Quand Le Cour Grand-Maison détruit le discours de Bajolet
C’est une mise au point en bonne et due forme qu’a faite hier le célèbre historien français Olivier Le Cour Grand-Maison à l’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, par rapport à son discours prononcé à l’université de Guelma et dans lequel il avait usé, pour une fois, du mot «massacres» pour qualifier les crimes du 8 mai 1945.
Pour cet historien bien connu en Algérie pour ses positions courageuses sur le passé colonial de la France, les propos de l’ambassadeur ne sont que «simples concessions verbales». Pour l’auteur de «Coloniser, exterminer: sur la guerre et l’Etat colonial» (Fayard, 2005), ils ne visent rien qu’à «préserver les intérêts de la France» dans ses relations économiques avec l’Algérie, a-t-il affirmé hier dans une longue déclaration à l’APS. Pour l’historien, le président Sarkozy via Bajolet «semblait vouloir tempérer» ses déclarations antérieures faites à l’université de constantine. Mais «C’est à l’aune d’une politique extérieure mercantile, que nulle rupture n’est venue réformer, qu’il faut interpréter les déclarations récentes de l’ambassadeur de France», devait-il préciser, considérant que, pour les autorités françaises, «les échanges économiques et financiers entre la France et l’Algérie exigent quelques concessions verbales». Le Cour Grand-Maison est convaincu que la France «développe à contre-courant de ses déclarations verbales» des mesures de type colonial concrètes, soulignant une «contradiction entre le dire et le faire». A titre d’exemple, l’historien a rappelé que la France «est le seul Etat, parmi les anciennes puissances coloniales européennes, à avoir juridiquement sanctionné une interprétation mensongère et officielle de son passé colonial par la grâce de la loi du 23 février 2005, toujours en vigueur en dépit du retrait de l’article 4" qui visait à faire enseigner dans les écoles les présumés «bienfaits» de la colonisation. Cette loi, jugée «scélérate» par le mouvement associatif français et de nombreux partis politiques qui ont exigé son abrogation totale, a gardé l’article 13 qui indemnise les criminels de l’organisation terroriste OAS.
Olivier Le Cour Grand-Maison appelle dans cette optique les autorités françaises à «prouver» leurs intentions de reconnaître les crimes coloniaux, «non pas par de simples déclarations mais par des mesures concrètes comme l’abrogation de cette législation scélérate». Il a également appelé l’opposition à déposer, sans plus attendre, une proposition de loi en ce sens. «Tous, nous les jugerons sur leurs actes, pas sur leurs déclarations», a-t-il souligné.
A une question sur le nouveau projet de loi sur les archives qui proclame certains documents d’histoire comme «incommunicables» et donc occultant jusqu’en 2037 les crimes coloniaux commis en Algérie, Le Cour Grand-Maison a relevé que, «là encore, en dépit de déclarations ronflantes et convenues sur la nécessité de laisser les historiens et tous ceux qui s’intéressent au passé de la France travailler tranquillement, la majorité (parlementaire) est en passe d’adopter un texte qui, relativement à l’accès aux archives, est l’un des plus restrictifs d’Europe».
S’agissant de l’inquiétante remontée en France des nostalgiques de la période coloniale, l’historien a estimé que «l’activisme des nostalgiques de l’Algérie française, entre autres, ne semble pas lié à une méconnaissance des réalités coloniales mais aux différents discours apologétiques prononcés» par les autorités françaises visant à «restaurer le passé colonial de la France». Pis encore, l’histoire pointe un doigt accusateur en direction de l’Elysée coupable à ses yeux d’encourager ce genre de comportements révisionnistes. «Quand au sommet de l’Etat, on s’autorise ce type de déclarations. Il n’est pas surprenant que cela incite les courants les plus ultras à se manifester de nouveau au grand jour». Voilà qui constitue une cinglante remise en cause du soi-disant «progrès» dans la sémantique française sur les méfaits de la colonisation développée par Bernard Bajolet à Guelma. Ainsi, comme cela avait été le cas pour l’infamante loi du 23 février 2005, ce sont des historiens français qui dénoncent les impostures de leurs dirigeants.
Amine Makri
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com