Qu'est-ce qui manque aux nuits d'Alger pour qu'elles mettent une petite dose de réel bonheur dans le c'ur des Algérois ' De l'enthousiasme, sûrement. On ne saura sans doute jamais pourquoi les gens sortent en donnant l'impression qu'ils sont là parce qu'ils ne peuvent pas être ailleurs.Il y a d'abord cette insoutenable démarche de quelqu'un qui erre sans savoir vraiment où aller. Une fausse nonchalance dans le mouvement qui cache mal l'ennui intérieur. Un pas décidé qui ne trompe personne, tellement le geste est douteux et le sourire dérisoire. Non, le bonheur ne s'invente pas au détour d'une ruelle amorcée sans conviction. On ne peut pas faire semblant de s'éclater. D'abord, parce que ça' n'amuse personne ! Ensuite, parce qu'il faut avoir un sacré talent pour ça et tout le monde n'est pas comédien.
Enfin, parce qu'on ne peut pas être factice en tout. Il faut donc avoir le sens des priorités et économiser son énergie pour les choses vitales. Est-ce que faire semblant de s'amuser est vital '
On ne répond pas aux questions existentielles quand on marche sans destination. Il paraît qu'il faut une trajectoire à l'existence et ça ne se trouve pas dans les cafés sans vespasiennes. Il paraît que les nuits d'Alger devaient être animées cet été-Ramadhan.
Ça n'a pas réanimé les Algérois depuis longtemps installés dans les mortelles certitudes du faux-semblant. Ils savent que l'inertie n'est pas une fatalité. Pour que leur inertie soit bousculée, il faut qu'un jour, ceux dont c'est le métier mettent un peu de vie dans leur vie. On ne s'improvise pas faiseur de vie, de la même manière qu'on ne remplace pas la morosité au pied levé. La panne est chronique et l'imagination au ras des pâquerettes. Les lignes ne bougent pas. Qui n'avance pas recule.
Et qui recule à vue d il ' Il élève le pas sur place au rang de merveilleuse ambition. Y a-t-il encore une main pour inventer des couleurs sur le pas du promeneur malgré lui ' On ne répond pas aux questions existentielles en brassant du sable sur des plages orphelines de bikinis. Qu'est-ce qui manque aux nuits d'Alger pour qu'elles mettent une petite dose de réel bonheur dans le c'ur des Algérois ' De l'enthousiasme, toujours, et un regard de femme à la peau couleur de miel. Une robe chatoyante qui triomphe de l'inquisition et un pays gardien intrépide de ses succulentes batailles.
Qui n'avance pas recule. Pour avancer, il faudra réinventer le métier de marcheur. Ça fait longtemps que mettre un pied devant l'autre est devenu problématique. Nous avons les problèmes de la petite ambition, usinée dans les ateliers du désespoir. Nous sommes les survivants d'une entreprise monumentale, contenus dans un rêve au rabais avant d'être acculés dans nos derniers retranchements. Dos au mur, nous avons toujours eu l'instinct farouche contre la mort. Mais c'est de vivre qu'il s'agit maintenant et ça ne s'improvise pas. Pour ce qui est de survivre, on l'a toujours su.
Nous sommes de piètres foreurs quand il faut choisir entre creuser, une fois parvenus au fond du puits, ou tenter l'apnée de la remontée salutaire. Ramadhan, c'est presque fini et l'été va bientôt tirer ses dernières cartouches. Les nuits d'Alger n'amusent personne et faire semblant de s'éclater est une plaisanterie de mauvais goût. Rentrons à la maison. Le sommeil est problématique mais nous n'avons pas besoin de dormir pour rêver.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com