Alger - A la une

Temps durs pour les commerçants



Les principales artères commerçantes d'Alger reprennent des couleurs après trois mois de fermeture imposée par un contexte sanitaire des plus singuliers. Depuis deux jours, de nombreux commerçants tentent tant bien que mal de renouer avec une activité plus ou moins ordinaire, dans la perspective d'amortir le contrecoup du confinement, qui se traduit pour ces derniers par des millions de dinars de manque à gagner.Massiva Zehraoui - Alger (Le Soir) - À Alger, c'est dans un climat incertain que les commerçants rouvrent les portes aux clients. Dépités par une longue « inertie » qui a duré près de trois mois, entraînant dans la foulée de grandes pertes financières, d'aucuns se demandent au deuxième jour de la reprise de leurs activités commerciales de quelle façon évoluera le rythme de consommation des citoyens.
Du Télemly à la rue Hassiba-Ben-Bouali, en passant par Bab-El-Oued, la réouverture des boutiques anime et égaie les ruelles. Il est à peine plus de dix heures du matin, que la température dépasse déjà les 22 degrés Celsius, annonçant ainsi une journée particulièrement chaude. Le mouvement de la foule commence petit à petit à gagner en densité. Au premier coup d'?il, la vie économique semble reprendre ses droits, néanmoins, selon certains, les circonstances n'augurent pas encore le retour des jours heureux.
«J'ai rouvert mon magasin depuis deux jours et pour le moment, je n'ai vendu qu'un seul article», confie un commerçant qui tient une boutique d'habillement nichée dans un coin d'un immeuble au Télemly. Il ajoute qu'avant le confinement, «les clients rentraient et sortaient sans répit du matin au soir».
À l'entrée du magasin, deux écriteaux sont affichés sur la vitrine. L'un précise que «le masque de protection est obligatoire», tandis que l'autre prévient que «le magasin ne peut recevoir que deux personnes à la fois». À l'intérieur, une cliente tourne en rond, demande les prix, mais décide finalement de partir sans rien acheter. «J'ai accusé des pertes qui se comptent en millions, et vu le rythme de consommation de mes clients, je doute de pouvoir remonter la pente», explique Ali, le gérant de ce magasin non sans une pointe d'amertume. «Je sais que cela fait seulement deux jours, mais j'ai l'impression que les gens ont perdu goût aux achats», dit-il encore.
Sur le même trottoir, quelques mètres plus loin, le responsable d'une autre boutique d'habillement accueille sa clientèle avec un masque sur le visage. L'exemple est donné, personne n'entre sans masque chez Redouane, 25 ans, responsable du magasin. Dans ce lieu, ni trop grand ni trop exigu, les règles d'hygiène sanitaire sont religieusement respectées. «Mes clients sont obligés de porter le masque, c'est le minimum», explique le jeune homme. Déjà deux clientes à l'intérieur, une troisième tente de franchir le seuil du magasin que Redouane lui dit de patienter.
Visiblement pressée, la jeune dame ne veut pas attendre et fait demi-tour. «Ça m'est arrivé trois fois aujourd'hui», lance Redouane, qui avoue que ces mesures s'avèrent quelque peu contraignantes, dans la mesure où «j'ai besoin de redresser mes comptes, donc je ne peux me permettre de perdre de potentiels acheteurs». Lui aussi fait état d'un manque à gagner qui «a atteint presque les 100 millions de centimes», signalant qu'il n'y a aucune exagération dans ce chiffre.
Pour un autre commerçant, responsable de la boutique de chaussures et de sacs «Black Cat», sise au 1er-Mai, «il faudra du temps pour reprendre une activité normale». Ne voulant pas donner plus de détails, ce dernier fait savoir que dans son cas, les pertes ont également été colossales. «En général, c'est durant la fête de l'Aïd el fitr que nous faisons l'essentiel de notre chiffre d'affaires, mais cette année, nous avons raté le coche», renchérit-il. D'après lui, les pertes ne pourront pas être compensées avant une année et même plus, vu l'ampleur des dommages. Il regrette par ailleurs le fait que «l'Etat n'ait pas instauré des mesures d'urgence et exceptionnelles pour accompagner les commerçants fortement impactés par un confinement de trois mois». Malgré cela, il se veut optimiste en assurant que «la vie reprendra son cours normal petit à petit, au fur et à mesure des semaines». Il mettra la faible fréquentation des clients sur le compte de l'absence de transport et des multiples restrictions qui limitent les déplacements.
Si les gérants des magasins d'habillement et de chaussures ont visiblement du fil à retordre pour remédier à leur situation difficile, on ne peut en dire autant de ceux qui travaillent dans la restauration rapide.
En effet, quelques jours après leur réouverture, les fast-foods ont été pris d'assaut par les citoyens, même si, pour le moment, seule la vente à emporter est autorisée. Il est 11h à Bab-el-Oued.
À l'entrée d'un petit restaurant, une longue file d'attente se forme. Les deux responsables du fast-food n'ont pas eu une minute de répit. L'un s'occupe de prendre la commande, l'autre d'encaisser et de rendre la monnaie aux clients, prenant le soin de baigner les pièces avant dans de l'eau de Javel. Le premier porte un masque et rappelle à l'ordre toute personne qui s'approche de la file sans mettre une bavette. «C'est tous les jours comme ça depuis une semaine», dit fièrement l'un des gérants, expliquant que «les gens se déplacent, travaillent et ont un irrépressible besoin de se nourrir donc...». II rappelle tout de même que la restauration rapide a été durement touchée par la crise. «Il nous faut rattraper tout ça», finit-il en haussant les épaules.
On observera les mêmes files d'attente sur les différents trottoirs près des devantures des fast-foods, des pâtisseries et viennoiseries. Pour certains consommateurs, le repas du midi et les croissants de fin de journée sont indispensables, tandis que l'achat de chemises et de pantalons pourra attendre encore un peu.
M. Z.
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