Sollicitée pour nous donner un éclairage détaillé sur tout ce qui a trait à l'organisation de la manifestation culturelle internationale «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011», sur ses préparatifs, les difficultés rencontrées, sur l'impact de cette manifestation dans la relance du secteur de la culture et sur les impressions des délégations étrangères qui y ont participé ainsi que sur ses impressions personnelles, la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, nous a accordé cet entretien dans lequel elle est revenue sur les démarches entreprises par son département pour le choix de la ville de Tlemcen dans l'organisation de cet événement,
sur les préparatifs qui ont entouré cette manifestation et sur les énormes moyens qui ont été mis par l'Etat pour sa réussite, la réalisation des grandes infrastructures culturelles qui devaient abriter les activités, la logistique mise en place, le programme des activités et enfin sur l'encadrement de cette mégamanifestation qui a vu la participation de 25 pays étrangers et les 48 wilayas du pays qui ont, au fil de cette année culturelle, étalé leurs patrimoines respectifs et permis à ces délégations étrangères de découvrir la richesse et la diversité de notre culture nationale, comme elle a permis au secteur de la culture de connaître une dynamique sans précédent dans divers secteurs.
On a assisté à la projection d'une cinquantaine de films documentaires réalisés dans le cadre de cette manifestation et portant sur des thèmes liés à l'histoire des grandes personnalités culturelles, historiques et scientifiques de notre pays et à notre patrimoine national, à la production de 19 pièces théâtrales ayant traité l'histoire des grandes figures religieuses, culturelles et historiques, à l'image des pièces sur l'Emir Abdelkader,
Sidi Boumediene et Sidi Haloui, à l'organisation d'une douzaine de colloques internationaux liés aux mêmes thèmes, à des expositions, des festivals de musique andalouse et hawzi, nationaux et internationaux' Toutes ces manifestations ont permis à nos artistes et nos artisans de s'exprimer par leurs 'uvres respectives, ce qui a généré une nouvelle dynamique dans la relance de ce secteur qui a vécu une longue période de léthargie.
C'était donc un véritable défi que l'Algérie se devait de relever tant sur les délais de réalisation des infrastructures et dans le choix des hommes que sur l'organisation de ce grand événement et surtout sa réussite afin de redorer le blason de l'Algérie en général et la culture nationale en particulier.
A toutes ces interrogations, la ministre de la Culture, dans un langage franc et sincère, a abordé avec nous tous les aspects liés à cette manifestation et a répondu sans détour à toutes nos préoccupations liées à cette entrevue comme elle a abordé avec nous les objectifs assignés par son secteur et les moyens à mettre en 'uvre pour la valorisation de notre patrimoine culturel et du secteur de la culture.
Le Temps d'Algérie : Une année riche en évènements culturels mais aussi en enseignements, générée par la manifestation internationale «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011» s'achève et de l'avis de tous les observateurs et les délégations qui y ont participé, la manifestation de Tlemcen reste de loin l'une des plus réussies tant sur le plan organisationnel que sur la consistance des programmes et le nombre des pays participant. Peut-on affirmer aujourd'hui que l'Algérie a redoré le blason de cette manifestation périodique '
Khalida Toumi : De l'avis de différents observateurs, «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011» a été incontestablement une édition remarquable et remarquée depuis l'institutionnalisation en 2005, par l'Organisation islamique des sciences, de la culture et de l'éducation (Isesco) de la manifestation dénommée «Capitales de la culture islamique».
C'est également le constat établi et exprimé par l'Isesco lors de la 7e conférence islamique des ministres de la Culture qui s'est tenue les 18 et 19 décembre 2011 à Alger.
Nous sommes heureux et fiers que l'Algérie ait relevé ce défi, que son mérite soit reconnu et que cette édition soit élue comme le modèle type de réussite.
Le mérite revient à toutes celles et à tous ceux qui ont travaillé avec un engagement extraordinaire à la limite du sacrifice car il faut reconnaître que le parcours était semé d'embûches' Le mérite revient également à la population pour son adhésion totale et pour avoir donné la meilleure image d'un peuple hospitalier et érudit. En tout état de cause, il y a un seul vainqueur dans cette affaire : l'Algérie.
L'Algérie a abrité dernièrement la réunion des ministres des pays membres de l'Isesco ; quelles impressions ont-ils eu de cette manifestation '
L'occasion a été donnée aux nombreuses délégations présentes de prendre connaissance de l'ensemble des détails relatifs à l'organisation de cette manifestation et de son programme. Un bilan partiel a été présenté à travers un livre que nous avions édité à cette occasion et à travers un enregistrement audiovisuel retraçant les réalisations effectuées. La reconnaissance du mérite de l'Algérie d'avoir réussi le pari a été unanime et l'ensemble des délégations n'ont pas caché leur admiration face à ce qui a été réalisé aussi bien en termes d'infrastructures qu'en termes de programmes culturels riches et variés. Monsieur Abdelaziz Ben Othman Ettouijri, directeur général de l'Isesco, a été le premier à avoir félicité notre pays pour sa réussite en exprimant officiellement et solennellement sa satisfaction sans complaisance. Ce même constat a été dressé par le reste des représentants des autres organisations internationales ou régionales à l'instar de l'Unesco, de l'Alecso, de l'OCI, la Ligue arabe, etc. sans compter les délégations qui ont eu à visiter Tlemcen.
Ont-ils apprécié, tout au long de cette année, la place que tient la culture dans le c'ur du peuple algérien et la déférence qu'il témoigne aux hommes et aux femmes de culture dans tous les domaines de leur activité '
L'adhésion populaire remarquée par les délégations étrangères ayant participé aux différentes activités organisées durant toute la manifestation a été fortement soulignée et notée tant bien dans leurs déclarations respectives qu'à travers les différents titres d'information de leurs pays respectifs.
Les participants étrangers ont été particulièrement impressionnés par l'engouement du public et notamment des citoyens de Tlemcen à leurs activités respectives. L'image donnée des habitants de Tlemcen, et par delà, du peuple algérien, comme fervents amoureux de la culture de génération en génération a été confirmée. Grâce à cette manifestation, nous avons réussi à véhiculer une image très positive de notre peuple et de notre pays. Et c'est cela qui compte.
Tlemcen 2011 a permis un échange, un partage et une compréhension entre les cultures diverses et crée aussi des ponts entre les peuples et leurs civilisations respectives. N'est-ce pas là une preuve que le dialogue des civilisations passe par la réconciliation de toutes les cultures du monde '
Le principe d'organisation de «capitales culturelles régionales» découle de la réunion sur les politiques culturelles tenue sous l'égide de l'Unesco en 1982 et a été consacré par la stratégie mondiale pour le développement culturel.
Parmi les objectifs essentiels assignés par la stratégie mondiale pour le développement culturel, adoptée par l'assemblée générale des Nations unies lors de la 4e session de la Conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement, figure la promotion du dialogue des cultures et des civilisations par l'ouverture sur les cultures et les civilisations des peuples aux fins d'encourager les valeurs d'entente, de fraternité et de paix et d'asseoir la diversité culturelle et le dialogue commun.
C'est ce que nous avons fait effectivement lors de cette manifestation, à travers notamment l'élargissement de la participation aux pays non musulmans et à travers des activités ayant pour intérêt de faire ressortir les valeurs de dialogue et de tolérance que recèlent l'Islam et la culture islamique.
L'adaptation de notre culture arabo-musulmane à la mondialisation constitue un défi qu'il nous appartient de relever et cette année culturelle islamique a permis déjà une meilleure connaissance de notre patrimoine culturel par l'Occident, en particulier les pays qui y ont participé. Quelle stratégie le ministère de la Culture compte-t-il adopter pour faire face à cette mondialisation et ses visées acculturatrices et ethnocidaires '
Je tiens tout d'abord à dire que le concept de culture arabo-islamique, en vogue durant une certaine étape de notre histoire contemporaine, a été restructuré à la lumière du dernier amendement de la Constitution qui consacre la dimension amazighe en plus des deux dimensions sus-citées. Notre culture est une culture amazighe, arabe et islamique.
Par ailleurs, je tiens à préciser que l'idée d'adaptation de toute culture quelle qu'elle soit à la mondialisation est porteuse de dangers au plan du principe et à la lumière de l'ordre mondial actuel fortement désavantageux pour les pays en voie de développement. Le concept de mondialisation est de nos jours synonyme de domination des modèles en vogue dans les pays développés et il est très dangereux lorsqu'il porte sur les questions culturelles. La culture est la façon propre à chaque peuple d'être au monde et dans le monde.
L'enjeu est un enjeu d'existence ou de disparition. Il se trouve que les règles internationales en vigueur régissant le commerce extérieur ne favorisent pas l'accès des cultures des pays du Sud et menacent même ces cultures dans leurs pays d'origine !
C'est pourquoi il est absolument vital que l'Etat continue d'assurer un service public dans le secteur de la culture sans quoi nous serons balayés par la mondialisation des modèles dominants. La solution n'est surtout pas de mimer bêtement ces modèles, mais plutôt de défendre le droit de notre peuple à accéder à la culture comme son droit à la vie et à l'existence, défendre le droit de notre peuple à conserver et préserver son patrimoine matériel et immatériel, défendre le droit de notre peuple à créer tout en préservant son identité propre : c'est pour cela que l'Algérie a ratifié ou signé deux conventions capitales de l'Unesco, celle du patrimoine immatériel et celle de la diversité des expressions culturelles.
Cette manifestation a-t-elle permis aussi une meilleure compréhension de l'Islam, de ses valeurs humaines qu'il véhicule et de son adaptation à la modernité '
L'Islam, comme les autres religions, est une religion, une culture et une civilisation. Le côté religieux est du ressort du ministère des Affaires religieuses. Quant à nous, nous nous sommes occupés de ce qui relève de nos prérogatives, c'est-à-dire de la culture.
Nous estimons que beaucoup de choses ont été faites à l'occasion de cette manifestation pour démontrer que la culture islamique est une culture d'ouverture, de tolérance et de créativité et témoigner du fait que la civilisation islamique est porteuse de valeurs hautement humaines, universelles et civilisationnelles. Enfin, nous avons pu démontrer que le problème n'est pas dans la culture islamique mais dans les idéologies extrémistes qui sont les ennemies de la culture.
Il faut admettre que le dialogue des civilisations, engagé depuis plus d'une décennie, montre des signes d'essoufflement découlant notamment de l'influence sans cesse croissante exercée par certains lobbies animés par des intérêts politiques et des volontés de puissance, en quête d'exercer et d'élargir les sphères de leur influence politique, militaire ou économique.
Je crois que le monde islamique a beaucoup fait en faveur de la promotion de ce dialogue mais je ne crois pas que ce même intérêt soit partagé avec autant de conviction et d'engagement.
Cette mondialisation est devenue plus que jamais indispensable mais elle doit se faire dans le respect de notre personnalité et de nos valeurs ; quel message adresseriez-vous au monde sachant de nous n'entendons rien renier de notre foi, de nos convictions et de notre façon d'être '
Le phénomène de mondialisation découle de l'emprise exercée par les grandes puissances économiques et technologiques et il est fortement configuré par un ordre mondial économique déséquilibré et défavorable aux pays en voie de développement. Les règles actuelles régissant le commerce international et le retard technologique des pays moins développés sont autant de facteurs qui fragilisent nos cultures respectives.
C'est à ce titre que nous estimons que la défense du principe de l'exception culturelle soit partagé par les pays du Sud. C'est le principe que défend en tout état de cause notre pays dans le cadre de ses négociations en vue de l'adhésion à l'OMC. La mondialisation ne doit pas être vécue seulement comme une fatalité mais aussi comme une opportunité pour développer des échanges plus équilibrés entre le Nord et le Sud. Nous aspirons à un nouvel ordre international qui préserverait sans fragiliser les cultures des pays en développement et qui garantirait le transfert de la technologie et du savoir-faire dans les industries culturelles.
La modernité c'est aussi nos chants, nos rythmes, notre patrimoine matériel et immatériel, nos livres, nos films, notre théâtre, notre talent soit notre créativité culturelle et artistique en général. A ce titre, l'année de «Tlemcen 2011» a vu la prolifération de notre production artistique nationale dans tous les secteurs d'activité, c'est même un record. Est-ce le déclic du secteur de la culture en Algérie ou juste des actions ponctuelles '
J'affirme que le déclic du secteur de la culture s'est opéré depuis 1999 avec l'arrivée de Son Excellence Monsieur Abdelaziz Bouteflika, qui a rétabli la place de la culture en Algérie.
Jamais, depuis l'Indépendance nationale, le secteur de la culture n'a bénéficié d'autant d'égards dans les politiques gouvernementales successives. Aujourd'hui, nous récoltons les dividendes de cette politique pour le bonheur de nos créateurs et de nos concitoyens.
Il faut admettre qu'avant «Tlemcen 2011», il y a eu «Alger, capitale de la culture arabe 2007» et le «2e festival culturel panafricain 2009» qui ont été des moments forts de la dynamique culturelle vécue durant cette dernière décennie et qui ont permis de rétablir la place et l'image de notre pays dans ses espaces géostratégiques.
S'il faut retenir une leçon de toutes ces manifestations et notamment de Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011, ce serait celle-ci : nous ne concevons jamais une manifestation culturelle comme une fin en soi. Au contraire, pour nous la capitale culturelle ou l'évènement, n'ont d'importance que par ce qu'ils constituent l'occasion en or pour se doter des infrastructures manquantes, pour restaurer le patrimoine culturel qui ne l'a pas été, pour permettre à nos créateurs de produire les livres, les pièces de théâtre, les expositions, les enregistrements et les tournées musicales' dont ils rêvent.
C'est aussi l'occasion en or pour permettre à nos bureaux d'études, à nos entreprises de s'investir et à nos jeunes de se former. C'est ce que nous avons fait à Tlemcen mais aussi à Alger en 2007 et en 2009.
Nous sommes heureux que la manifestation «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011» ait réalisé tous ces acquis qui profiteront à nos créateurs et nos concitoyens. Je crois très sincèrement que cette ville d'art et d'histoire mérite amplement ce qui a été fait pour elle et, à travers elle, pour le peuple algérien.
Tlemcen s'est dotée d'importants moyens qui lui permettront, à mon sens, de la hisser en véritable pôle de développement culturel.
Pouvons-nous donc affirmer que la dynamique générée par cette manifestation va se poursuivre '
J'espère vivement que cette dynamique impulsée dans la wilaya de Tlemcen se poursuivra avec autant d'engagement de la part de tous les partenaires.
L'Etat, à travers le ministère de la Culture, a assumé ses responsabilités en dotant la wilaya d'infrastructures appropriées qu'il a érigées en établissements dotés de statut juridique afin d'assurer leur pérennité et leur continuité. Je rends hommage à Monsieur le Premier ministre, président du comité national, d'avoir soutenu cette démarche.
Il est entendu que le ministère de la Culture poursuivra la réalisation de son programme culturel en faveur de la wilaya de Tlemcen, à l'instar de toutes les wilayas du pays. En 2012 et 2013, nous veillerons à ce que les projets relatifs au patrimoine culturel soient finalisés et livrés. Il faut aussi souligner que nous travaillons avec autant d'engagement pour l'élaboration et l'adoption du plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur de la vieille ville de Tlemcen et de la ville de Nedroma.
Tout le monde s'accorde à dire que «Tlemcen 2011» reste un évènement culturel majeur dans l'histoire contemporaine de l'Algérie qui a mobilisé d'énormes moyens humains, matériels et financiers et réalisé des infrastructures culturelles sans pareille pour son organisation et sa réussite ; qu'adviendra-t-il de toutes ces infrastructures à la fin de cette manifestation '
D'abord, je tiens à dire qu'il n'y avait pas d'énormes moyens financiers consentis à la faveur de cette manifestation comme veulent le faire croire certains. Le budget affecté est incomparable avec ce qui a été consenti pour «Doha, capitale de la culture arabe 2010» ou «Marseille, capitale européenne de la culture 2013».
Le budget alloué à la manifestation ne représente que ce qui est consenti pour la réalisation de quelques kilomètres d'autoroute.
S'agissant du devenir des infrastructures culturelles réalisées à l'occasion de cette manifestation, je tiens à vous rassurer et à rassurer les citoyens de la wilaya de Tlemcen que nous avons pris toutes les dispositions pour garantir leur pérennité.
Ces infrastructures ont été érigées en établissements publics sous tutelle du ministère de la Culture et dotés de statuts qui leur garantissent de poursuivre leurs activités sans phase d'arrêt. Les décrets et arrêtés y afférents ont été publiés au Journal officiel.
C'est autant de postes d'emploi créés en faveur de nos enfants et c'est autant d'opportunités offertes à nos créateurs.
L'Algérie s'est bâtie une réputation honorable dans l'organisation des grands évènements internationaux et s'est attirée le respect de toutes les nations ; le ministère de la Culture s'est-il vu solliciter son savoir-faire par les pays qui vont organiser les prochaines éditions de cette manifestation culturelle et islamique '
Effectivement, nous avons acquis un savoir-faire respectable dans l'organisation de grands évènements culturels. Cela n'aurait pas été possible sans la confiance faite aux professionnels et sans l'implication des jeunes épris de connaissances, porteurs d'idées et d'innovation.
Il fallait faire confiance aux compétences nationales, leur donner la chance pour exprimer leur talent et leurs capacités d'organiser cesdites manifestations selon les standards internationaux. Je crois très sincèrement qu'ils ont réussi.
C'est à l'honneur de l'Algérie que de nombreux pays aient sollicité et continuent de solliciter ce savoir-faire pour l'organisation de manifestations identiques, à l'instar des capitales culturelles arabes ou islamiques ou du festival culturel panafricain. Nous avons répondu favorablement et gracieusement avec sincérité et avec la volonté de faire encore mieux, car nous estimons qu'il faut donner du sens à la coopération entre les pays en développement.
La manifestation «Tlemcen 2011» a mis en évidence la multitude de trésors artistiques, culturels et patrimoniaux dans toute sa diversité que renferme notre pays ; quelles sont les actions immédiates que vous comptez entreprendre pour la valorisation de ce riche patrimoine culturel et traditionnel '
Nous n'avons pas attendu l'organisation de cette manifestation pour entreprendre ce vaste chantier de valorisation et de mise en valeur de notre potentiel culturel et patrimonial. Le travail a été entamé depuis plus d'une décennie d'une manière ininterrompue et figure dans les programmes annuels de travail du secteur de la culture. C'est à la faveur de la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe 2007» que ces actions sont devenues plus visibles comme en témoignent les réalisations faites dans les différents domaines des arts et des lettres et en matière de recherche historique.
«Tlemcen 2011» est une autre étape dans le prolongement de ces actions qui s'inscrivent dans le cadre de la mise en 'uvre des objectifs fixés par la politique culturelle de notre pays.
C'est en cohérence avec ces objectifs et en application de nos programmes que le secteur poursuivra ce processus de préservation, de protection et de mise en valeur de notre culture nationale dans toutes ses formes d'expression et dans sa diversité plurielle.
Les arts traditionnels font partie de notre identité nationale et de notre mémoire collective ; leur développement et leur mise en valeur permettent la sauvegarde de notre culture ancestrale et notre personnalité mais ils sont aussi créateurs de richesses et de postes d'emploi. Existe-t-il un programme pour la prise en charge d'une manière effective du secteur des arts traditionnels '
La prise en charge de ce que vous qualifiez d'arts traditionnels fait partie des efforts engagés en faveur de la préservation et valorisation de notre patrimoine culturel immatériel. Jamais le patrimoine culturel immatériel n'a fait l'objet d'autant d'intérêt. Notre démarche en la matière repose sur une approche scientifique et ce n'est pas un pur hasard si on a confié l'inventaire de ce riche héritage culturel au Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques. Un important travail est mené par les chercheurs pour rétablir l'authenticité desdites 'uvres.
La banque de données du patrimoine culturel immatériel en cours d'élaboration permettra à nos chercheurs de faire connaître les facettes cachées ou méconnues de notre culture traditionnelle.
D'ores et déjà, nous avons entamé un important travail de vulgarisation de notre patrimoine immatériel tant au plan national qu'international.
L'inscription de l'Ahellil de Gourara sur la liste des chefs-d''uvres de l'humanité de l'Unesco, auquel s'ajouteront d'autres formes d'expressions traditionnelles dont les dossiers d'inscription sont en cours, illustrent notre volonté de faire connaître notre génie créateur au monde.
Au plan interne, l'institutionnalisation des festivals culturels, l'enregistrement du patrimoine lyrique, le soutien à la création littéraire sont des actions qui visent à faire connaître cette richesse culturelle au profit de nos concitoyens et notamment pour les générations futures. C'est en somme un travail de préservation des éléments structurants de notre identité qui est mené.
Cela suppose aussi une politique incitative au profit des métiers traditionnels et des artisans en général...
Votre question renvoie à des attributions dévolues à un autre secteur qui a en charge le volet relatif aux métiers traditionnels et à l'artisanat. Je tiens seulement à témoigner que le gouvernement a examiné tout récemment le projet de plan de consolidation du développement de l'artisanat à l'horizon 2020, présenté par Monsieur le ministre du Tourisme et de l'Artisanat.
Le développement de ces secteurs, artisanats et métiers traditionnels, sont indissociables du développement du tourisme dans notre pays. Cela suppose que votre ministère travaille en étroite collaboration avec le ministère du Tourisme pour l'élaboration d'un programme d'action commun d'autant plus que la mise en symbiose, durant une année de tous les génies, de tous les talents, de toute la création culturelle et artistique nationale a créé une dynamique sans précédent qui mérite une attention particulière des pouvoirs publics '
Vous avez raison de parler de la coordination étroite qui doit être privilégiée entre les différents acteurs, sauf que l'artisanat et les métiers traditionnels sont des domaines relevant de la compétence d'un autre secteur comme je l'ai mentionné précédemment.
Le ministère de la Culture est disposé à apporter sa modeste contribution au débat sous l'angle notamment de l'art et de l'authenticité, mais aussi sur les meilleures formes de valorisation de ce potentiel traditionnel en fonction des normes et standards internationaux qui garantissent un plus grand impact.
Lors de son discours inaugural de cette manifestation, le président de la République a affirmé «que l'Etat algérien s'emploie à faire impulser, encourager, donner les moyens, créer des environnements, tracer et mettre en 'uvre
des politiques culturelles en ouvrant les portes aux talents, en exprimant de la reconnaissance aux créateurs,
en réalisant des mises en relation fécondes et en mettant à la disposition de la création, de la pensée, de l'art,
de l'innovation, les moyens nécessaires à l'éclosion du génie de notre peuple et l'épanouissement de son talent».
Peut-on dire et affirmer que cette politique ou ce programme sont déjà sur les rails '
Cette citation du discours de Son Excellence Monsieur le président de la République à l'ouverture de la manifestation résume les grandes lignes de la politique culturelle du pays et constitue une réponse à ceux qui, aujourd'hui, parlent de l'absence de vision culturelle claire et qui proposent une politique culturelle dont les contours obéissent à des conceptions doctrinales et idéologiques loin d'être innocentes.
C'est en application de cette vision clairvoyante que l'action culturelle de l'Etat a été menée ces dernières années dans le cadre du plan d'action du gouvernement portant mise en 'uvre du programme du président de la République.
Les réalisations faites à l'occasion de «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011», s'inscrivent à juste titre dans le cadre de cette politique et des orientations contenues dans le discours d'ouverture.
Nous estimons que le bilan de la manifestation 2011 traduit fidèlement ces orientations. Les réalisations faites sont là pour en témoigner.
Ajoutez à cela tous les programmes annuels de soutien à l'édition, à la production cinématographique et la production théâtrale et plus largement à la création littéraire et artistique. Grâce à quoi ' Grâce à deux fonds que l'Etat a créés pour cela. Sans ces fonds aucun film, aucune pièce de théâtre ne seraient produits.
Quel bilan faites-vous, Madame la ministre, de cette manifestation culturelle de Tlemcen '
Même si le bilan de la manifestation n'a pas encore été présenté au comité national présidé par Monsieur le Premier ministre, je peux néanmoins dire qu'il est très positif à la lumière de certains indicateurs suivants :
La manifestation a permis de doter Tlemcen de onze (11) nouvelles infrastructures culturelles : la Palais de la culture, le Centre des études andalouses, la bibliothèque de wilaya,
le Palais des expositions, le théâtre de verdure, la salle de cinémathèque Djamel Eddine Chanderli, le musée d'art et d'histoire de la ville, le musée de la calligraphie, la reconstitution et reconstruction du palais royal des Zianide, le centre des manuscrits et le musée d'archéologie islamique. Cette même manifestation nous a aussi permis de restaurer et/ou de mettre en valeur plus de 80 sites et monuments historiques.
L'autre satisfaction réside dans le nombre record des pays qui ont pris part à cette manifestation. Pour les journées culturelles, nous avons enregistré la participation de 26 pays des quatre coins du monde en plus de la participation des représentants de 43 pays aux 13 colloques internationaux organisés durant la manifestation.
Les journées culturelles des wilayas ont permis à des milliers d'artistes de se produire et de donner une image complète de la richesse de notre culture nationale.
La réalisation de 30 films courts métrages et/ou documentaires, de 19 pièces théâtrales et de 423 livres lors de la manifestation témoignent à eux seuls de la dynamique qui a touché les différents domaines de la création artistique et littéraire. A ce formidable mouvement, s'ajoutent l'organisation dans les standards internationaux de 15 expositions, l'enregistrement du patrimoine musical à travers la réalisation de coffrets des maîtres de la musique andalouse et autres genres musicaux, l'organisation de 8 festivals culturels et de 191 tournées artistiques qui ont vu la participation de 3315 artistes, musiciens et techniciens'
Ma plus grande satisfaction réside dans le niveau d'adhésion de la population à cette manifestation et de la dynamique créée auprès de la population comme en témoignent les quelques chiffres
suivants : pour les expositions respectives, un nombre global de
425 501 visiteurs a été enregistré. Pour les colloques, un nombre de 700 participants (colloquants) a été atteint. Le théâtre, à travers ses 600 spectacles organisés, a enregistré à lui seul une présence de 105 000 personnes'
On ne peut que se réjouir de tout ce qui s'est fait le long de cette manifestation.
Il paraît que vous avez veillé au grain sur l'organisation et les programmes de cette manifestation...
En ma qualité de présidente du comité exécutif de la manifestation, je devais assumer pleinement mes responsabilités. J'ai toujours dit à mes cadres que nous sommes «les ouvriers de la République et fiers de l'être» et que nous devons faire convenablement le travail qui nous est demandé.
Nous n'avions pas d'autre choix que d'être présents et de veiller à la réalisation du programme dans le moindre détail.
Ma pensée va vers celles et ceux qui ont sacrifié leur vie de famille, leurs vacances et leurs jours de repos et pour ceux qui, dans l'adversité et l'hostilité, ont résisté et ont surmonté toutes les épreuves. Mon admiration va vers les bureaux d'études et entreprises algériennes qui ont travaillé avec abnégation et sans fléchir pour réaliser les projets en dépit des tracasseries administratives de toutes sortes.
Je ne peux m'empêcher d'exprimer ma reconnaissance à Monsieur le président de la République et à Monsieur le Premier ministre, président du comité national, pour tout le soutien qu'ils nous ont accordé le long de cette manifestation.
Quelles ont été les difficultés majeures rencontrées sur le terrain '
J'estime que le plus important est d'avoir réussi à réaliser notre programme et d'avoir surmonté beaucoup d'obstacles et d'embûches.
Je suis triste de n'avoir pas réussi à réaliser le seul projet en instance, celui de la rénovation et de l'ouverture au public de la salle de cinéma «Le Lux» et de certains projets afférents au patrimoine culturel en raison des problèmes d'ordre juridique et de coordination intersectorielle.
Comme je suis aussi triste que la situation financière de certains bureaux d'études et entreprises n'ait pas été régularisée alors qu'ils ont réalisé le travail qui leur a été demandé.
Nous avons assumé nos responsabilités. Aux autres parties d'assumer celles qui relèvent de leur autorité et de leur compétence.
Madame la ministre, la revue El-Djawhara a été incontestablement une vitrine de cette manifestation ; peut-on avoir votre avis sur cette publication culturelle '
Je saisis cette occasion pour saluer et féliciter toutes celles et tous ceux qui ont fait de cette publication d'information un grand vecteur de communication de la manifestation.
Ma satisfaction est d'autant plus forte lorsque je sais que l'équipe qui la compose est constituée essentiellement de jeunes.
Cette revue a fait l'objet d'une large diffusion et a été fortement appréciée tant en Algérie qu'à l'étranger. Elle témoignera, pour longtemps, de l'organisation de cette manifestation et constituera une source d'information indéniable pour tous ceux qui, dans l'avenir, voudront s'informer sur «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011».
Va-t-elle cesser de paraître avec la clôture de cette manifestation ou bien le ministère va la maintenir '
Je ne souhaite pas qu'une revue pareille, qui a gagné beaucoup d'expérience, disparaisse aussi vite ; comme je ne le souhaite pas non plus pour toutes les publications d'information générale ou spécialisée qui demeurent des tribunes d'exercice de la liberté d'expression.
J'espère vivement que cette revue culturelle soit maintenue, tant il est vrai que Tlemcen dispose, grâce aux réalisations faites dans le cadre de la manifestation, de potentialités favorables
pour asseoir une véritable dynamique culturelle. Il serait fort dommage que la wilaya de Tlemcen ne dispose pas d'une revue culturelle avec toutes les expériences acquises.
Que représente pour vous, Madame la ministre, la réussite sur tous les plans de cette manifestation culturelle internationale '
Cette réussite est celle de l'Algérie tout entière. Elle témoigne de la capacité grandiose de notre peuple à relever les défis et à réussir des exploits.
A travers la culture, nous avons 'uvré au rayonnement de l'image d'un pays qui marque son retour sur la scène internationale et d'un pays fort par l'intelligence et les talents de ses enfants.
Les retombées de ce succès sur notre pays ne peuvent être que positifs sur tous les plans et ne feront que consolider notre place dans le concert des nations.
Est-ce que la clôture de cette manifestation va-t-elle être aussi grandiose que l'inauguration 'C'est avec un pincement au c'ur que nous clôturons cette manifestation car nous y avons mis beaucoup d'amour
et beaucoup d'efforts et parce que nos concitoyens, et Tlemcen elle-même, y ont adhéré avec ferveur et enthousiasme. Nous devons clôturer la manifestation car tel est le règlement qui régit les manifestations relatives aux capitales culturelles.
Pour ma part, la clôture sera grandiose en termes de symbiose et d'harmonie entre la modernité et l'authenticité.
La tâche incombe à l'orchestre symphonique national, à sa chorale et à la garde républicaine d'interpréter avec un langage musical symphonique des facettes du répertoire algérien et international.
Le spectacle de clôture se veut être une transition avec la célébration par notre pays du 50e anniversaire de son Indépendance. A ce titre, la présence des Moudjahidate et des Moudjahidine nous honore au plus haut point.
Si vous deviez vous adresser à tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette manifestation,
que leur diriez-vous '
Je dirai merci, merci d'exister.Merci d'avoir relevé le défi. J'ai toujours eu confiance en vous. Je suis fière de partager avec vous la carte d'identité, notre territoire, notre culture, notre histoire et le drapeau.
Je suis fière de partager avec vous de beaux rêves pour un avenir commun radieux.
Merci de nous avoir offert des moments de bonheur et de communion partagés avec notre peuple qui renoue avec la paix, la stabilité et la joie de vivre.
Merci à tous les acteurs nationaux qui ont contribué à la réussite de cet évènement. Merci pour l'immense talent créatif, leur engagement et leur haut degré de conscience nationale et patriotique.
Merci à la population de Tlemcen qui a dignement représenté tout notre peuple par son hospitalité, sa générosité et son adhésion extraordinaire.
Merci aux participants étrangers d'être venus et d'avoir contribué à la réussite de la manifestation. Tahya El-Djazaïr, Allah yarham echouhada.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B S
Source : www.letempsdz.com