Le secteur des assurances fait face à des
exigences légales d'augmentation de capital qui posent problème. Tahar Bala,
PDG de l'Algérienne des Assurances (2A),
nous l'explique dans cet entretien qui aborde également la stratégie de
l'entreprise.
Où en est l'Algérienne des Assurances
(2A) avec l'augmentation de capital exigée par les pouvoirs publics ?
Nous avons démarré en 1998 avec un
capital de 500 millions de dinars. C'est ce qui était exigé à l'époque. Les
actionnaires de la 2A sont le Groupe Arcofina Sarl, Dahli Spa, Ofarco Spa et
Pharmagen Spa. En 2007, nous avons doublé notre capital pour passer à
1.014.955.000 DA. C'est vous dire que nous y avons pensé avant même la
publication du décret. Les entreprises actionnaires ont le souci d'augmenter le
capital de la 2A. C'est non seulement nécessaire, mais en plus cela rassure les
tiers, en particulier les partenaires. Il y a également la certification qui
donne également une certaine idée du niveau de professionnalisme de la société
d'assurance et de son comportement vis-à- vis de ses assurés en cas d'accident,
et surtout vis-à-vis de la souscription. Car il faut bien connaître son risque
avant de l'assumer. La 2A est la seule compagnie, privée ou publique, qui est
certifiée (ISO 9001 version 2000) depuis 2004.
La hausse de capital exigée par l'Etat
vous semble donc faisable, et facile ?
Le décret en question introduit deux
contraintes assez difficiles pour les entreprises, du moins privées. L'une
concerne le délai qui est d'un an environ. L'autre est de porter le capital à 2
milliards de dinars (MDA) pour l'assurance dommages, et filialiser l'assurance-vie
qui doit être dotée d'un capital de 1 MDA. Le décret instaure la séparation de
l'assurance dommages et l'assurance des personnes. Cela fait donc en tout 3 MDA
pour les deux activités. Il nous est donc demandé, je parle pour la 2A,
d'injecter 2 MDA en l'espace d'une année. Le montant à ajouter doit aussi être
libéré immédiatement et en numéraire. Pour d'autres compagnies, qui n'ont que
500 millions DA de capital, il faut qu'elles trouvent 2,5 MDA.
Allez-vous devoir augmenter le montant de
vos primes pour garder l'assurance-vie ?
Non. Augmenter les primes n'est pas une
bonne idée. En augmentant les primes, vous perdez une partie de votre
clientèle. Et en Algérie, l'assurance-vie n'est déjà pas développée, et elle ne
le sera pas avant une décennie au moins. Elle ne représente, selon un récent
bilan du secteur, que 8% du total des assurances. Répartis sur les sociétés,
publiques et privées, vous trouverez rarement un chiffre d'affaires (CA) d'un
milliard de dinars. Les gestionnaires se posent la question suivante : est-ce
que l'assurance-vie est rentable, pour mériter qu'on y mette 1 MDA ?
Vous trouvez que c'est rentable ?
Non, pas du tout. C'est loin d'être le
cas. Je peux vous dire que parmi les compagnies privées, aucune ne dépasse un
CA de 300 millions DA dans l'assurance-vie. Nous sommes donc appelés à mettre 1
MDA pour gérer 300 millions DA.
Donc pas de filialisation pour la 2A.
A priori non. Nous essayons de trouver
des solutions, mais cela me semble très difficile en si peu de temps.
Les pouvoirs publics ont peut-être le
souci de couverture des assurances ?
Dans le domaine des assurances, ce n'est
pas tant le capital des sociétés qui permet à l'assureur d'assumer
l'indemnisation de ses clients en cas de sinistres. Or, dans ce métier, nul
assureur ne peut continuer à exercer s'il n'y avait pas la réassurance. Devant
l'ampleur des risques, l'assureur est obligé de solliciter un réassureur
national ou étranger. Nous avons pris de gros sinistres, en l'espace de moins
d'un an, et nous avons pu indemniser dans les délais. Un incendie à Bordj
Bou-Arreridj nous a coûté, il y a 4 ans, environ 200 millions DA que nous avons
remboursé en six mois. Un autre à Annaba, nous a coûté près de 400 millions DA.
Tous ces sinistres ont été remboursés grâce à la réassurance, et non pas grâce
au capital.
Quelle est votre part de marché ?
En 2008, notre part de marché était de
4%, soit la 2e place parmi les compagnies privées, selon les chiffres du
ministère des Finances. Pour 2009, nos chiffres font état d'une évolution de
24% par rapport à 2008, soit un CA de 2,7 MDA.
De quoi est composé votre portefeuille ?
Notre portefeuille est constitué à 70% de
PME. Nous avons quelque grosses entreprises, mais pas autant que les PME dont
le nombre dépasse 1.000. C'est grâce à elles que l'assureur peut bien se
porter.
La branche automobile est-elle
déficitaire ?
L'automobile représente environ 32% de
notre marché, contre plus de 60% chez d'autres assureurs. Au lancement de la
compagnie, cette branche était déficitaire, car elle était de loin la première
en termes de CA. Mais depuis quelques années, c'est la branche risques
industriels qui est passée à la première place avec presque 50% du CA, et 12%
pour l'assurance des personnes. Le reste est réparti entre le transport et les
risques agricoles. L'automobile n'est plus déficitaire, parce que nous essayons
sensibiliser le client à prendre en même temps une assurance CATNAT
(catastrophe naturelle, ndlr) ou une assurance habitation, par exemple. Nous le
faisons aussi pour les industriels qui ont des patrimoines, et qui viennent
assurer leur parc automobile. Et je vous avoue que ça marche. Il faut juste
connaître son produit et savoir le vanter.
Où en est votre réseau d'agences ?
Nous avons démarré avec 3 délégations
régionales (Alger, Annaba, Tlemcen), 31 agences directes, et 19 agents
généraux, soit un total de 53 agences. En 2009, nous sommes passés à 119
agences dont 7 délégations régionales (Tlemcen, Oran, Ghardaïa, Annaba, Sétif
et 2 à Alger). En matière d'effectifs, nous sommes passés de 123 employés en
2000 à 306 en 2009. Pour ce qui est des biens immobiliers, à l'exception du
siège social et des deux délégations d'Alger, les locaux qui abritent les
autres délégations régionales sont propriété de 2A. Nous avons acquis un autre
immeuble à Bejaïa que nous allons bientôt inaugurer pour y créer une nouvelle
délégation.
Vous avez déclaré récemment que la 2A a
réalisé 48% du CA prévisionnel 2010 au premier trimestre. Qu'est-ce que vous
allez faire le reste de l'année ?
C'est une stratégie. Il y a des périodes
où l'assureur doit être agressif en prévision des périodes creuses. Nous avons
observé que c'est le premier semestre qui est le plus porteur. C'est là où
l'activité économique est dans sa courbe ascendante, dans notre secteur du
moins. Lorsque nous avions établi notre plan prévisionnel pour 2010, nous avons
inscrit de réaliser 65% de notre CA durant le premier semestre. Au 2e trimestre
nous devons atteindre au minimum cet objectif.
Vous n'avez pas été touchés par les difficultés
rencontrées par certains de vos réassureurs comme l'américain AIG durant les
pires moments de la crise financière ?
Nous avons eu un gros sinistre en 2008,
celui d'ArcelorMittal, qui nous a coûté près de 400 millions DA, que nous avons
payé dans l'année, et c'était AIG qui était dessus. AIG reste le plus grand
assureur au monde.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdelkader Zahar
Source : www.lequotidien-oran.com