil doré, puisqu'un chalet luxueux a été mis à sa disposition par les autorités des Emirats arabes unis. La décennie noire algérienne qu'il ne vécut pas lui ouvrit les portes du retour au pays. Sollicité par des personnalités diverses pour prendre la tête de l'Etat et affronter les intégristes, il refusa net, ce que ne fit pas Boudiaf qui répondit à l'appel du devoir. Celui-ci choisit l'Algérie, alors que Bouteflika privilégia son ambition personnelle. Liamine Zeroual emprunta le chemin tracé par Boudiaf, mais sa démission fut une bénédiction pour Bouteflika qui, toujours sollicité par des dirigeants civils et militaires, se positionna par l'élection d'avril 1999.Malgré l'affront de la démission collective de ses adversaires, il fut intronisé président de la République. Immédiatement il donna libre cours à sa revanche. La première à en pâtir fut l'institution militaire qu'il s'attela à décapiter, doucement mais sûrement, se donnant le temps de trois mandats présidentiels. Les «janviéristes» furent les premiers éliminés, les derniers, ces derniers mois, les responsables des services de renseignement. Il élimina tous ceux qui lui tinrent tête, les remplaçant par des généraux dociles, et cela jusqu'au poste de chef d'état-major. Il procéda de la même manière avec les civils, s'entourant de responsables qui ne lui apportent jamais la contradiction, mais ne s'embarrassant pas toutefois de faire des affaires sur son dos. Le président laisse faire et utilise cela comme cartes de chantage.Les affaires de corruption qui éclatèrent vers la fin de son troisième mandat témoignent de l'importance et surtout de la gravité de ce jeu : des milliards et des milliards de dinars furent détournés ou dilapidés. Sur l'autel de l'ivresse autocratique fut sacrifié l'argent public engrangé par les exportations d'hydrocarbures, seule ressource des Algériens. Cet argent aurait pu servir à lutter contre la précarité sociale et le chômage, deux plaies béantes des quinze années de règne. S'identifiant avec le pouvoir, Bouteflika ne pouvait pas imaginer qu'il puisse un jour le quitter, redevenir simple chef d'Etat en retraite comme Ben Bella, Chadli, Zeroual et Kafi, ou décéder n'étant pas président de la République... Cloué au lit par une grave maladie, perdant l'essentiel de ses capacités, il s'y accroche. Pire, il brigue un quatrième mandat?


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