Rencontré par l'APS à l'occasion du 23e Fespaco, cheikh Oumar Sissoko, célèbre cinéaste malien deux fois lauréat de l'Etalon d'or de Yennenga (1995, 2000) et ancien ministre de la Culture, parle de la situation du cinéma en Afrique et livre sa vision de la situation politique dans son pays, le Mali.
QUESTION : Quel regard portez-vous sur ce 23e Fespaco et sur les "politiques publiques du cinéma en Afrique", thème sous lequel a été placé cette biennale '
REPONSE : Cette 23e édition du Fespaco est très intéressante de par la forte présence des jeunes et des femmes. Elle se passe aussi à un moment particulier pour l'Afrique de l'Ouest avec ce qui se passe au Mali et qui risque de s'étendre à d'autres pays. Il y a des films sur la question qui nous préoccupe aujourd'hui.
Les cinéastes sont encore proches des préoccupations des populations africaines et qui n'ont pas vraiment changé. Ce sont essentiellement des problèmes de souveraineté : l'Afrique est loin de se positionner comme un contient souverain qui peut travailler à utiliser ses énormes richesses qui en font le coffre-fort du monde.
Le cinéma africain ne va pas bien (...), excepté pour l'Afrique du Nord qui tente, tant bien que mal, de produire comme au Maroc ou en Algérie qui s'était très tôt ouverte à la production africaine et à la coproduction, comme pour les films d'Oussemane Sembene.
Malheureusement les années de furie islamistes ont stoppé ce grand laboratoire de production d'Alger (à). En Afrique de l'Ouest, si le Burkina Faso reste en avance sur les autres pays, c'est parce que les pouvoirs publics ont une vision et ont compris l'importance de la culture (...), fondement de notre humanité et qui permet de donner un sens à nos existences individuellement et collectivement.
L'hégémonie médiatique de l'occident continue un travail entamé pendant la période coloniale, pour nous faire accepter l'idée que notre culture est inférieure.
QUESTION : Plus de 40 ans après la fondation du Fespaco et l'adoption de la Charte panafricaine pour la culture, croyez-vous encore en l'idée du panafricanisme '
REPONSE : Je pense que le panafricanisme à du plomb dans l'aile, mais il reste incontournable. Si l'on s'en remet à ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui nous sommes obligés de dire qu'il n'y a plus de panafricanisme.
Nous sommes aujourd'hui obligés d'être ensemble, le panafricanisme doit être celui des peuples et non celui des gouvernants, complètement liés au capital international et aux puissances occidentales, il faut constituer un front uni des peuples devant le militarisme de l'Occident qui s'est mis en marche avec la crise de la dette dans ces pays.
QUESTION : Quelle est votre lecture de la situation au Mali '
REPONSE : Je pense qu'il y a un complot non seulement contre le Mali mais contre toute l'Afrique pour la reprise en main de ses richesses énergétiques et humaines. Le Mali, maillon faible est un terrain d'expérimentation.
Le MNLA (Mouvement national pour la libération de l'Azawad) est une création des Occidentaux qui l'ont soutenu financièrement et médiatiquement. C'est un complot pour occuper le Mali et ses richesses et essayer de le diviser en deux comme au Soudan.
Il faut rappeler qu'il y a de l'uranium, de l'or dans des régions comme Kidal et Tessalit mais surtout des quantités énormes d'eau, une ressource au centre de très grands enjeux.
Le nord du Mali est aussi une zone d'importance géostratégique pour contrôler la Méditerranée, de l'Europe de l'Est à la Mer Rouge, l'Afrique de l'Est, et le Moyen-Orient ainsi que l'Afrique centrale avec des pays comme le Congo et l'Angola.
L'Algérie n'est pas vu d'un bon oeil par les puissances occidentales à cause des acquis de sa révolution qui lui ont permis de contrôler ses richesses.
Il ne serait pas hasardeux, politiquement, de dire que l'Algérie est aussi ciblée par ce complot.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Algérie Presse Service
Source : www.aps.dz