Les discussions prévues à Ouagadougou entre les émissaires de Bamako et les représentants des deux mouvements rebelles targuis auront peut-être lieu jeudi, mais il ne faut faire preuve d'aucun optimisme. Chacune des parties se rend dans la capitale burkinabé afin de donner le change et uniquement pour cela. On ne décèle aucune volonté sérieuse à Bamako de traiter réellement avec les rebelles touaregs, les plus disposés des politiciens maliens laissent entendre que les discussions n'auront lieu «qu'après» la reconquête du Nord et donc l'intervention militaire. D'ailleurs même le retour à la légalité constitutionnelle - et donc la tenue des élections présidentielles - n'est pas voulu. Ce n'est pas une «priorité», disent ces politiciens.
On devine clairement pourquoi : tant que le rétablissement de l'ordre constitutionnel n'est pas fait, le capitaine Sanogo continuera à se prévaloir du pouvoir qu'il a pris à la suite d'un coup d'Etat. En face, chez les Touaregs, l'ambiguïté est aussi de mise. L'annonce à Alger de la conclusion d'un «partenariat» entre le MNLA et Ançar Eddine a été suivie de déclarations qui en minimisent la portée, voire la remettent en cause. Les islamistes d'Ançar Eddine ont choisi de surenchérir en exigeant l'application de la Charia et, du coup, le MNLA, devenu la dernière roue du carrosse au Nord-Mali, réagit en «laïc» et rejette toute idée d'application de la Charia. Surenchères normales précédant des discussions qui de toute façon seront ardues et difficiles ' En réalité, on est davantage dans des man'uvres destinées à rendre, par avance, ces discussions impossibles.
Il faut bien entendu prendre en compte la part, importante, de méfiance et de haines accumulées sur plusieurs décennies. Mais il faut aussi prendre en considération les jeux des puissances extérieures qui ont réussi, au moins formellement, à obtenir l'aval du Conseil de sécurité à une intervention militaire. Ce n'est que cette option qui est préparée même si la résolution du Conseil de sécurité a insisté sur le retour à la légalité constitutionnelle au Mali et sur un dialogue sérieux entre Bamako et les rebelles à la condition que ces derniers marquent leurs distances clairement à l'égard des groupes djihadistes. La tendance est plutôt à créer des difficultés insurmontables pour démontrer ensuite que le processus politique a des problèmes de faisabilité et que les négociations sont impossibles tant que les choses n'ont pas été tranchées militairement.
Les Etats-Unis, pour peu que cela ne les oblige pas à mettre la main à la poche et à envoyer des troupes, ne s'opposeront pas à l'intervention militaire. Ils laissent à Paris, qui désire cette intervention, le soin d'en trouver les financements en Europe et, très probablement, de gérer les aspects opérationnels derrière le paravent de la Cédéao. On peut dire, désormais, que le train de la guerre est en route. Il reste aux pays voisins de devoir gérer l'afflux de nouveaux réfugiés inquiets par la perspective de la guerre. Il reste aussi à gérer les implications de cette intervention. Une ONG a cité qu'au Sud on dresse déjà des «listes» de gens à liquider une fois réalisée la «reconquête». La guerre risque de prendre un tour ethno-racial scabreux qui ne laissera pas indifférentes les populations disséminées sur plusieurs pays.
Une intervention militaire soutenue par la France pourrait reprendre les villes du Nord, mais elle ne reprendra pas le Nord. Et les groupes armés mis dans un «même sac» pourraient aller chercher des sanctuaires dans d'autres pays. Non seulement le nord du Mali ne risque pas de retrouver sa stabilité, mais des pays en situation fragile, comme la Libye, pourraient en subir les contrecoups. L'Algérie paraît moins vulnérable que le voisin libyen mais cela ne veut pas dire que la situation sera sans menace pour elle. Elle doit clairement envisager cette situation en maintenant son refus d'être entraînée dans une guerre où les politiciens de Bamako cherchent à résoudre un problème national grave par une guerre contre la population du nord du Mali.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Saadoune
Source : www.lequotidien-oran.com