Ils l’ONT tuée
Nul n’en doute: la porte du chaos est désormais ouverte au Pakistan depuis l’assassinat, jeudi, à deux semaines des législatives, de Benazir Bhutto, la femme qui incarnait l’opposition même dans le pays de Pervez Musharraf.
«Je suis convaincue que ce qui s’est passé à Karachi n’aurait pas eu lieu sans complicité au sein de l’appareil de l’Etat. Pour le reste, toute ma vie j’ai pris des risques. Et aujourd’hui, c’est surtout mon pays qui est en danger». C’est là la réponse de la fille de Zulfikar Ali Bhutto, lui aussi assassiné, à un journaliste de l’Express qui lui demandait si elle n’avait pas peur, sachant qu’elle avait échappé à un attentat le jour de son retour au pays, il y a 74 jours. Dans l’interview à paraître le 3 janvier, Benazir Bhutto allait droit au but en soulignant sa détermination à combattre le terrorisme. «C’est un mal absolu pour mon pays comme pour l’ensemble de la planète. Je ne vois pas en quoi le fait de combattre le terrorisme serait faire le jeu des Américains. Le terrorisme tue ici, au Pakistan. Il tue nos femmes, nos enfants, nos soldats. Et les Pakistanais le savent», déclarait-elle en ajoutant: «J’ai peur pour l’avenir de ma patrie. Nous avons une très rude bataille à livrer.» Voilà ce qui s’apparente à une déclaration prémonitoire. Sans qu’elle n’y assiste. Benazir Bhutto a été enterrée, hier, dans le mausolée familial, dans la province du Sindh, accompagnée à sa dernière demeure par son mari, Asif Ali Zardari, et ses fils ainsi que des milliers de personnes, alors que les rues de plusieurs villes du Pakistan avaient rendez-vous avec la rage de ses partisans. Des slogans contre le président pakistanais Pervez Musharraf fusaient dans la foule, le long du trajet vers le cimetière: «Honte à Musharraf l’assassin, honte aux tueurs américains!» Et d’aucuns des analystes politiques considèrent que «cet assassinat risque d’affaiblir davantage le président Pervez Musharraf». Surtout qu’il lui est reproché de ne pas avoir suffisamment protégé l’ex-Premier ministre qui ne prenait pas de gants pour accuser ouvertement des éléments du parti au pouvoir de soutenir les islamistes, accusations qui ont été, évidement, rejetées par Islamabad. Toujours est-il, et selon un analyste du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington, les soupçons que fait peser une partie des partisans de Benazir Bhutto sur Pervez Musharraf quant à son implication dans cet assassinat, même de façon indirecte «en ayant par exemple eu connaissance du complot sans réussir à l’empêcher» sont suffisants pour constituer le cocktail explosif d’une guerre civile dans ce pays. Il faut même s’attendre à ce que les appels au départ de Musharraf s’intensifient. Déjà, hier, un autre attentat à la bombe a ciblé une réunion électorale dans le nord-ouest du pays, faisant quatre morts, dont un candidat aux législatives d’un parti soutenant le président Pervez Musharraf. C’était la même tension dans la province de Sindh dont Benazir Bhutto était originaire. Et les forces de l’ordre, signale-t-on, sont autorisées à «tirer à vue» suite à l’assassinat d’un policier dans un quartier de Karachi. Il faut aussi noter qu’il y a eu beaucoup de dégradations: magasins, voitures et bâtiments publics incendiés.
Ainsi donc, Benazir Bhutto a été tuée par balles alors qu’elle quittait un meeting politique à Rawalpindi avant que l’exécuteur ne se fasse exploser. C’était là le second attentat-suicide la visant depuis son retour au Pakistan après huit ans d’exil. Elle a été atteinte d’une balle au cou alors qu’elle saluait la foule depuis le toit ouvrant de la voiture blindée, décédant à l’hôpital. En plus de Mme Bhutto, au moins 20 personnes ont été tuées et 56 blessées, a annoncé le porte-parole du ministre de l’Intérieur pakistanais.
A noter enfin que Mme Butto menait campagne contre M. Musharraf mais surtout contre les intégristes islamistes, en promettant d’»éliminer la menace islamiste» du pays. Pour sa part, et condamnant «avec la dernière énergie» cet acte inqualifiable» et «inacceptable», l’Algérie a souligné que Benazir Bhutto «représentait une lueur d’espoir importante pour son peuple dans le processus de consolidation démocratique.
Y. El-Atrach
Réactions
Nawaz Sharif (ex-Premier ministre): «Je vous (partisans de Mme Bhutto, ndlr) promets que je mènerai votre guerre à partir de maintenant».
George W. Bush (président américain): «Cet acte lâche a été perpétré par des extrémistes assoiffés de sang qui essayent de miner la démocratie au Pakistan».
David Miliband (ministre britannique des Affaires étrangères): «Je suis profondément choqué par cet attentat et j’appelle à la retenue mais aussi à l’unité».
Bernard Kouchner (ministre français des AE): «Nous condamnons fermement cet acte odieux».
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com