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Un ministre, deux pays et des dégâts!



Un ministre, deux pays et des dégâts!
Unique dans nos annales! Le cas de l'ancien ministre, Chakib Khelil, venant de faire l'objet d'un mandat d'arrêt international lancé par la justice est difficile à démêler. Pour trois raisons au moins. D'abord, parce que c'est la première fois que la justice algérienne poursuit un ancien ministre pour «corruption, trafic d'influence, abus de fonction, blanchiment d'argent, et passation de marchés contraires à la législation, outre le fait d'avoir été à la tête d'un groupe criminel transfrontalier» comme l'a précisé le procureur général près la cour d'Alger, Belkacem Zeghmati. Un chapelet impressionnant de chefs d'accusation. La seconde raison est qu'il s'agit là d'accusations et non d'un jugement, ce qui accorde au justiciable qu'il est la présomption d'innocence. La dernière raison enfin tient au fait que Chakib Khelil, qui possède la nationalité américaine, est actuellement aux Etats-Unis. Il faut être un spécialiste des lois américaines pour savoir si ces lois autorisent l'extradition d'un citoyen américain poursuivi par un pays tiers pour des faits commis hors du territoire américain. Question difficile, d'autant qu'aux Etats-Unis chaque Etat a ses propres lois avec en plus la loi fédérale. Il est même très probable qu'il n'existe pas de réponses tranchées par avance. La justice américaine est connue pour ses âpres batailles de procédures entre avocats chevronnés. Pour ces trois raisons, disserter aujourd'hui sur le sort de l'accusé relève de la voyance. Par contre, ce cas extrême traité par notre justice est plein d'enseignement et de leçons à tirer. Très récemment, nous avions traité, ici même, du cas des binationaux nommés aux hautes fonctions de l'Etat. Nous déplorions le fait que la Constitution n'exige de «jouir uniquement de la nationalité algérienne d'origine» (art.73) que pour «l'éligibilité à la présidence de la République». Autrement dit, rien dans les dispositions légales n'empêche de nommer un Premier ministre ou un ministre de la Défense, par exemple, qui ait une double (ou plus) nationalité. Aujourd'hui, ce n'est plus de l'ordre des probabilités mais il s'agit bien d'un fait réel. Nous sommes en présence d'un amendement qu'il serait impardonnable de ne pas opérer. L'autre leçon, qui est aussi cruciale, est d'exiger de tout haut fonctionnaire des justifications, aussitôt qu'il acquiert des biens (en son nom ou de ses proches) ou mène un train de vie, durant l'exercice de ses fonctions, disproportionné à ses ressources légales. Sans attendre des années après. L'exercice n'est pas hors de portée de l'Etat qui est en capacité de se doter de structures appropriées. Une sorte de police spécifique. D'autant que la mondialisation a généré de multiples travers liés à l'argent qui gangrènent l'humanité. Tous les pays, même les plus puissants, sont confrontés au problème de la corruption directement liée aux «abus de fonction». Au plus haut niveau des Etats. Aurions-nous la prétention d'être les seuls épargnés' Ceci dit, ce qui reste à espérer dans cette affaire est de récupérer ce qui peut l'être des biens publics détournés. Le procureur général s'est dit «optimiste» à ce sujet. Nous devons à la réalité de dire que ce n'est malheureusement pas la première fois que l'argent de la collectivité nationale est «tripatouillé». Au-delà des anciennes affaires, des signes avant-coureurs auraient dû alerter plus tôt notre justice puisqu'il est question aujourd'hui de l'affaire «Sonatrach 2». Il est difficile de croire que le dossier de «Sonatrach 1» ne comporte aucun indice d'alerte sur la suite. Les enquêteurs doivent se pencher sur ce point également car il s'agit de la confiance des citoyens vis-à-vis de l'Etat qui commençait à se solidifier après des années d'efforts, de stabilité et de développement. Il faut parer le coup!
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