Une dictature héréditaire
Durant son « règne », le président Hafedh Al Assad avait assuré à son peuple une stabilité politique rare, dans un pays à l?histoire tumultueuse et jalonnée de coups d?Etat. Mais cette stabilité avait été obtenue au prix fort. Le dictateur n?avait jamais hésité à recourir aux moyens les plus répressifs pour se maintenir au pouvoir. S?appuyant sur des services secrets structurés et puissants, il avait réussi à écraser toute velléité d?opposition en utilisant les moyens nécessaires : assassinats d?opposants politiques, comme le leader druze libanais Kamal Joumblatt, incarcérations sans jugement, sans doute inspirées par les méthodes de ses ex-alliés soviétiques, écrasements sanglants de rébellion... Juillet 2000 : Bachar Al Assad succède à son père, décédé en juin, et annonce une libéralisation du régime. Pourtant, « le printemps de Damas » ne verra pas le jour. En 2003, la guerre en Irak a démontré que l?information reste entièrement contrôlée par les autorités : journalistes étrangers surveillés, Internet censuré, télévisions privées interdites et les radios non étatiques ne peuvent diffuser que des programmes musicaux et de divertissement. Le véritable pouvoir est toujours entre les mains de services de sécurité, officiels et occultes. Quant aux réformes politiques et économiques promises, elles n?ont toujours pas vu le jour. La Syrie est aujourd?hui un pays fortement centralisé et replié sur lui-même. 60% des Syriens vivent en dessous du seuil de pauvreté, alors qu?une infime minorité, organiquement liée au pouvoir, mène un train de vie scandaleux, pillant les richesses nationales et dissimulant près de cent milliards de dollars dans des banques étrangères. Les arrestations, depuis l?été 2001, d?opposants politiques empêchent pour l?instant tout espoir d?évolution de la situation des droits de l?homme en Syrie. La Syrie au centre de l?attention internationale Mais le point le plus accablant concerne les Kurdes. Bien qu?ils ne représentent pas plus du dixième de la population syrienne, ils n?ont pas le droit de suivre un enseignement dans leur propre langue. Aussi, la loi syrienne interdit toute publication en kurde et toute diffusion de musique kurde. Dans certaines institutions de l?Etat, il est même interdit de s?exprimer en kurde. Plus de 20 0000 Kurdes de Syrie ne peuvent acquérir la nationalité syrienne ni, par conséquent, se procurer un passeport. Ces apatrides se voient également privés de certains droits économiques et sociaux fondamentaux : ils ne sont pas autorisés à devenir propriétaires de leur logement, à posséder des terres ou à avoir une entreprise, ni à exercer les professions d?avocat, de journaliste, d?ingénieur ou de médecin. Lorsque des affrontements ont éclaté entre supporters rivaux arabes et kurdes lors d?un match de football en mars 2004 à El Qamishli, dans le nord-est de la Syrie, les forces de sécurité auraient tiré à balles réelles sur les spectateurs kurdes. Plusieurs personnes ont été tuées. Plus de 30 Kurdes ont perdu la vie de même qu?un policier. On ignore le nombre exact de morts et de blessés, étant donné que les autorités n?ont mené aucune enquête sur ce qui s?est passé dans le stade ou lors de la procession funéraire ni sur les manifestations ultérieures. A la suite de ces événements, plus de 2000 Kurdes ont été arrêtés. La plupart ont été placés au secret dans des lieux inconnus et de nombreuses informations ont indiqué que des détenus (y compris des enfants âgés de douze ans à peine, des adolescentes, des femmes et des personnes âgées) avaient subi des actes de torture et d?autres types de mauvais traitements. D?après Amnesty International, ces allégations n?ont donné lieu à aucune investigation. Au printemps 2003, la Syrie est portée au centre de l?attention internationale. L?Administration américaine la qualifie d?« Etat voyou ». Les raisons : accueil potentiel de responsables irakiens sur le sol syrien durant la guerre anglo-américaine contre l?Irak, en mars-avril 2003, mise au point d?armes chimiques et soutien à des groupes supposés « terroristes ». Ces reproches faisaient suite au refus de la guerre par la Syrie, position qu?elle avait maintenue depuis le début des tensions américano-irakiennes. Avec l?effondrement du régime irakien, la position de la Syrie semblait donc fragilisée par l?accroissement prévisible des pressions américaines. Ces dernières se sont, en effet, intensifiées depuis quelques mois concernant le retrait des troupes syriennes du Liban. Plus encore depuis l?assassinat, le 14 février dernier, de l?ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Bachar Al Assad a donc cédé à la pression et a annoncé son engagement pour le retrait progressif de son armée, avant les élections législatives prévues en mai dans le pays. Cet engagement a été réaffirmé lors d?une discussion avec le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, en marge du 17e sommet de la Ligue arabe à Alger. Ce dernier a précisé que Assad lui avait promis qu?un calendrier de retrait des troupes et agents de renseignements serait prêt à être présenté à un envoyé de l?ONU à Damas, la première semaine d?avril.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Zineb Merzouk
Source : www.elwatan.com