Le savoir-faire n'est pas uniquement
technologique. L'entreprise algérienne a encore beaucoup à apprendre en matière
d'efficacité dans la gestion de l'ensemble de la chaîne de production.
La Supply Chain (SC), un concept qui a
fait son entrée depuis plus de 15 ans en Europe.
Il en est à ses premiers pas en Algérie.
Sa vocation est d'amener les entreprises à acquérir l'organisation nécessaire
pour atteindre l'efficacité voulue. Trois responsables du cabinet d'audit et de
conseil d'Ernst & Young, Thi-Tu-Khuong (Tuk) LE, Eric Salviac et Phetsamone
Rasphone, respectivement Supply Chain Manager à la division Advisory
du cabinet, Directeur exécutif Supply
Chain, et E&Y Advisory Algérie, nous en parlent.
Qu'est-ce que la Supply Chain ?
Tuk LE : La «Supply Chain» (SC) c'est la
chaîne de valeur qui permet de fournir le produit en correspondance aux besoins
du client. C'est l'ensemble des étapes qu'une entreprise doit assurer pour
pouvoir livrer le bon produit, au bon moment, en bonne quantité et au meilleur
rapport qualité prix.
Un concept à tout moment, quels que
soient le pays et l'environnement ?
Tuk LE : Ce concept est applicable dès
lors qu'on doit satisfaire un client. N'importe quelle industrie algérienne
fait face aux mêmes défis de la gestion : des stocks (problématique de
trésorerie), de l'importation (avec des problèmes d'achat et
d'approvisionnement), de la production, de la livraison (optimiser le
transport). Les métiers de la SC sont orientés industrie.
S'agit-il de solutions toutes faites ou
d'une méthodologie adaptable selon le client ?
Tuk LE : Nous avons des bases, des
méthodologies, et des approches qui s'appliquent en fonction de nos clients. On
ne traite pas de la même façon un client du secteur agroalimentaire et un autre
qui fait de la grande distribution, de l'automobile, de la métallurgie… Chacun
a ses problématiques, ses enjeux et ses contraintes. Dans l'agroalimentaire,
par exemple, il y a des contraintes fortes de délai de péremption. Ce n'est pas
le cas du secteur automobile qui a d'autres soucis comme la gestion des pièces
de rechange, lequel problème ne se pose pas pour le secteur de la pharmacie où
il est plutôt question de traçabilité par rapport à des lots de médicaments. Il
y a des problématiques transversales, comme les achats et la gestion des
stocks, mais par secteurs, il y a des problématiques supplémentaires qui se
révèlent. Et, effectivement, l'Algérie est un pays qui a ses propres
contraintes comme les surestaries, la problématique des lettres de crédit et
autres.
Dans la SC il s'agit aussi de «redéfinir
les rôles et les responsabilités» au sein de l'entreprise. Vous intervenez
aussi dans la structure d'une entreprise ?
Tuk LE : Notre métier de base c'est de
redéfinir les organisations. De quoi s'agit-il ? Demain, vous avez la stratégie
d'implémenter un nouveau produit dans une nouvelle zone géographique. Il y a
plusieurs démarches possibles : implanter une nouvelle usine, ou créer plutôt
un magasin, et comment assurer tout le réseau de distribution… etc. C'est un
projet qui est avant tout organisationnel.
Eric Salviac : L'entreprise n'a pas à se
dire que «c'est trop compliqué» et penser qu'elle ne peut pas y arriver. On
fait de la mise en place très opérationnelle de démarches concrètes qu'on a pu
instaurer dans d'autres entreprises. Notre souci permanent, c'est de transférer
le savoir-faire et les bonnes méthodes aux personnes de l'entreprise, pour
qu'elles deviennent autonomes et augmentent leurs compétences pour l'avenir.
La mise en place d'une SC nécessite un
minimum de transparence de la part des entreprises. Pensez-vous pouvoir obtenir
toutes les informations nécessaires de la part des entreprises, en particulier
familiales, qui hésiteront peut-être à tout divulguer ?
Eric Salviac : Divulguer à l'extérieur,
non ! C'est le cas de toutes les entreprises qu'elles soient algériennes ou
autres. Notre cabinet est soumis à des règles de confidentialité et de non
diffusion de l'information. Ce que l'on fait avec une entreprise reste
complètement confidentiel, on s'engage à ce qu'aucune information ne soit
divulguée à l'extérieur. Comme nous sommes appelés à travailler en coopération
avec l'entreprise, il est évidemment nécessaire que nous ayons accès à un
certain nombre d'informations de l'entreprise pour pouvoir l'aider et faire
avec elle un projet réussi.
Tuk LE : Lorsqu'on travaille pour deux
concurrents on s'interdit de transmettre leur savoir-faire. La seule chose que
l'on transmet aux deux entreprises, c'est notre savoir-faire, notre
méthodologie, notre façon de mener leurs projets respectifs. Par rapport aux
entreprises familiales, nous demandons des prérequis : la disponibilité des
équipes et les informations. S'il s'agit d'informations vraiment
confidentielles, nous leur transmettons le socle et à eux d'y injecter les
données et de les remettre à l'équipe informatique qui est de la même
entreprise. Le métier de la Supply Chain en Algérie est relativement nouveau.
Notre objectif est de sensibiliser les entreprises, notamment industrielles, à
cette problématique, pour qu'elles soient plus performantes, surtout si elles
veulent se lancer des partenariats avec des sociétés étrangères.
Vous organisez le 6 mai prochain, en
partenariat avec le FCE, une rencontre sur la «Performance de l'entreprise»
consacrée à la Supply Chain. Quels sont vos objectifs ?
Eric Salviac : La première motivation qui
nous pousse à monter cette manifestation, c'est qu'Ernst & Young a beaucoup
de demandes sur le sujet de la Supply Chain. Il y a une vraie appétence
d'entreprises algériennes qui expriment le besoin de passer à des stades
d'organisation plus évolués, et d'intégrer de nouvelles méthodes pour êtres
plus efficaces.
Le cabinet Ernst & Young est présent
depuis longtemps en Algérie. Comment évaluez vous cette présence ?
Phetsamone Rasphone : Ernst & Young
est présent en Algérie depuis une vingtaine d'années. Nous travaillons avec un
certain nombre de grandes entreprises. On s'est implanté physiquement, il y a
quatre ans, car le marché algérien devient attractif en matière de conseil. Des
entreprises privées sont prêtes pour ce genre de prestations. On a besoin
d'avoir des équipes locales composées de jeunes algériens formés à nos métiers,
pour pouvoir communiquer notre expérience et notre savoir aux entreprises
algériennes.
Vous les trouvez facilement les
compétences algériennes ?
Phetsamone Rasphone : Le bureau d'Alger
compte une cinquantaine de collaborateurs, dont 48 algériens, et l'on compte en
recruter une bonne vingtaine l'année prochaine pour l'ensemble de nos métiers,
y compris ceux de la Supply Chain. Les profils qui nous intéressent pour la SC
sont plutôt des ingénieurs sortant des meilleures universités et écoles
algériennes, en particulier l'Ecole Polytechnique, dont on espère qu'elle sera
un vivier pour nos consultants de demain.
Tuk LE : L'objectif est de former des
consultants qui au bout de deux ou trois ans seront suffisamment matures pour
assurer eux-mêmes les missions, et aptes à assurer la formation des plus jeunes
et ainsi de suite.
Des success stories ?
Tuk LE : Sans citer des noms, nous
travaillons aujourd'hui pour une entreprise privée leader, qui se positionne
sur différents secteurs (agroalimentaire, distribution,…), que nous aidons à
rationnaliser l'ensemble de la chaîne (achat, approvisionnement, gestion des
stocks, production, distribution, la gestion du service après vente, toute la
planification transversale des activités, ainsi que la partie comptabilité et
finances). On accompagne le client sur des problématiques de réorganisation, de
redéfinition des processus, avec les rôles et les responsabilités. On les
assiste à mettre en place un système d'information y compris l'outil de
planification. C'est un grand projet. Il peut y en avoir d'autres où l'on ne
prend que la partie gestion de la maintenance et des pièces de rechange,
d'autres où l'on fait que du procurment (achat/approvisionnement).
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdelkader Zahar
Source : www.lequotidien-oran.com