Ce « kamikaziat » qui traumatise Alger?
Décidément, cela n?arrête pas : depuis ce mercredi noir du 11 avril et le double attentat qui a marqué de son traumatisme la mémoire des Algérois, les alertes à la voiture piégée se succèdent avec frénésie. Hier, à la rue Hassiba, un chauffeur de taxi craque : « Je viens de prendre à l?instant une cliente (il était 10h30 environ, ndlr). Elle a reçu un appel sur son portable. C?était sa s?ur. Elle est étudiante à l?Ecole de commerce. Elle lui a affirmé qu?une voiture piégée était signalée près de cette école. » L?alerte se révélera peu crédible, comme les quelque deux cents autres qui l?ont précédée (voir l?édition d?El Watan d?hier). Excédé, le chauffeur de taxi décide d?écourter sa journée de travail : « A ce train, je rentre à la maison. Je vais de ce pas à Belcourt et je vais y garer ma voiture. On ne peut plus travailler dans ces conditions », s?indigne-t-il. Allusion au calvaire des gens de sa profession qui, de fausse alerte en canular, finissent par perdre contenance. A force de tourner dans Alger, ils voient le risque de se faire happer par une malheureuse déflagration augmenter. D?ailleurs, parmi les victimes des deux attentats de mercredi dernier, il y avait des chauffeurs de taxi. « Cela sans compter les policiers qui ne cessent de nous harceler », fulmine encore notre taxieur. Quatre jours après les attentats, un sentiment de peur mêlé de colère mine le moral des Algérois. Une odeur macabre empeste les rues de la capitale, plus particulièrement les alentours du Palais du gouvernement et du commissariat de Bab Ezzouar, ciblés mercredi dernier. « Même le ciel est maussade », relève une femme au foyer. Il pleut sur Alger. La ville est morose. Les alarmes ponctuent le quotidien des petites gens. Il est un peu plus de 13h30. Nouvelle alerte sur les portables. « On signale un véhicule piégé à El Biar », avertissent des citoyens. D?autres enchaînent : « On a entendu une explosion du côté de Beni Messous. » Panique. On court. Dieu soit loué, c?est encore une fausse alerte. Certains parlent d?un colis suspect « désactivé », d?autres d?entraînement au désamorçage des bombes dans l?une des casernes situées sur les hauteurs d?Alger, en contrebas de Bouzaréah. Les artificiers sont lessivés. Les policiers ressortent gilets pare-balles et kalachnikovs. « J?évite de prendre ma voiture », dit un automobiliste. D?ailleurs, la circulation est curieusement fluide pour une ville habituellement bouchonnée de part en part à pareille heure. La rumeur court de plus belle. Enfle. Les alertes se trouvent « dopées » par des mises en garde émises par certaines ambassades occidentales. Ainsi, dans un bulletin répercuté hier matin par l?AFP, l?ambassade US mettait en garde ses ressortissants contre d?éventuelles attaques à la voiture piégée autour, entre autres, de la Grande Poste et du siège de l?ENTV. Hier en début d?après-midi, pas de dispositif particulier autour de l?ambassade américaine, sur le chemin Cheikh Bachir Ibrahimi. Des ouvriers s?échinaient à terminer les travaux de réaménagement de l?entrée officielle de la représentation US à Alger. Toutefois, les policiers en faction sont sur le qui-vive, de même que les sentinelles américaines perchées sur leur guérite. Les kalachnikovs sont bien mises en évidence. Plusieurs fourgons de police sont stationnés autour du commissariat de la Colonne Voirol jouxtant l?ambassade. Devant le siège de la Télévision officielle, pas de mobilisation particulière. Mais partout, on sent la même hantise. Le portail de la maison de la presse est fermé. Les voitures sont triées sur le volet. A l?aéroport international Houari Boumediène, les mesures de sécurité sont renforcées. Les automobilistes sont filtrés et leurs véhicules passés au crible par les policiers. Nerfs à vif. Le moindre craquement de pétard suscite un effet de panique. Les feux d?artifice suscitent les foudres des adultes. Les garnements qui s?amusent à prolonger le Mouloud se voient sévèrement réprimandés. Le « kamikaziat » exaspère Alger, bouleversant la vie des Algérois. Mais même s?ils sont traumatisés, ils essaient de garder le moral. Ils reprennent leurs vieux réflexes. La vigilance est de mise dans les lieux publics. Les points de contrôle sont multipliés. La route menant vers le Palais du gouvernement est barrée des deux côtés. Tous les accès débouchant sur les commissariats sont obstrués. Autour des bâtiments officiels, les ministères ainsi que les grosses administrations, la sécurité est redoublée. « Alger a toujours été un enfer pour les automobilistes. Bientôt, nous ne trouverons plus où stationner », se plaint un cadre. « Je fais désormais attention au moindre véhicule mal garé », confie un passant, avant d?ajouter : « Dans mon esprit, je suis quelque part au milieu des années 1990. Mon calendrier psychologique est complètement chamboulé. »
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Mustapha Benfodil
Source : www.elwatan.com