Les attentats de mercredi dernier ont suscité une profonde inquiétude chez les Algérois, celle de voir la capitale replonger dans le cycle des voitures piégées qu?elle a connu dans les années 1995-96. Une inquiétude qui se justifie encore davantage que, pour bon nombre d?entre eux, il semble que dix années après l?on n?a toujours pas tiré tous les enseignements de la lutte antiterroriste. Entendons par « on », les autorités bien sûr et tous les services de sécurité et de renseignement chargés de traquer les réseaux qu?ils soient du GSPC et des autres groupes « armés », affiliés à Al Qaïda ou non. Cette appréhension des citoyens contredit sérieusement les déclarations du directeur général de la sûreté nationale, Ali Tounsi, qui affirmait, il y a à peine un peu plus d?un mois, plus exactement le 8 mars dernier, que la capitale serait entièrement « sécurisée » d?ici la fin de l?année ! Apparemment, il faudra ajouter un mois au planning de « sécurisation » de la capitale, envisagé par le patron de la police, sans omettre de rappeler ici que la sécurité des biens et des personnes ne saurait se limiter à Alger et sa banlieue. Le ministre délégué chargé des collectivités locales s?est voulu encore plus optimiste que le patron de la police, puisqu?il a annoncé que le nouveau dispositif de sécurité mis en place comportait entre autres des « techniques les plus récentes de prévention contre les attaques à l?explosif ». Ces assurances devaient être malheureusement de courte durée. On a beau dire que les attentats suicide sont imparables ou encore citer l?exemple de la première armée au monde qui se trouve complètement « désarmée » devant ce type d?actions en Irak. Tout cela pour essayer de démonter la difficulté, voire l?impossibilité de se prémunir contre ces actions désespérées. Si la complexité de la situation irakienne fait qu?une armée étrangère d?occupation, fût-elle la plus puissante du monde, a du mal à maîtriser le terrain, y compris à l?intérieur de la zone verte à l?intérieur de Baghdad, réputée être la plus sécurisée d?Irak. La comparaison n?est pas de mise, ne serait-ce que par l?absence de la donne confessionnelle qui caractérise la complexité de la situation irakienne. Par contre, on pourrait reprocher peut-être aux services de sécurité et de renseignement d?avoir négligé le renseignement, avec tout ce que cela suppose en matière d?approche et de surveillance de ces groupes clandestins armés et fermés. Bref, un travail de professionnels qui ne peut être fait que par de pareils services, par le biais notamment des infiltrations, de collectes d?informations, etc. Aussi bien les spécialistes que les profanes s?accordent à reconnaître que des opérations criminelles, comme celles du 11 avril, ne s?improvisent pas du jour au lendemain. Leur montage nécessite du temps, des moyens (véhicules volés, explosifs à mettre au point, etc.) et surtout le choix d?exécutants déterminés. Ce n?est qu?après avoir réuni tous ces ingrédients que les terroristes peuvent envisager la faisabilité de l?opération et passer à la simulation avant l?exécution. Il est difficile de croire que, après une décennie de lutte contre le terrorisme, tout ce qui a pu être acquis en la matière par les services de sécurité et de renseignement a tout simplement été oublié ou, mieux encore, abandonné sur la base d?une approche politicienne ? en l?occurrence la réconciliation nationale ? qui a eu tendance à sous-estimer le risque sécuritaire. Les attentats de mercredi dernier viennent rappeler que la réalité n?est malheureusement pas aussi simple que peut être toute politique volontariste.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Reda Bekkat
Source : www.elwatan.com