Alger - Revue de Presse

Salaires des cadres, parlons-en



La pressenationale n'a pas cessé, ces derniers temps, de relater le dysfonctionnement dela gestion de la compétence dans les grandes entreprises et notammentSonatrach.Les différentesrencontres autour de la fuite des cadres vers les entreprises étrangères ontinquiété les responsables des ressources humaines qui n'ont pas manquéd'exprimer leurs inquiétudes, parfois d'une manière politicienne mais ont toutde même tenté de proposer des solutions. Il se trouve que les différentessolutions proposées sont restées confinées autour des problèmes purementsalariaux. Cette façon Pavlovienne d'approcher une question aussi vitale pourl'avenir de nos entreprises soulagerait la pression sur le très court termemais ne résoudrait en aucun cas le problème sur un avenir prévisible. Lasolution ainsi préconisée répond à une situation qui semble être imposée parles entreprises étrangères présentes en Algérie et parfois ailleurs, maisn'examine pas les causes profondes du malaise de ces cadres, parce que lesentreprises étrangères payent bien, on tente de se rapprocher de leur niveaupour espérer fidéliser les compétences et partant stabiliser les effectifs. Onfait comme si tout se résumait à la dimension matérielle pour libérer encoreplus les salaires et pourquoi pas aggraver la situation qui aboutirait, sansaucun doute, à une impasse pour au moins trois raisons :1 - Il estpratiquement impossible, étant donné le sureffectif et le niveau de l'équilibrefinancier de la plupart des grandes entreprises en Algérie, d'arriver à unniveau de rémunération appréciable par les cadres par rapport aux salairesofferts par ces entreprises présentes en Algérie qui, au demeurant, disposent enplus d'un avantage considérable dans la maîtrise des effectifs et par voie deconséquences des coûts. Aujourd'hui, il faut le reconnaître sans complaisanceque les expériences passées ont montré qu'en Algérie, tout système salarialquel que soit son objectif, favoriserait les opportunistes et en aucun cas lescompétences. D'ailleurs, quelle est cette entreprise qui, dans la situationactuelle du pays, disposerait de critères crédibles pour distinguer celui quitravaille et celui qui ne fait rien ou apprécier une performance variable dansle temps et celle qu'il propose fixe.2 - Il n'est paspolitiquement correct pour ne pas dire injuste que dans une phase de transitionextrêmement perturbée dans laquelle se trouve le pays, de proposer un systèmesalarial à deux vitesses, où une partie de la population active est bien payéeau nom d'une pseudo-productivité et une pénurie de cadres, et une autre quin'arriverait même pas à joindre les deux bouts. Ce serait entraîner la relationde travail dans des conflits permanents qui entraveraient les réformes,affecterait la croissance et nous ramèneraient à la case de départ.3 - Ce n'est passûr que les cadres fuient le pays pour des raisons strictement d'ordre salarialpour la simple raison que c'est depuis l'indépendance qu'ils sont relativementmal payés, acceptant parfaitement le consensus social pour des raisons plutôtpsychologiques et morales, il ne faut pas oublier que des grands projets ontété réalisés par un encadrement algérien sans contrepartie financière conséquenteau moment même où, des entreprises étrangères transféraient des fonds pour desbroutilles alors qu'ils ne pouvaient rien faire et pourtant ils n'ont pas fuileur pays. On n'a besoin ni de Lincoin et associés ni d'autres cabinetsconseils pour découvrir que les cadres sont mal payés, et vont vers desentreprises étrangères, que les entreprises publiques souffrent d'un turn-overimportant. On n'a pas besoin de microscope pour constater ce disfonctionnement.La question est de circonscrire avec précision les causes et d'en proposer dessolutions, solutions qui n'ont rien à voir avec le partenariat de Statoil oudes contrats à travers une école privée des affaires, mais dans le système degestion lui-même.Continuer àorienter les éléments de la solution dans la poche du trésor public serait seleurrer et n'aboutir à aucune sortie immédiate ou future de cette crise. Onserait emmené à comprendre selon cette logique que si l'Algérie était ferméeaux entreprises étrangères, les cadres n'auraient aucune référence salariale etne fuiraient pas leur entreprise. Si tel était le cas, comment expliquer laprésence de plus de 100.000 cadres dans la seule Europe.Donc, le problèmede l'encadrement en général et de la gestion des compétences en particulierdevra être considéré sous un angle stratégique et doit avoir une visionlointaine. Le monde des affaires ainsi que celui universitaire considère,aujourd'hui, que la créativité est moyen de lutte contre la complexificationcroissante des marchés et l'intensification de la concurrence. L'entreprisepour survivre et surmonter les difficultés que lui imposent les aléas de lamondialisation du marché, dépasse ses frontières pour aller chercher lacompétence là où elle se trouve en mettant à disposition les moyens qu'il faut.Alors, combien même l'Algérie serait confinée dans son mutisme dirigiste, sescadres seraient convoités de toutes les façons. Aujourd'hui, selon lesscientifiques, nous serions actuellement dans l'ère de la créativité aprèscelui agricole, industrielle puis informationnelle. Les sciences ducomportement qui préconisaient que pour être productif, l'homme au travail doitêtre heureux, autonome et disposer d'un lien social, poussent leurs hypothèsesaujourd'hui pour exiger de lui d'anticiper, de devancer, de créer des idées,des procédures, des produits nouveaux. C'est primordialement et principalementsous cette optique que les recherches de solutions à cet épineux problèmedoivent être orientées pour espérer résoudre les difficultés que rencontrerontles responsables des générations futures dans le cadre de la gestion desressources humaines. Quels sont les fondements de ces nouvelles exigences dansla gestion des ressources humaines ? Et les entreprises en Algérie ont-ellesles moyens, pour se mettre au niveau de ces exigences ? Et comment ?D'abord, l'hommeen général et l'homme au travail en particulier est un être créateur seulement,il ne créé pas tout le temps et dans toutes circonstances et donc restecréateur à des degrés divers. On a longtemps pensé que la création n'est pasl'oeuvre du commun des mortels en s'appuyant sur une idée grecque qui prônaitque l'artiste, créateur par nature est inspiré des dieux. A partir des années50, des études américaines ont établi que la création est une dimensiondistribuée normalement dans la population. Donc, l'aptitude de créer estquelque chose de fondamentale et universelle présente chez tout le monde. Elleest par contre plus développée chez les uns que chez les autres, il faudraituniquement la situer par rapport à une moyenne. Cependant, deux variables sontnécessaires pour la favoriser; premièrement, la définition claire et précisedes missions de la stratégie et des objectifs de l'entreprise pour susciterchez le salarié un esprit de challenge ensuite favoriser un climat de confiancepour permettre au travailleur de se sentir en sécurité de créer, du moinsd'exprimer ses idées. Alors, qu'en est-il dans les entreprises en Algérie ?- Le systèmeactuel des relations de travail toute convention confondue est fondé sur unprincipe de commandement/ subordination, récompense/sanction. Un bontravailleur bien noté ne doit pas perturber la discipline générale et ne devraen aucun cas déranger l'ordre établi. Celui qui crée, pose des questions etdevient un contestataire menaçant ainsi les membres commanditaires d'atteindreleurs objectifs souvent personnels et qui n'a rien à voir avec celui del'entreprise. Donc, le travailleur est sensé reproduire ce qui lui est tracépour répondre aux questions et ne pas poser les siennes. Comment peut-on créersi on est privé de cette curiosité qui alimente notre inspiration et en plusconfiné dans un climat de psychose dans lequel se trouvent nos entreprises ?- Le système degestion des principales entreprises qui emploient la majeure partie de lapopulation active et sur lesquelles compte toute la nation sont encore au staded'un mode de gestion du type Taylorien mais activiste. En termes plus simples,il se limite à la transmission et l'exécution des ordres avec en plus, uneforme de relation informationnelle totalement défensive. Aujourd'hui, sion fait semblant d'informer les salariés de la vie de leurs entreprises, c'estuniquement pour faire taire les rumeurs et les orienter vers leurs tâchesexécutoires pour mieux les manipuler.La formation quiest sensée contribuer grandement au développement de l'esprit de créativité esttotalement déviée de cet objectif ni évaluation sérieuse. C'est en pourcentagede la masse salariale qu'on apprécie une action de formation et non enobjectif. Un service de formation est jugé par le montant qu'il a dépensé enformation et non sur la base de la qualité de cette dernière. Le PDG deSonatrach déclare vouloir dépenser de 40 à 50 millions de dollars pour laformation du personnel, alors que d'insurmontables difficultés sont rencontréesactuellement pour placer des jeunes formés à coup de devises dans lesdifférentes structures du groupe et lorsque par chance ils en trouvent,l'affectation ne correspond ni à leur profil ni à leur intitulé de formation.Si les objectifs de cette formation répondaient à un besoin précis et projeté,qui devra-t-on adapter, l'homme au poste ou vice versa ? n'est-ce pas unemanière indirecte de leur dire : «partez où vous voulez, on n'a pas de placepour vous. Il était doncpréférable qu'au lieu de lancer des chiffres colossaux provenant de la mannepétrolière, de mettre de l'ordre dans la gestion de l'entreprise. Peut-êtrequ'en faisant cet effort d'implication, on n'aurait rien à dépenser. A partl'évolution des cours du dollar et les conditions atmosphériques pour réduirela facture alimentaire et espérer une croissance extensive, aucun salarié neconnaît le devenir de son entreprise. La preuve, les intellectuels et leschercheurs ne savent pas ce qu'est devenu le fameux dossier de Temmar sur lastratégie industrielle. Comment espérer d'un salarié, un esprit imaginatiflorsqu'il navigue dans le noir ?Pour terminer, ilme semble que la question de la bonne gouvernance sera à l'ordre du jourlorsqu'on aura rapiécé son pantalon qui est encore déchiré... à bonentendeur...  
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