«L’histoire continue à s’interposer entre nous»
A la veille de son arrivée à Alger pour une visite d’Etat de trois jours, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a livré à l’agence APS une interview-programme de ce qui sera probablement débattu lors de son séjour algérien.
M. Sarkozy comme pour clore définitivement la polémique qui a précédé son voyage, assène à ses détracteurs ici et là-bas, un «j’aime l’Algérie» qui en dit long sur ses arrière-pensées. Pour le président français, l’Algérie est «un pays-clé pour la France, en termes humains et culturels, en termes économiques et énergétiques, en termes enfin de sécurité et de paix autour du bassin méditerranéen». Inévitablement, le volet mémoire qui ne cesse de torturer les relations entre les deux pays est inévitable. Sarkozy, dans une sorte de gymnastique, tente de ne fâcher personne aussi bien en Algérie qu’en France. «Je pense que nous devons nous tourner d’abord vers l’avenir, car les nouvelles générations, qui forment dans votre pays la grande majorité de la population, ne vont pas attendre que les adultes aient fini de régler les problèmes du passé. Ces jeunes sont une priorité pour le président Bouteflika et ils le sont aussi pour moi». Un peu plus loin, il avouera tout de même que «l’histoire continue à s’interposer entre nous».
«Il ne faut pas l’ignorer mais l’assumer. Cela demandera encore un peu de temps de part et d’autre, car il y a des blessures, des deux côtés, qui ne sont pas refermées. Mais on peut progresser et je suis sûr que, pas à pas, nous pourrons rapprocher notre lecture de l’histoire et réconcilier nos mémoires.
Les médias, la télévision, ont déjà fait beaucoup pour cela. Chacun doit faire sa part». Comme gage de sa détermination et de bonne foi, il rappellera le geste qu’il a eu juste après son élection. «J’ai demandé que l’on remette à l’Algérie les plans de pose de mines. Je me suis même étonné qu’on ne l’ait pas fait plus tôt et je suis prêt à voir si l’on peut aller plus loin dans ce domaine. Il y a d’autres dossiers de mémoire sur lesquels il sera possible de progresser, comme celui des archives, et on y arrivera, dès lors que ce travail sera confié à des experts, dans un esprit de recherche de la vérité, en évitant, de part et d’autre, toute approche idéologique ou toute instrumentalisation politique, comme cela est, malheureusement, encore parfois le cas».
Sarkozy propose, pour dépasser ces dossiers qui passionnent, des visions de partenariat. L’une des plus importantes à ses yeux est le domaine de la formation. C’est le sens qu’il donne à «la Convention de coopération qui sera signée à l’occasion de cette visite. Au-delà de ce texte ambitieux, nous voulons poursuivre les coopérations concrètes dans le domaine de la formation».
Un autre sujet, celui de l’investissement, sur lequel il sait qu’Alger attend de sa part des signes évidents, Sarkozy tente de rassurer les Algériens surtout après l’épisode de l’usine Renault implantée au Maroc et vécu comme une méprise infligée au pays par le constructeur automobile français qui écoule un nombre très important de ses véhicules en Algérie. Ainsi, pour le chef de l’Etat français, «il ne faut pas mépriser le commerce car le commerce, ce sont des emplois dans les deux pays, mais aussi des transferts de technologie. Nos échanges sont équilibrés et c’est une bonne chose. Nous sommes prêts à aider l’Algérie à diversifier son industrie et donc ses exportations. La question des investissements est également fondamentale: la France est devenue le premier investisseur hors-hydrocarbures en Algérie et elle pourrait même devenir très bientôt le premier tous secteurs confondus, grâce aux projets de nos grandes compagnies». Sur ce plan-là, Sarkozy apporte des réponses concrètes à savoir que «Gaz de France va investir un milliard de dollars dans le gisement de Touat et TOTAL un milliard et demi de dollars à Arzew. Des investissements industriels devraient aussi être confirmés à l’occasion de ma visite, comme par exemple une usine de montage de tramways et une autre de montage de véhicules de lutte contre l’incendie. Nous allons également lancer un programme de «compagnonnage» entre PME françaises et algériennes, pour leur permettre d’investir ou d’exporter ensemble».
Mais voilà le président Sarkozy pose également le fameux problème du «climat des affaires» cher aux patrons français. Pour lui, «les investissements ne se décrètent pas et, en dépit de tous les efforts qui ont déjà été faits du côté algérien et des réformes qui ont été engagées, il y a encore beaucoup à faire pour lever certains obstacles et attirer les entreprises françaises». D’ailleurs, selon lui, les patrons qui l’accompagnent ont préparé un «Livre blanc» qui traite très exactement de cette question, qui est essentielle pour le développement des investissements en Algérie. «Un des points essentiels pour attirer les investisseurs étrangers est de disposer d’un secteur bancaire performant et nos entreprises espèrent que les réformes entreprises dans ce secteur seront poursuivies». D’autres questions ont été abordées lors de cet entretien et qui n’ont pas connu de réponses claires à l’image de l’émigration choisie, une option défendue par Sarkozy lorsqu’il était candidat aux dernières présidentielles françaises. L’Union méditerranéenne a également était abordée, mais sans qu’il apporte de nouvelles précisions sur son projet. Nicolas Sarkozy a, néanmoins, déclaré que le projet qu’il défend n’a pas pour vocation de «remplacer les cadres de coopération existants», à l’image du partenariat euroméditerranéen, du dialogue des «5+5» ou encore le forum méditerranéen.
«A travers le projet d’Union méditerranéenne, je souhaite surtout donner un nouveau souffle, une nouvelle impulsion, à nos relations avec les pays du sud de la Méditerranée, alors que depuis quinze ans, il faut le reconnaître, l’Union européenne a plutôt concentré ses efforts vers l’Est, et que les objectifs ambitieux du processus de Barcelone n’ont pas vraiment été atteints. Il s’agit pour les pays riverains du nord et du sud de la Méditerranée de répondre ensemble, dans une véritable logique de partenariat d’égal à égal et non plus dans une simple logique d’aide au développement, aux immenses défis qui se posent à nous, afin de réduire enfin l’écart entre les deux rives de la Méditerranée». En abordant la rive sud, l’un des sujets phares qui sera, certainement, abordé par les deux chefs d’Etat, est celui du phénomène de la Harga et l’émigration clandestine. Cette dernière commence à présenter de sérieuses difficultés à l’Algérie puisqu’elle est, comme l’a réaffirmé le président Bouteflika, une terre d’accueil. Enfin, le terrorisme aura, lui aussi, la part belle des discussions entre les deux délégations, puisqu’Al-Qaïda au Maghreb (ex-GSPC) a appelé ses terroristes à s’attaquer aux Français, Espagnols et Américains qui résident dans notre pays.
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Farida Kadache
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com