Alger - Revue de Presse

Savoir, compétences et capital humain : les piliers de l'innovation et du développement



Depuis toujours, le savoir constitue un élément fondamental dans les processus d'innovation et de croissance économique, et dans l'amélioration de l'efficacité de la concrétisation des politiques sectorielles. Il semble que les processus d'apprentissage organisationnels soient, de plus en plus, pertinents dans la plupart des processus d'innovation et de production, ceux-ci devenant, de plus en plus, complexes. Il est nécessaire de relever la différence qui est établie entre le savoir codifiable, d'un côté et le savoir tacite de l'autre. Le premier type de savoir peut être codé et facilement mesuré et diffusé (par exemple les publications scientifiques). Le deuxième type de savoir, qui désigne les antécédents, l'expérience, la motivation et le comportement des particuliers, s'intègre, selon Ulrich Kaiser, dans les compétences et les processus routiniers des particuliers et des organismes (1). Mais pour Manfred Fisher, le savoir tacite, qui est le type de savoir le plus répandu, se caractérise par une mobilité réduite et propre aux localités (2). Bien que la notion qualitative du facteur travail soit ancienne, le développement du concept de capital humain dans l'analyse politico-économique date de plusieurs décennies. Selon Gary Becker, il est clair que face à la stabilisation du capital physique, se produit une accumulation de capital «immatériel» (3). C'est ainsi qu'est considéré le concept de capital humain. Selon la théorie du capital humain, les individus décident de leur éducation, de leur formation et de toutes les améliorations en termes de connaissances en comparant les coûts que cela engage et les bénéfices que cela peut apporter. Le savoir-faire de la force de travail est ainsi considéré comme du capital car il répond à une propriété de ce dernier, à savoir qu'on peut augmenter la quantité de capital humain en faisant des investissements, notamment en formation et en éducation. Au niveau individuel, le capital humain est assimilé à un stock d'avoirs permettant d'obtenir un revenu, ce dernier pouvant être plus élevé avec l'augmentation des avoirs personnels. Dans ce sens, Sébastien Chantelot considère que la notion de capital humain est alors utilisée pour désigner l'ensemble des compétences d'un groupe d'individus (4). Dans ce contexte, l'éducation est donc un investissement en capital humain et constitue l'influence principale du capital humain sur l'économie. En effet, l'individu qui choisit de faire des études, renonce en même temps aux salaires qu'il aurait touchés en travaillant. Cela constitue un coût qui s'ajoute aux coûts directs entraînés par les études. Concrètement, l'individu, en se formant, a pour objectif d'obtenir un poste plus valorisant et mieux rémunéré. Sa formation est ainsi assimilée à du capital dont il pourra profiter sur le marché du travail. En outre, si la formation augmente la productivité de l'individu, elle occasionne aussi des gains sociaux supérieurs aux gains privés, ce qui signifie que l'Etat et les employeurs peuvent avoir un intérêt à participer au financement du système éducatif. L'éducation est, en effet, considérée comme un facteur de production supplémentaire, son accumulation permettant aussi d'accroître la production. Mincer (1984) considère aussi le capital humain comme un facteur de production complémentaire au capital physique, il écrit: «Only widespread educational growth, especially at basic levels of literacy and numeracy, can lead from island of modernity to a complete transformation of the economy» (5). Il appréhende ainsi le capital humain comme une condition nécessaire à l'adoption des nouvelles technologies. Auparavant, Nelson et Phelps (1966), avaient déjà suggéré que les technologies les plus performantes étaient adoptées et mises en application plus facilement par les économies possédant les stocks les plus importants en capital humain (6). En effet, le capital humain, un concept large et complexe qui inclut les attributs de la scolarisation et de la formation, renvoie aussi à la notion de «compétences». Il est généralement admis que le capital humain influe grandement sur le processus d'innovation quand ce capital humain (bardé de compétences) est motivé par des rémunérations adéquates et des conditions de vie appropriées. Il faut donc tenir compte de l'interaction qui existe entre les compétences, l'innovation et la croissance ou tout simplement le développement en tenant compte des dimensions spatiale et sociale. Il en ressort, principalement, que les incitatifs aux comportements des agents économiques dépendent beaucoup de l'espace et du volet socio-économique, et influencent les individus sur les investissements en capital humain, par conséquent sur les rendements de l'innovation et enfin sur les perspectives de croissance et de développement. Enfin, toutes les nouvelles théories de la croissance revalorisent le rôle des politiques gouvernementales dans la réduction des différentes inégalités..., notamment dans ce domaine. Elles soulignent le fait que l'investissement, notamment en capital humain, est producteur d'externalités positives sur les possibilités de production. L'Etat a alors un rôle à jouer pour contribuer à une meilleure allocation des ressources. Dans ce sens, la théorie de la «classe créative» (Florida, 2003) apporte une information précieuse pour l'examen du développement... plutôt que de tenir compte de ce que le capital humain est capable de faire, avec les niveaux d'éducation, il est préférable d'intégrer ce qu'il fait vraiment. Au total, il apparaît que la question de l'importance de l'influence du capital humain sur la croissance économique et le développement en général en Algérie n'a pas trouvé de véritable consensus. Si l'on veut donner des exemples dans ce sens, on peut citer l'hémorragie des compétences des pilotes de la compagnie nationale qui, pour beaucoup d'entre eux souhaitent intégrer des compagnies aériennes d'autres pays, en particulier du Golfe, qui les reconnaissent à leur juste compétence. Dans la même idée, on se doit de mentionner aussi les spécialistes du secteur de la santé qui fuient le secteur public pour s'installer dans le privé. Enfin, nous ne pouvons pas ne pas parler des enseignants universitaires (maîtres de conférences et professeurs), qui sont les mieux à même de transmettre les connaissances et les compétences et qui, faute de reconnaissance professionnelle, profitent de la moindre occasion pour fuir vers d'autres contrées qui peuvent leur offrir ce qu'ils méritent. L'Algérie doit donc s'intéresser davantage à cette interaction entre les compétences et le développement car quand on investit dans les compétences, il doit sûrement y avoir des contreparties, ce que nous constatons dans les pays développés. Force est de constater que la mise en évidence des spécificités des pays, quant à leurs capacités d'attraction du capital humain, pourrait servir de base à l'élaboration de politiques publiques adaptées dans notre pays pour qu'il puisse, lui aussi, offrir des motivations à ses compétences pour qu'elles restent dans le pays, et pourquoi pas attirer d'autres compétences. *Docteur en sciences politiques (politologue)
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)