Le ciel bleu qui éclaire Alger ne les intéresse pas. Les senteurs iodées qui leur parviennent de la mer, en arpentant les ruelles étroites et serpentées, n'ont plus d'odeur. La seule qu'ils sentent à cent lieues de leurs boutiques mal éclairées est celle de l'argent qu'ils devraient désormais disputer aux barons du «made in China». «Il faut survivre et perpétuer la tradition.»
Eux, ce sont les fabricants de chaussures de La Casbah. Dans sa boutique d'à peine 6 m2, envahie par l'odeur suffocante de la colle, Fayçal Derdouche, la quarantaine bien entamée, originaire de Médéa, s'affaire à badigeonner de colle une chaussure avant de la passer à son employé Djamel, qui s'occupera de la finition. «Les temps sont durs, mais nous parvenons à tirer notre épingle du jeu grâce au savoir-faire que nous ont légué nos parents», explique Fayçal. «Ce métier est le mien.
C'est mon gagne-pain. Je le pratique depuis l'âge de 8 ans. Je ne sais rien faire d'autre. Et ce n'est pas l'invasion de la marchandise chinoise qui va me décourager», dit-il avec assurance. «J'ai acheté ce petit atelier en 1988 et j'y suis encore', précise Fayçal, en survolant du regard son «petit magasin» qu'il occupe avec ses deux employés. Une machine à coudre, une presse à coller, une table basse pour le montage, couverte de cuir usé, une autre plus large pour les petits travaux de coupe et quelques étagères de fortune sur lesquelles sont entreposées des paires de chaussures de formes diverses, constituent l'atelier de confection de Fayçal.
Ce dernier produit en moyenne entre 96 et 120 paires par jour, «beaucoup plus à l'occasion des fêtes». «Nous avons failli mettre la clé sous le paillasson», admet ce professionnel qui a appris son métier dans le tas «avec aussi les Tunisiens qui étaient les rois de la chaussure dans le temps à La Casbah», mais également en visitant beaucoup de pays (Syrie, Espagne, Italie') «pour apprendre de nouvelles techniques», précise le propriétaire. Comment faire face à l'invasion de la marchandise chinoise '
«D'abord par la qualité de notre travail et l'originalité de nos produits», répond Djamel, l'employé au capital expérience de 28 ans. Fayçal, le propriétaire reconnaît qu'il faut d'autres «cordes à son arc» pour survivre et protéger ainsi son gagne-pain, un des rares métiers traditionnels qui subsistent encore à La Casbah.
«Nous avons aussi nos propres clients, des vendeurs au détail et des grossistes qu'on fidélise grâce à notre savoir-faire», dit-il, tout en ramassant un ruban d'étiquettes estampillées Anaka (élégance), sa propre marque de fabrique, qui se trouvait à portée de sa main. «Avant, les Algériens raffolaient de tout ce qui est «made in...» mais, avec le temps, ils ont compris que la qualité ne vient pas forcément de l'étranger», explique Fayçal.
Aussi, révèle-t-il, «la déclaration à la Sécurité sociale n'a pas droit de cité à La Casbah». Pour les deux professionnels, Fayçal et Djamel, amis de longue date, le métier doit subsister «coûte que coûte». Il faut le transmettre aux enfants. «Nous aimons notre métier. Lorsque nous croisons les gens dans la rue, nous regardons automatiquement leur pieds», ricanent-ils pensifs, les yeux dans leurs' souliers.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Said Mekla
Source : www.letempsdz.com