Une déclaration pour apaiser les tensions
Il aura beau placer sa visite en Algérie sous les auspices de l’économie et du business, Nicolas Sarkozy, le pragmatique, n’a pas échappé à la «guerre de la mémoire»...
Le pouvait-il dès lors que le climat global de cette visite était emprunt de ce passé remué par le ministre des Moudjahidin, Mohamed Chérif Abbas? Ce qui l’obligea lundi, devant les hommes d’affaires algériens et français, à évoquer ce passé en le condamnant. «Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République: liberté, égalité, fraternité», a-t-il martelé sous les ovations de la salle. Mais juste après et pour ne pas déplaire de l’autre côté de la mer, où les nostalgiques de «l’Algérie de papa» l’attendaient sur le sujet, il ajoutera: «Mais il est aussi juste de dire qu’à l’intérieur de ce système, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont aimé l’Algérie, avant de devoir la quitter. Oui, des crimes terribles ont été commis tout au long de la guerre d’indépendance, qui a fait d’innombrables victimes des deux côtés», a-t-il poursuivi. Et comme pour dire qu’il appartient à une génération qui n’a rien à voir avec ce passé, qui empoisonne les relations algéro-françaises, il souligne encore: «Et aujourd’hui, moi qui avais sept ans en 1962, c’est toutes les victimes que je veux honorer. Et, dans ce qui devient un leitmotiv d’une grande partie de l’élite politique et intellectuelle française, gênée par les démons du passé colonial, il propose de laisser faire les historiens. «Le moment est venu de confier à des historiens algériens et français la tâche d’écrire ensemble cette page d’histoire tourmentée pour que les générations à venir puissent, de chaque côté de la Méditerranée, jeter le même regard sur notre passé et bâtir sur cette base un avenir d’entente et de coopération». Dans les propos de Nicolas Sarkozy, nous sommes bien sûr loin du procès du colonialisme, encore moins de la repentance que l’Algérie n’a de cesse de réclamer, mais ses propos constituent tout de même une petite avancée par rapport à l’esprit de la fameuse loi du 23 février qui présentait les conquêtes coloniales comme une œuvre civilisatrice du bon sauvage. Si, du côté français, il n’y a pas encore de réaction, notamment des parties dont la guerre d’Algérie est un motif de visibilité sur la scène médiatique, du côté algérien, cette réaction n’a pas tardé à se manifester. Et par la bouche du ministre de l’Intérieur qui est le véritable porte-voix du président Bouteflika. «Cela va dans le bon sens, mais nous disons toujours que ce n’est pas assez quand nous plaçons ces paroles dans leur contexte. C’est un progrès», a-t-il déclaré. «Je ne sais pas si les excuses sont nécessaires mais, utiles, elles le seront toujours», a-t-il ajouté. Mais, pour notre ministre de l’Intérieur qui n’a pas d’ailleurs pour habitude de s’exprimer sur ce dossier, l’absence d’excuses «n’empêchera pas d’avoir une vision nouvelle de nos relations». «En France comme en Algérie, nous sommes condamnés à croire à une amitié possible», a-t-il poursuivi. Noureddine Yazid Zerhouni est ensuite revenu sur les propos de Chérif Abbès pour en minimiser les teneurs. «Je le connais très bien. C’est un compagnon de la lutte de libération. Ce n’est pas un monsieur à parler comme ça et il me semble que vous avez donné trop d’importance à certaines déviations qui sont nées de cette déclaration», dit-il aux journalistes français. «Mais ça révèle quelque chose, ça révèle qu’il y a des choses à clarifier de toutes les façons», poursuit-il sans préciser sa pensée. «Un problème se complique lorsque nous refusons d’en parler. Au moins nous parlons de nos problèmes. Nous parlons en toute franchise sans que cela porte préjudice à ce que nous voulons construire ensemble», ajoute-t-il. Toute la question, l’éternelle question, est de savoir si ces déclarations apaisantes de part et d’autre sont de nature à enterrer la hache de «la guerre de la mémoire», ou est-ce juste un nouvel épisode, une péripétie, dans la relation passionnelle que partagent l’Algérie et la France, unies par la géographie et l’histoire depuis le dix-neuvième siècle.
H. Senouci
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com