Jérôme Kerviel, 31 ans, va, comme son célèbre confrère Nick Leeson qui a fait tomber la banque Barings, entrer dans l'histoire bancaire. Le jeune homme a déjoué tous les dispositifs de sécurité pour se livrer à des opérations hasardeuses qui coûtent à Société Générale une bagatelle de près de 5 milliards d'euros. La banque s'en tire presque à bon compte puisque les opérations auraient porté sans que nul ne s'en rende compte au sein de la hiérarchie sur la somme faramineuse de 50 milliards d'euros. Presque les revenus pétroliers de l'Algérie en 2007 ! Suivant l'explication officielle, le jeune trader s'est montré particulièrement brillant pour déjouer le système de sécurité pendant douze mois, mais il l'a été nettement moins dans sa stratégie de placements. Ce serait à la faveur d'un contrôle de routine que l'affaire a été découverte et l'on a tenu l'affaire secrète le temps de revendre les produits achetés par le courtier. A Paris, certains considèrent que cette version officielle est quelque peu fumeuse. «On a du mal à croire qu'un individu soit capable d'engager à lui seul 50 milliards d'euros pour en perdre cinq sans aucune réaction de sa hiérarchie ou des autorités du marché», nous a expliqué un connaisseur du marché financier. Il constate aussi que dans la foulée, le fait que la banque ait perdu 2 milliards d'euros à cause des subprimes passe presque inaperçu. En tout cas, le choc causé au monde bancaire est plus violent que celui qui a été provoqué par le notoire Nick Leeson, fossoyeur de la banque Barings. Mais Société Générale n'est pas dans la même situation que la banque britannique et pourra probablement surmonter cette crise au prix d'une réduction sévère de ses bénéfices. Au prix aussi d'une atteinte grave à l'image d'excellence que cet établissement cultive, parfois avec une certaine arrogance, depuis des années. Au-delà, cette coûteuse péripétie survient dans un contexte de crise financière mondiale provoquée par les engagements irresponsables des plus grands établissements financiers, y compris Société Générale, sur le marché hautement spéculatif des crédits hypothécaires aux Etats-Unis. Cette fraude et cette crise ont ceci de commun qu'elles révèlent la fragilité des modes de contrôle interne des banques mais aussi, et surtout, des appareils de régulation des pays concernés. Hors de question d'évoquer l'absence de structure internationale de surveillance, cela est un objectif contraire au dogme économique dominant. Pour Société Générale qui mettait en avant la qualité de ses instances de contrôle interne aux normes extrêmement rigoureuses, le réveil est difficile. Les systèmes informatiques très sophistiqués, l'adhésion aux règles prudentielles Bâle II sur la prévention des risques, notamment opérationnels et de fraude, ne peuvent visiblement pas empêcher de pareilles dérives. Mais ce qui arrive à la banque du quartier de la Défense à Paris est susceptible d'affecter sous diverses formes toutes les banques de la planète.
La mondialisation et le vieux ressort de l'avidité
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M Saâdoune
Source : www.lequotidien-oran.com