« Dans le cÅ“ur, il reste une tache noire»: emprisonné à tort pendant près
de huit ans dans les geôles de Guantanamo, Saber Lahmar, un Algérien de 42 ans, raconte à l'AFP «des années
de tortures pour rien du tout». D'abord, il y avait «les médicaments dans la
nourriture», pour l'empêcher de dormir, et puis les néons «qui marchent 24
heures sur 24» dans une cellule en métal de 2 x 1,5 mètres, «la musique
de films de sexe à fond» et «les vêtements qu'ils prennent pour 20 jours en
laissant le climatiseur très fort».
Arrêté en Bosnie un mois après les attentats du 11 septembre 2001, Saber Lahmar, originaire de
Constantine, a été incarcéré à Guantanamo dès l'ouverture de la prison en
janvier 2002. Les Bosniaques l'avaient livré aux Américains, avec cinq autres
Algériens, soupçonnés de fomenter un attentat contre l'ambassade des Etats-Unis
à Sarajevo. «Je n'ai rien fait du tout», déclare cet ancien professeur de
langue arabe et ex-directeur de la bibliothèque de Sarajevo. «Oublie le monde, la
vie civile, oublie tout», lui aurait dit, à son arrivée, un gardien de
Guantanamo. «Ici, vous êtes dans le feu américain». Suivent près de huit ans
d'une «vie animale», passant de camp en camp, dans «des cages comme des
poulets», puis «tout seul», dans des cellules toujours plus étroites et
sommaires.
Le camp V - le plus dur - «pour les gens qui ne parlent pas avec les
interrogateurs», a des «lois» différentes des autres. Là, il subit un
«programme spécial de torture» : il est privé de sommeil, de nourriture pendant
plusieurs jours d'affilée et soumis au bruit constant d'un moteur installé
derrière la porte que les gardiens «enlèvent quand la Croix-Rouge vient». «Tu
ne marches pas, tu ne bouges pas, tu ne parles pas, c'est défendu», lui assène-t-on.
Il y a aussi «l'électricité dans les jambes», la bouteille de gaz que le
gardien ouvre «pendant quinze secondes et que tu respires chaque jour toutes
les 20 minutes pendant des mois». Il peut sortir une fois tous les quinze jours
à l'air libre dans des cages de 3 x 3 mètres, mais «plusieurs fois», il refuse de
sortir dans «un petit carré à peine plus grand que la cellule». «Je leur ai dit
: vous ne cherchez pas la vérité, vous cherchez autre chose», raconte-t-il. Ses
geôliers lui auraient répondu: «On sait que tu n'as rien fait du tout, tu es
ici pour donner des informations».
Dans le camp «Echo, c'est isolé, isolé, isolé». «Je n'ai pas vu le soleil
pendant un an et demi». Il vit dans une cellule étroite construite dans un
autre espace fermé de 5 x 5
mètres. Ses interrogateurs le forcent à rester assis sur
un siège sans dossier 18 heures durant. «Si tu sors, si tu vis dix ans, c'est
déjà beaucoup», lui aurait lancé l'un d'eux. Ce père de famille, qui ne connaît
toujours pas l'un de ses enfants, finit par être blanchi par un juge américain
et libéré près de huit ans plus tard. Il est transféré à Bordeaux en France, où
il vit toujours.
Aujourd'hui, «je cherche simplement à ce qu'ils me laissent tranquille». «Dans
le coeur, il reste une tache noire. Pour retirer cette tache, il faut nous
redonner tous nos droits, mais comment ? Ils ont dit que j'étais un terroriste :
il faut qu'ils disent à tout le monde que je ne suis pas un terroriste».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Chantal Valéry De L'afp
Source : www.lequotidien-oran.com