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Tempête médiatique algéro-tunisienne sur fond de crise politico-sécuritaire



L'armée tunisienne mène des opérations au mont Chaambi (dr)Le site Business News, très hostile à la troïka qui gouverne la Tunisie et encore plus au mouvement Ennahda, ne pensait probablement pas qu'il allait susciter des réactions officielles en publiant le 30 juillet un article intitulé « les médias proches de la troïka pointent l'Algérie du doigt ». « Derrière les événements de Chaâmbi et les assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi se trouve l'Algérie. C'est ce que tentent de faire croire des médias proches de la troïka au pouvoir ou, plus précisément, leurs invités, soigneusement sélectionnés », écrit-il dans une attaque très offensive. Aucun officiel membre de la troïka n'est cité à l'appui de cette thèse, mais un « certain Adel Zarrouk » et le blogueur Yassine Ayari. « L'accusation » contre la troïka ne s'appuie que sur le fait que ces deux personnages sont passés dans des médias « proches de la troïka », à savoir TV Al Moutawassat et Zitouna TV. Rien de nouveau dans le jeu politico-médiatique où les courants hostiles à la coalition en place jouent ou espèrent jouer la carte de l'Algérie pour créer de l'embarras ou des difficultés. Mais cette fois-ci l'article de Business News a eu un écho immédiat en Algérie où des médias l'ont relayé. En allant même plus loin que le site tunisien puisque ce ne sont pas des « médias proches de la troïka » qui sont accusés de désigner l'Algérie comme bouc-émissaire mais Rached Ghannouchi, en personne. L'Expression, par exemple, s'est livré à une charge contre Ghannouchi qui a du plaire aux anti-islamistes tunisiens quitte à leur donner un faux signal. « Assis sur les décombres d'une légitimité totalement ruinée, Rached Ghannouchi entonne son clairon impudique pour chanter la musique de Satan. Voulant camoufler l'échec de son parti, Ennahda, qui après deux années de règne chaotique a plongé la Tunisie dans une crise institutionnelle, économique, politique, sociale et sécuritaire, il s'en prend à l'Algérie. ».
Belani : « manipulation et diversion »
Pour ceux qui connaissent le souci, exacerbé, manifesté par le mouvement Ennahda à éviter toute complication avec l'Algérie, les tentatives des forces hostiles au gouvernement de la troïka de faire des relations avec le voisin occidental un élément de la politique interne n'ont rien de nouveau. Les autorités algériennes sont d'ailleurs restées très distantes en s'abstenant de réagir aux multiples écrits et propos même quand ils sont marqués par un excès d'éloge à la « rigueur sécuritaire » de l'Algérie. Mais les circonstances, assassinat d'un opposant et tuerie du mont Chaambi et les reprises algériennes de l'article de Business News semblent avoir contraints les autorités algériennes à réagir. Amar Belani, porte-parole des affaires étrangères algériennes a « noté » que « certains cercles en Tunisie colportent sur les plateaux de télévision ainsi que sur certains sites électroniques des allégations irresponsables et des amalgames inacceptables mettant en cause l'Algérie en relation avec la détérioration de la situation sécuritaire en Tunisie". Amar Belani, qui s'abstient de désigner la « couleur politique » présumées des « certains cercles », a condamné de « la manière la plus ferme ces allégations scandaleusement mensongères qui participent d'une opération de manipulation et de diversion visant à tromper le peuple tunisien au moment où celui-ci se mobilise pour faire front contre le terrorisme". Il a également souligné l'"attachement constant" de l'Algérie, qui demeure "fidèle à ses principes de bon voisinage et de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats à "consolider" ses relations de fraternité et de solidarité avec le peuple tunisien. L'Algérie "soutient les efforts (du peuple tunisien) pour faire triompher ses aspirations et ses idéaux", a-t-il ajouté. Mais comme le souligne un fin observateur de la vie politique tunisienne, les forces hostiles à la troïka en place, « ont tendance à reprocher à l'Algérie de ne pas s'ingérer dans les affaires tunisiennes ». « Beaucoup sont dans le souhait délirant que l'Algérie intervienne pour influencer la situation en leur faveur » explique-t-il. Ennahda qui est convaincu que ses adversaires cherchent à utiliser l'Algérie comme une source de nuisance politique a réagi avec vigueur en dénonçant « avec force » les accusations publiées par certains médias faisant état de l'implication de certains "pays frères et amis" (de la Tunisie) dans les actes de violence et d'assassinat qui ont eu lieu en Tunisie.
Ghannouchi : des « accusations gratuites »
Ce sont, selon les propos de Ghannouchi, des «déclarations tendancieuses » et des « accusations gratuites" visent "à nuire aux relations de la Tunisie avec les pays frères et amis". Ennahda a souligné « l'importance extrêmement stratégique" des relations de la Tunisie avec les pays voisins, à leur tête "l'Algérie, la grande s'ur" ainsi que les pays amis, appelant tout le monde "à éviter de jouer avec les intérêts suprêmes" de la Tunisie. Le ministère des affaires étrangères tunisiens a, lui aussi, souligné « l'importance du niveau de la coopération constructive et la coordination sécuritaire continue entre la Tunisie et tous les pays de la région, notamment l'Algérie, et ce compte tenu de l'importance des défis sécuritaires et leurs impacts sur la stabilité de ces pays ». La Tunisie, indique-t-il dans un communiqué, « exclut toute implication de l'Algérie dans les récents événements et dans tout acte menaçant la sécurité et la stabilité de notre pays, d'autant plus que la sécurité dans les deux pays reste extrêmement liée, outre l'unité du destin des deux peuples frères ». Il invite les partis politiques et les composantes de la société civile « à ne pas perturber les relations d'amitié entre la Tunisie et les pays frères et amis, notamment en cette conjoncture délicate que traverse le pays et qui nécessite davantage de rapprochement et de concertation afin de garantir les fondements de la stabilité pour nos peuples». Commentaire de Business News par qui la tempête a été déclenchée : « Notons que le communiqué du ministère adopte la même démarche que celui d'Ennahdha et parfois les mêmes mots ». Cela sonne presque comme une nouvelle accusation !
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