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Les Egyptiens d'Alger: également inquiets, politiquement divisés



Une chose unit les égyptiens d'Alger quand ils parlent de la crise dans leur pays : une grande inquiétude que l'éloignement ne fait qu'accentuer. Politiquement, ils sont partagés entre Pro et anti-Morsi.Le directeur de l'Ecole égyptienne d'Alger, Samih Essayid Ibrahim, ne cache pas sa "crainte" d'une guerre civile « à l'instar du scénario algérien », dont il a vécu la tragédie au même titre que ses voisins, collègues, amis...algériens. Celui qui se considère comme le doyen des Egyptiens d'Algérie pour s'y être établi depuis 44 ans a l'attention "accaparée" par l'impasse dans laquelle se trouve son pays où deux de ses enfants y habitent à El-Mahalla El-Kubra (120 km au nord du Caire), un quartier où les "Frères Musulmans", sont très présents. "A chaque fois qu'une manifestation est annoncée au lieu-dit Maspero au Caire, je m'empresse d'appeler mon fils qui travaille comme journaliste à la revue de la télévision et de la radio égyptiennes", témoigne-t-il tout en précisant s'informer de manière "régulière" de la situation auprès de sa famille en Egypte et à travers les médias et internet.
Pour Samih Essayid Ibrahim, la destitution de Morsi n'est autre qu'un « redressement révolutionnaire » qu'il fallait opérer pour éviter que le pays « ne sombre dans le chaos », cela même s'il dit avoir voté pour lui pour « empêcher » l'arrivée au pouvoir de Ahmed Chafik. Un "vote-sanction" qui a fini par le décevoir ainsi que des milliers de ses compatriotes, assure-t-il, dès lors que le courant islamiste sous la coupe de Morsi a "brillé" par une gestion "dévoyée" des affaires de l'Etat."Au bout de plusieurs décennies d'interdiction, les Frères musulmans « ont émergé subitement et ont tenté de remettre en cause les fondements de notre société et d'y opérer un changement radical", explique Samih. Il tient à souligner cependant que c'est plus "l'entourage" du chef d'Etat déchu qui est à "condamner" pour son "incompétence" que l'ex-Rais. Espérant voir son pays sortir de l'impasse actuelle, Samih est "persuadé" que seules des « compétences intègres » peuvent le faire, dès lors que les islamistes ont prouvé leur propension à l'"agressivité" et à imposer la voie religieuse par la force.
Morsi "a raté" sans chance
Magda M, exerçant à Alger depuis près d'une décennie dans une profession libérale, estime que Morsi a "raté" sa chance en "s'accaparant" les appareils de l'Etat comme le ferait un "dictateur". Préférant l'anonymat, Magda s'inquiète de la conjoncture économique de son pays "secourue de la faillite" par l'aide financière qatarie, "approuve" la décision de l'armée et se dit "convaincue" que les pro- Morsi n'en ont "cure" de la légitimité mais davantage soucieux de leur maintien au pouvoir. A l'image de son concitoyen Samih, elle redoute « au plus fort » une issue à « l'Algérienne », du reste appréhendée par la majorité des Egyptiens. Moins alarmiste que ses concitoyens, Ahmad Ismail qualifie ce qui se déroule en Egypte de "processus ordinaire » étant donné que "l'édification" de tout projet de société est sujet à des "difficultés" et a son "prix" à payer. Comme tous les Egyptiens établis à l'étranger, l'actualité de son pays le "préoccupe" et "l'attriste" grandement même si ses proches résident à El-Ismailiya, une ville moins exposée à la violence que d'autres. Pour ce commerçant, le nombre des sympathisants de Morsi ne saurait atteindre le million de personnes, mais c'est leur "méthode musclée"qui est redoutable. Contrairement à ce qui se dit, l'Egypte n'est pas divisée en deux clans, les pro et anti-Morsi", pense-t-il tout en rejetant le qualificatif de "coup d'Etat" à la décision de l'armée égyptienne d'écarter le président des commandes du pouvoir. Tout en se félicitant de "l'objectivité" de certains médias égyptiens quant au traitement de la crise en cours, Ahmad est "convaincu" que son pays s'en sortira vite et renouera avec la stabilité.
"Une guerre civile serait plus terrible qu'en Algérie"
Hamada Mahmoud est installé à Alger depuis 2001 y a épousé une Algérienne et y tient une boulangerie à Birkhadem. Tous ses proches résident à El-Fayoum (80 km du Caire), l'un des fiefs des "Frères Musulmans" et théâtre d'épisodiques troubles qui ravivent à chaque fois son inquiétude." L'un de ses frères travaille au Caire, un trajet quotidien qui expose celui-ci fréquemment au "danger" et tracasse en permanence ses proches. Vivre ces événements de loin c'est aussi avoir "moins de visibilité" que lorsqu'on est "sur place", déplore Hamada Mahmoud qui à l'instar de Samih, recourt en toute "réserve" aux médias satellitaires pour s'enquérir des développements de la crise en raison du peu de crédit de certains d'entre eux. Diplômé en sciences commerciales et relations internationales, Hamada Mahmoud développe une opinion qui se veut "la plus objective possible" à l'égard de l'actualité prévalant dans son pays et qui le "préoccupe" plus qu'elle ne le "rassure ». Considérant que les choses ont pris une tournure "erronée" depuis la destitution de l'ex-président Morsi, notre interlocuteur estime que la seule issue d'apaisement serait de le faire revenir au pouvoir. "Je ne suis pas un sympathisant des Frères Musulmans, bien au contraire, mais il faut être réaliste si l'on veut éviter que le pays ne sombre dans le chaos. Je crois que ces derniers n'ont pas patienté des décennies pour se voir arracher aussi facilement l'occasion de concrétiser leur projet!", argumente-t-il.Et d'ajouter que si guerre civile il y'aura, elle sera "autrement plus terrible » que ce qu'ont connu les Algériens en raison des particularités de la société égyptienne, à savoir le nombre plus élevé d'habitants et la diversité confessionnelle.
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